TUNISIE
08/03/2018 16h:29 CET

Inflation record: La Banque Centrale de Tunisie présente sa stratégie, exprimant une inquiétude sérieuse quant à la relance économique du pays

A fish vendor sells his goods to a customer in the central market of Tunisia on October 23, 2014.     AFP PHOTO / FADEL SENNA        (Photo credit should read FADEL SENNA/AFP/Getty Images)
FADEL SENNA/AFP/Getty Images
A fish vendor sells his goods to a customer in the central market of Tunisia on October 23, 2014. AFP PHOTO / FADEL SENNA (Photo credit should read FADEL SENNA/AFP/Getty Images)

Alors que la Tunisie s'attend à des recettes record issues des exportations d’huile d’olive et de dattes, et que les revenus du secteur touristique se rétablissent, sans compter les ressources financières dont bénéficiera l'etat bientôt; l'infilation elle, ne cesse d'accroitre, pouvant dépasser la barre des 7% et atteindre 7,2% pour l'année 2018, selon les dernières informations communiquées par la Banque Centrale de Tunisie.

En effet, la BCT s’attend à un taux moyen d’inflation à hauteur de 7,2%, pour toute l’année 2018, qui régresserait en 2019 pour se situer entre 5 et 6%, selon une affirmation de la directrice de la stratégie et des politiques monétaires à la Banque, Rim Kolsi , lors d’une conférence de presse, tenue au siège de l’Institut d’émissions aujourd'hui, sous la présidence du nouveau gouverneur Marouan Abassi.

Le taux avait alors atteint 7,1% au mois de février de cette année, contre 4,6% pour le même mois de l'année 2017, une valeur jamais atteinte depuis des décennies. Cette hausse suscite des inquiétudes puisqu'elle affecte aussi bien le pouvoir d’achat du consommateur que l’économie du pays.

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Inflation: évolution, causes, et prévisions

Depuis 2011, la Banque centrale a mené une politique monétaire proactive qui a pour objectif d’anticiper l’inflation. Les 4 hausses du taux directeur de la Banque centrale effectuées entre 2012 et 2014, ont permis de ramener le taux d’inflation de 5,8% en 2013 à 3,7% en moyenne en 2016. D'ailleurs, anticipant cette détente de l’inflation, la BCT a baissé son taux directeur, à la fin de 2015 pour soutenir la reprise économique.

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Mais les choses ont changé en 2018, et pour faire face à cette hausse inquiétante de l'inflation, la BCT avait décidé il y'a deux jours d'augmenter son taux directeur de 75 points base.

"Ainsi, il nous a été indispensable de réagir et faire face à ces pressions inflationnistes à travers l'augmentation du taux directeur de la BCT de 75 points de base (le portant à 5,75%) ", a ajouté Rim Kolsi, rappelant que ce taux a été révisé à la hausse 4 fois depuis septembre 2011 (de 3,5% à 5,75% actuellement), " ce qui a permis en quelques sortes de maîtriser cette inflation."

La responsable a noté que cette inflation est le résultat de la dépréciation du dinar, face à la hausse des prix des matières premières et des hydrocarbures sur le marché international, lesquels constituent des composantes essentielles de la production.

L’inflation enregistrée dans la zone euro (environ 1,5%), principal fournisseur et client de la Tunisie a aggravé encore la situation, engendrant une inflation importée pour le pays, selon ses propos.

Selon une note technique émise par la BCT aujourd'hui, l’inflation a atteint en février 2018, hors produits alimentaires frais et hors produits à prix administrés, le taux de 7,7% qui est porté à la hausse, en raison de nombreux facteurs inflationnistes

qui se profilent au cours de la période à venir.

Parmi ces facteurs, la BCT cite :

  1. Les pressions haussières sur les prix des principaux produits de base et de l’énergie sur les marchés internationaux ;
  2. Les pressions qui pèsent encore sur le déficit extérieur ;
  3. L’effet des dernières hausses des salaires sur la demande ;
  4. L’impact des mesures fiscales entérinées dans la loi de Finances 2018 et relatives au relèvement des taux de la TVA de 1 point de pourcentage, chacun, des droits de douane sur de nombreux produits et des droits de consommation.
  5. Un risque en termes d’alimentation d’une spirale inflationniste sur fond d’anticipations inflationnistes des agents économiques.

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Des répercussions négatives sur l’économie du pays, notamment l’accélération de la dépréciation du dinar

De son côté, le gouverneur de BCT, Marouan Abassi a déclaré qu'il est "impossible de continuer ainsi avec un déficit structurel des balances commerciale et de paiement et des indicateurs macro-économiques en berne (épargne, investissement...)".

Lors de la conférence de presse précitée, Abassi a réitéré la nécessité d’assurer la relance économique et de soutenir les secteurs en difficulté, dont le tourisme et les industries extractives, afin d’améliorer les recettes du pays et éviter l’endettement.

"Il nous faut des mesures exceptionnelles pour cette situation exceptionnelle ", a-t-il encore affirmé, soulignant l’impératif de remédier à la situation économique du pays, à travers la rationalisation de l’importation, l’impulsion des exportations et l’encouragement des investissements, à même de préserver les équilibres économiques fondamentaux du pays.

Mourad Abdessalem, directeur à la BCT, a quant à lui indiqué que le déficit courant a atteint un niveau record dans l’histoire de la Tunisie, pour dépasser 10% du PIB, à fin 2017, s'établissant à 10,1 milliards de dinars, soit trois fois le déficit enregistré en 2010 (environ 3 milliards de dinars).

Il a, ainsi, mis en garde contre ce déficit, qui aura des répercussions négatives sur l’économie du pays, notamment l’accélération de la dépréciation du dinar et par conséquent la hausse de l’inflation.

"Nous sommes une économie du marché qui peut sensiblement, être influencée par les conditions intérieures du pays, même par le climat, ainsi que par les changements et les événements économiques internationaux (prix de pétrole...), et tout cela se répercute directement sur notre économie ", a-t-il noté, soulignant l’impératif de prendre des mesures douloureuses, afin de remédier à ce dérapage, sur le moyen et le long terme.

L'approvisionnement en matières premières

Le directeur du Contrôle et de l'Analyse des Marchés à la Banques Centrale de Tunisie (BCT), Mohamed Skima, a de son côté déclaré que la BCT ne pourrait permettre aucun dysfonctionnement, ni autoriser une perturbation au niveau de l’approvisionnement du pays en produits indispensables pour la production et la consommation des citoyens, a indiqué jeudi,

Il a confirmé lors d’une conférence de presse, tenue jeudi, par des responsables de l'institut d'émissions sous la présidence du nouveau gouverneur, la capacité du pays à renouveler ses réserves en devises, lesquelles relèvent de sa sécurité.

Bien que le stock de réserves en devises soit en baisse, la Tunisie a réussi à adopter une politique macro-économique rationnelle, et a pu importer, depuis le début de l’année courante, de l’énergie moyennant 760 millions de dollars, des céréales pour un coût de 120 millions de dollars et des médicaments pour 100 millions de dollars, a -t-il dit.

Par ailleurs, concernant la prochaine sortie de la Tunisie sur le marché financier international, prévue pour mars 2018, directeur de la Finance extérieure à la BCT, Béchir Trabelsi a affirmé que tous les conditions sont favorables pour cette sortie, compte tenu de l’abondance de la liquidité internationale.

Perspectives futures

Dans un communiqué rendu public aujourd'hui, la Banque centrale déclare que des mesures nécessaires dans le cadre d’une politique monétaire proactive seront prises en fonction de l'évolution de l'inflation et de la croissance économique du pays.

Ceci permettra, selon la BCT, de rétablir des taux d’intérêt réels positifs, en vue "d'améliorer l'allocation des ressources et de stimuler l'épargne intérieure".

Selon elle, il est prévu que la liquidité bancaire s'améliorerait parallèlement à la reprise de l'économie nationale.

Les opérations d’ "open Market" sous forme d'achat ferme seront également, incessamment réactivées, lesquelles représentent un outil principal dans la stratégie de réduction du volume de refinancement.

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