MAROC
06/03/2018 08h:41 CET | Actualisé 06/03/2018 09h:52 CET

La chanteuse Manal réagit à la controverse provoquée par "Taj", son dernier clip

Manal/Youtube

MUSIQUE - Avec seulement trois singles au compteur, elle s'est déjà construit un véritable public. Son dernier clip "Taj", visionné plus de 3 millions de fois sur Youtube en deux semaines, a cependant divisé ses fans. La chanteuse Manal Benchlikha avait choisi de ne pas s'exprimer sur le sujet sur la toile depuis la sortie de "Taj", le 13 février dernier.

Alors que ses fans l'ont connue dans un registre pop, Manal a choisi de se lancer dans le rap game avec "Taj" (ou couronne). On la voit manier une batte de baseball, pointer un pistolet sur ses agresseurs, plonger dans un bain de pièces d'or ou encore adresser un doigt d'honneur à la caméra, le tout en rappant en darija sur fond d'Afro Trap, un Grillz dans les dents. Des éléments très différents de ses premières vidéos, qui ont surpris le public et qui n'ont pas forcément plu à tout le monde.

Si la chanteuse a reçu plusieurs encouragements de la part de ses fans après la sortie de ce dernier clip, d'autres ont exprimé leur déception face à ce changement de style. Des remarques comme "Je préfère l'ancienne Manal", "Le rap ne lui va pas du tout", ou encore "C'est vulgaire", ont été laissées en commentaires de la vidéo.

La chanteuse a aussi été accusée d'avoir volé la scène de la baignoire de "Look What You Made Me Do" de Taylor Swift, d’avoir glissé dans son clip des signes Illuminatis, ou encore de "soudainement décider de rapper après le buzz créé par ILY" avec son clip "Khalouni", sorti en janvier 2017. Son manager Cilvaringz est catégorique: Manal a commencé le travail sur "Taj" il y a six mois.

"Je m'excuse si j'ai blessé ou choqué quelques fans, mais je ne regrette pas mon choix", dit Manal droite dans ses bottes, au HuffPost Maroc. "J'utilise la musique pour exprimer mon humeur et mes sentiments, et actuellement, je suis dans cette humeur-là. Je suis la gentille fille qui rappe aussi", explique-t-elle.

Pour la chanteuse de 24 ans, "Taj" est avant tout un "coup de gueule" pour faire passer plusieurs messages. "C'est une chanson féministe, faite par une femme pour les femmes", affirme-t-elle. Elle y dénonce le harcèlement sexuel auquel font face les femmes marocaines mais veut aussi montrer "que les femmes peuvent tout faire". On la voit ainsi dans le clip jouer des rôles souvent associés aux hommes comme mécanicienne, chaudronnière ou encore bouchère.

Grand label, gros budget

Ce n'est cependant pas Manal qui a écrit ou composé "Taj" comme elle l'avait fait pour son premier titre "Denia". "J'écris quand je suis triste et je ne veux pas avoir que des chansons tristes dans mon répertoire. Je reste donc ouverte aux propositions d'autres compositeurs et je n'ai rien contre le fait d'interpréter des chansons qui ont été écrites pour moi", explique-t-elle.

Et c'est le label Sony Music Entertainement qui a produit cette dernière vidéo que le manager de Manal, Cilvaringz, décrit comme "la vidéo de musique hip hop la plus chère du monde arabe", sans donner un montant exact.

Cilvaringz a vu les choses en grand pour le retour de Manal qui avait quitté les feux des projecteurs pendant neuf mois après la sortie de son deuxième titre "Koulchi Ban", en avril 2017. Le manager a donc fait appel à la danseuse néo-zélandaise, Shyvon Campbell, qui fait partie du groupe de dance hip hop "Royal Family", et connue aussi pour sa participation au clip de Justin Bieber "Sorry". Le label a aussi eu recours au talent de la coloriste Arianna Pane, qui a déjà travaillé sur des vidéos de Rihanna, Chris Brown, Justin Bieber ou encore One Republic.

Sous ses airs de clip de rap américain, "Taj" a bien été filmé à Marrakech. Quelques scènes ont d'ailleurs été tournées dans l'atelier de Hassan Hajjaj, l'Andy Warhol marocain. Le manager souligne aussi que tous les vêtements et accessoires utilisés lors du tournage sont locaux. "Même les Grillz ont été faits par un fabriquant casablancais", dit-il non sans fierté.

La tête sur les épaules

Malgré son succès, Manal admet que sa vie n'a pas beaucoup changé. Toujours étudiante, elle poursuit son doctorat en Sciences de Gestion à l'université Cadi Ayyad de Marrakech. "Les études, c'est la stabilité", affirme-t-elle. "Quand je suis à l'école, j'oublie la musique et quand je suis au studio, j'oublie l'école", dit-elle en riant.

La jeune chanteuse révèle puiser la force pour mener cette double vie chez sa mère, qu'elle considère comme sa source d'inspiration. "J'adore l'écouter parler, je bois ces paroles, et c'est son avis et son soutien qui importent le plus", affirme-t-elle rappelant qu'elle a perdu son père à l'âge de 17 ans.

Le public a déjà eu l'occasion de voir Manal en concert dans quelques festivals pour ses deux singles produits par DJ Van, "Denia" et "Koulchi Ban". Aujourd'hui, elle veut d'abord élargir son répertoire musical avant de remonter sur scène.

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