TUNISIE
09/03/2018 09h:34 CET

Chute libre du dinar tunisien: L'ITES présente ses recommandations

Close up picture of Tunisian dinars, shallow depth of field.
MBPROJEKT_Maciej_Bledowski via Getty Images
Close up picture of Tunisian dinars, shallow depth of field.

La valeur du dinar ne cesse de dégringoler face aux devises étrangères provoquant un vent de panique auprès de plusieurs opérateurs économiques. Frôlant la barre de 3 dinars pour un euro, la situation de la monnaie nationale inquiète. Comment expliquer cette chute vertigineuse du dinar? Quelle est la solution pour arrêter cette hémorragie ?

En quatre ans, le dinar tunisien a perdu 49% de sa valeur pour s'échanger au début de l’année 2018 contre 2,40 dollars américains soit l’un des plus bas niveaux historiques face à cette devise, souligne l’Institut Tunisiens des Etudes Stratégiques (ITES) dans son dernier rapport. Cette suite de dépréciation du dinar obéit, en effet, à des facteurs internes et externes, voire même exogènes, explique-t-il.

Le contexte d’instabilité socio-politique, le creusement du déficit commercial, les difficultés de mobilisation de ressources financières externes, la baisse des investissements et le recours à l’endettement extérieur sont les principales causes internes, évoquées par l'ITES, de la dépréciation du dinar.

En effet, le pays vit une période de transition difficile, marquée par l'instabilité du paysage socio-politique. "Une situation fragile qui laisse la Tunisie bouder la dépréciation de sa monnaie locale," note l'Institut.

L'ITES indique, d'autre part, que l’élargissement du déficit de la balance commerciale des biens et services a été, en partie, tributaire de la dépréciation du dinar qui a contribué négativement au creusement du déficit à hauteur de 2,7 milliards de dinars entre 2016 et 2017.

Pourtant, le dinar tunisien n’est pas la seule monnaie en baisse. Le dinar algérien a accusé, à son tour, une perte de 6% en 2017 par rapport au dollar et une baisse de 18% par rapport à l’euro. Le dinar marocain, a son tour, enregistré un taux de 17% par rapport à l’euro. Celle–ci s’est envolée de 4% par rapport à toutes les monnaies.

Selon l'ITES, la BCT ne peut rien faire

"La Banque Centrale de Tunisie (BCT) n’ayant pas d’impact sur l’ajustement des facteurs macro-économiques, elle ne peut que recommander de limiter les importations non essentielles et de redresser les secteurs exportateurs (tourisme, production énergétique et alimentaire)," a fait savoir l'ITES.

Depuis 2011, la réduction des réserves en devises a obligé la BCT à réguler le taux pour anticiper la pression. En effet, "la taille limitée du marché tunisien le rend sensible à la propagation de la panique en cas de demande ponctuelle d’une grande quantité de devises".

Face à un tel constat, la BCT n’a d’autre objectif que de maintenir la stabilité du taux pour ne pas amputer le pouvoir d’achat, et ce depuis 2010. "Avec un déficit commercial qui a doublé, un déficit courant qui ne couvre plus le déficit commercial, et un déficit des investissements étrangers qui ne couvre plus le service de la dette, quelle marge reste-t-il à la BCT pour limiter le glissement ?," se demande l'ITES.

Les recommandations de l'ITES

Faute de réserves de changes suffisantes, la stabilisation du dinar n’est pas à l’ordre du jour. D'après l'ITES, "il serait donc beaucoup plus opportun de jouer sur les facteurs de demande des devises". Ainsi, il suffit d'un petit coup de pouce pour tout remettre en ordre. "Une reprise des activités exportatrices, une meilleure saison touristique, un développement des IDE et une bonne résilience des transferts des fonds des tunisiens à l’étranger pourraient atténuer l’assèchement des devises. Mais d’autres mesures discrétionnaires s’avèreraient également utiles," ajoute l'Institut.

L'ITES a donc formulé plusieurs recommandations pour sauver le dinar:

1- Limiter les importations et les franchises notamment ceux venant de la Turquie ou de la Chine. Ces derniers ont un impact immédiat sur la compétitivité des produits tunisiens à l’export et même sur le marché local.

Signer des accords de lignes de financement pour l’importation et réduire le gap par des investissements directs. La meilleure façon de limiter l’importation, à part les mesures fiscales, c’est une certification tunisienne c’est diplomatiquement correcte en plus ;

2- Augmenter la liquidité disponible et l’épargne (accélérer l’inclusion du Mobile Banking et rationaliser les crédits de consommation via des limites prudentielles imposées par la BCT, communiquer davantage sur les comptes CEA, Assurances vie, FCPR…etc; comme conduits légaux de défiscalisation pour récupérer la liquidité dormante des professions libérales, accélérer la mise en place du cadre réglementaire de la titrisation pour monétiser les actifs dans les bilans de banques et leurs permettre de s’autofinancer);

3- Puiser sur les niches de liquidité en devises :

· Encourager les banques à placer dans les entreprises publiques, il faut leur enlever la taxe sur le revenu des opérations de syndication de financement des sociétés pour que ce soit économiquement faisable,

· Procéder aux opérations de Repurchase agreement des avoirs de titres étrangers de la banque centrale pour monétiser son portefeuille obligataire ;

· Accélérer la vente des participations non stratégiques de l’Etat (les positions minoritaires dans les banques privées et autres sociétés)

· Négocier avec des banques de détail étrangères, l’émission ciblée de certificats de dépôt ou bons de trésor dédiés aux tunisiens résidents (comme un produit d’investissement) ;

· Mettre en place le cadre règlementaire du « crowd funding» ;

· Travailler sur un programme de MTN (Medium Term Notes) qui est plus léger à mettre en place qu’une émission obligataire, donc offre plus de garantie à l’investisseur ;

4- Il faut activer les mesures de gouvernance et d’austérité sur les dépenses de fonctionnement de l’Etat et des entreprises publiques : Parc auto, consommation d’essence, approvisionnement, abus de biens…..etc.

Remplacer les avantages en nature octroyés aux fonctionnaires et dirigeants d’entreprises publiques par des allocations fixes ;

5- Activer le texte d’application de la création des fonds off-shore pour pouvoir créer des fonds dédiés aux sociétés totalement exportatrices et la création des fonds de capital retournement ou restructuration (distressed funds) pour nettoyer les bilans de banques ;

6- Mise en place d’accords de netting entre les entreprises publiques (entre elles et avec les banques) pour alléger le risque de défaut systémique.

7- Négocier une stand-by facility avec les institutions internationales et élargir la fourchette de volatilité, sous le contrôle d’un currency board, (proposer une amnistie ou on imposera 20% de taxe au lieu de 35% et 15% ira à un fond dédié chez la CDC en tant qu’investissement au nom du détenteur, bien sûr accompagnée de mesures correctives, même pénales, après un certain délai en cas de désobéissance) ;

8- Simplifier en urgence la fiscalité et les autorisations, accélérer la mise en place de l’IFRS. En effet, les investisseurs étrangers voudraient lire des états financiers aux normes internationales pour plus de transparence ;

9- Prendre des mesures de sauvegarde qui ne sont pas en contradiction avec le statut de convertibilité courante du dinar, et ce par la taxation de certains produits à l'importation, le recours aux avoirs logés dans des comptes professionnels en devises;

10- Réviser le régime de change en changeant le fixing qui n'est autre que le reflet des cours de change de l'interbancaire, par un régime de flottement libre mais encadré par un corridor, à l'instar du serpent monétaire avant l'euro ;

11- Négocier des opérations de swaps devises/dinars à moyen terme avec les pays partenaires et amis ;

14- Accorder une attention particulière à la problématique du marché parallèle pour le ramener dans le circuit officiel ;

15- Préserver les sites de production de matières premières qui constituent des sources de revenus en devises très importantes ;

16- Rééquilibrer les comptes extérieurs, maîtriser l'inflation, la relance du rythme de croissance de l'investissement et de l'épargne pour une meilleure tenue de la monnaie nationale.

Selon un rapport publié le 25 août 2017 par l’Observatoire Tunisien de l’Economie (OTE), la dégringolade du dinar est, selon lui, liée aux recommandations du FMI pour la Tunisie. En effet, l'OTE explique "qu'à travers ses modèles mathématiques, le FMI exerce une pression constante sur la Banque Centrale Tunisienne (BCT) pour qu’elle laisse chuter le dinar tunisien". Une pratique courante pour l'institution internationale qui s'inscrit dans le cadre des accords de prêts qu’elle fournit aux pays en difficulté.

De son côté, le FMI a beau démenti toute injonction à la Tunisie pour qu'elle dévalue sa monnaie. L'institution a expliqué avoir recommandé à la Tunisie "une plus grande flexibilité" et non de laisser flotter librement sa monnaie.

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