MAROC
07/03/2018 11h:59 CET | Actualisé 07/03/2018 12h:01 CET

Déterminé à reprendre la tête de l'échiquier politique, Nizar Baraka tacle le gouvernement

Nizar Baraka/Facebook

FORUM - "Depuis les élections, 18 mois se sont écoulés. Pourtant, les grandes réformes, nous n’en avons vu aucune". Nizar Baraka, secrétaire général du parti de l’Istiqlal (PI), n’a pas ménagé le gouvernement de Saad-Eddine El Othmani, au cours de son passage, ce mercredi, au Forum de la MAP sur le "Positionnement du PI sur l’échiquier politique marocain".

Face à un auditoire composé de membres du bureau exécutif de son parti et de journalistes, le secrétaire général du PI depuis le 7 octobre dernier a exprimé ses inquiétudes. Pour lui, le Maroc traverse une période "sensible" dans laquelle les indicateurs semblent tous au rouge. Chômage qui touche plus de 50% des jeunes dans le milieu urbain, 2,7 millions de jeunes sans activité ni formation, des fractures sociales virales... Nizar Baraka tire la sonnette d’alarme estimant qu’il est temps pour le politique de se réveiller. "Il est nécessaire que nous jouions notre rôle de mobilisation pour répondre aux défis", estime-t-il.

Et "ces défis" imposent d’abord une évaluation de l’état des lieux. "Nous avons transité vers un soutien critique de l’action du gouvernement", précise le secrétaire général du PI. Ce dernier relève ainsi que des chantiers structurels et vitaux pour le citoyen sont toujours en stand-by. "Les services publics, notamment l’accès à la santé, le transport, le logement… Les services fondamentaux attendent toujours l’élaboration d’une charte devant les améliorer", fait-il remarquer. Et d’ajouter que la régionalisation avancée "souffre d’une grande lenteur", avant de souligner que le gouvernement a fait erreur en plaçant la décentralisation après ce chantier. "La décentralisation doit s’opérer avant la régionalisation. Nous sommes en train de répéter les expériences passées", met-il en garde.

Autre lacune sur laquelle Nizar Baraka a mis le doigt: le financement de la régionalisation. "Les programmes qui sont élaborés pour la régionalisation ont dépassé en 8 ou 9 mois les 450 milliards de dirhams", lance-t-il, précisant que ces budgets "astronomiques" risquent de remettre en question la crédibilité auprès du citoyen.

La crédibilité ne peut être que si le citoyen est "placé au cœur" des actions entreprises, insiste le secrétaire général du PI. "Jusqu’à ce jour, les ministères travaillent d’une manière verticale", constate-t-il, déplorant le manque de coordination entre les secteurs et l’absence d’impact sur la vie et le quotidien du citoyen.

Cet impact tant recherché, le PI en a fait le but de sa mission au sein de l’échiquier politique. Nizar Baraka, qui avait présenté son projet le 25 septembre 2017, alors qu’il était candidat au poste de secrétaire général de son parti, a exposé les principes de la stratégie 2017-2021 du PI. "Notre parti a quatre rôles principaux à jouer", résume-t-il. Le PI doit interagir avec les différentes préoccupations du citoyen et du pays, constituer un plaidoyer pour les défendre, réfléchir à des alternatives et agir sur le terrain par du concret. Nizar Baraka parle d’une philosophie à partir de laquelle se construira désormais toute action entreprise par le parti de la Balance. "L’attractivité du parti" en dépend. Nizar Baraka en est convaincu en précisant que l’offre politique est appelée à s’étoffer pour reconquérir les électeurs.

"Nous sommes convaincus qu’il faut une transition réelle cette année", soutient-il, ajoutant que le parti est déterminé à reprendre la tête de l’échiquier politique. Pour cela, le parti compte bien apporter son eau au moulin du renouvellement du modèle de développement. Il a élaboré des recommandations suite à des rencontres et des visites de terrain à l’Oriental et dans les zones frontalières au niveau de la région de Draa-Tafilalet. Pour Nizar Baraka, le diagnostic établi par son parti ne laisse aucun doute sur la nécessité d’adopter "une discrimination positive" afin de sortir ces régions de leur marasme.

Nizar Baraka propose une sorte de "Plan Marshall" pour remédier aux déficits de ces régions rongées par la pauvreté. Il propose ainsi qu’elles fassent l’objet de mesures exceptionnelles lui accordant, par exemple, des budgets d’investissement plus importants. "L’année 2018 doit rompre avec l’attentisme, l’hésitation et l’improvisation", assure-t-il.

Un modèle de développement qui va au-delà des politiques sectorielles, le PI suggère un système intégré alliant les aspects économiques, politiques et sociaux. "Notre parti est prêt à se mobiliser et au dialogue sérieux. Nous avons une vision que nous présenterons à l’opinion publique dans les prochains jours", promet Nizar Baraka.

Nizar Baraka préfère ne pas répondre

Sur des questions d’actualité et sur d’autres suscitant des débats, le secrétaire général du PI a préféré rester évasif. Sur l’affaire Taoufik Bouachrine, il indique que son parti n’a pas à donner d’opinion sur des affaires en cours, mais précise qu’il est un fervent défenseur de la liberté d’expression, de la présomption d’innocence et du procès équitable.

Interrogé également sur la position de son parti quant à la question de l’équité en héritage, Nizar Baraka se contente de déclarer que le PI respecte les convictions et les fondements de la religion. Et d’ajouter que le parti a contribué à travers feu M'hamed Boucetta à la mise en place de la nouvelle Moudawana. Toutefois, Nizar Baraka n’estime pas que le contexte est favorable pour ouvrir des débats houleux.

Sur la question des retraites des députés de la Chambre des représentants, le secrétaire général a été clair, cette fois-ci. Il estime que "la retraite est un droit" et qu’il n’est pas admissible d’avoir un Parlement divisé où les députés de la première Chambre ne toucheraient pas leur retraite contrairement à leur collègue de la Chambre des conseillers. "La chambre des représentants peut trouver des solutions en rationalisant le budget", estime-t-il.

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