TUNISIE
07/03/2018 19h:17 CET | Actualisé 07/03/2018 19h:31 CET

Femme artiste en Tunisie: La plasticienne Aïcha Filali partage son expérience

Aicha Filali

Successivement professeure aux Beaux-Arts de Tunis et directrice du Centre des Arts Vivants de Radès, la plasticienne tunisienne Aïcha Filali est avant tout une artiste accomplie, enchaînant les audaces créatives et les expositions dans sa Tunisie natale depuis les années 1980.

En décembre dernier, elle dévoilait au HuffPost Tunisie les coulisses de sa dernière exposition inédite à la galerie A. Gorgi, nous la retrouvons aujourd'hui pour une entrevue exclusive sur la femme artiste tunisienne dans le cadre de la Journée de la femme.

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Le HuffPost Tunisie: Vous avez réalisé de nombreux travaux et expositions durant votre carrière. Votre féminité a-t-elle joué un rôle particulier dans la réalisation de certaines oeuvres?

Aïcha Filali: Tout au long de ma carrière, j’ai assez peu invoqué mon genre dans mon travail. J’ai toujours considéré que dans le travail artistique il y a un ensemble de paramètres qui font que l’artiste choisisse certains thèmes et questions à poser à la société à travers son art et privilégie certains matériaux et techniques. Parmi ces paramètres, son sexe.

Croyant fermement en l’égalité des sexes, j’ai toujours refusé d’appréhender mon travail à travers le prisme du genre. Je suis tout à fait opposée à l’existence d’un art féminin différent d’un art masculin. J’ai d’ailleurs toujours refusé de participer à des expositions exclusivement féminines.

Le stéréotype le plus courant c’est d’associer les pratiques féminines au décoratif.

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Tout mon travail consiste à débusquer les stéréotypes sociaux et à bien les mettre en évidence par l’exagération et la surexpressivité. J’ai souvent entendu des remarques à propos de certains de mes travaux où j’ai utilisé des matériaux pas très féminins comme le fer et le bois brut des madriers. Alors que je n’ai aucun a priori relatif aux matériaux et aux techniques et je n’hésite pas à utiliser les plus "brutes" ou les plus "raffinées" si je considère que ça sert mon propos.

Évidemment du fait de l’existence de ces stéréotypes qui alimentent la suprématie masculine, certains de mes projets artistiques brouillent les genres et traitent avec la même dérision les travers des deux sexes.

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Dans des portraits réalisés en 2003, je mets en scène aussi bien des culottes de femmes que des culottes d’hommes pour tracer leurs portraits; de même en 2016, dans "Man antom" (qui êtes-vous) j’"écorche gentiment" les deux modèles, et de la féminité, et de la virilité masculine.

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De façon générale, c’est par l’exemple et en faisant fi des limites du genre qu’on peut contribuer à changer les mentalités. Et non par des effets d’annonce et des slogans. Prouver le mouvement en marchant.

Justement, on constate avec plaisir de nombreuses actrices culturelles femmes en Tunisie, souvent engagées. Vous qui êtes au coeur de ce milieu, est-ce bien perceptible? Comment ressentez-vous cela?

Effectivement un grand nombre d’acteurs culturels sont des actrices, et ce dans tous les domaines: cinéma, théâtre, et arts plastiques et visuels. Justement dans le domaine des arts plastiques que je connais plus, le nombre d’artistes actifs et émergents sont des femmes.

À l’institut supérieur des beaux-arts où j’enseigne, le nombre des étudiantes excède souvent le nombre d’étudiants. C’est incontestablement dû au fait que les filles s’accrochent, ont des choses à prouver et des terrains à conquérir plus que les hommes. C’est même un lieu commun de le dire. C’est en tous les cas ce qui caractérise la société tunisienne et qui constitue le garant de son salut contre tous les extrémismes.

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Vous avez collaboré avec de nombreuses actrices culturelles en Tunisie, on imagine que vous avez des coups de coeur actuels...

J’éprouve de l’admiration pour beaucoup de mes concitoyennes, mais je ne veux pas m’en tenir aux réussites médiatisées de femmes appartenant au champ culturel.

J’ai de l’admiration pour certaines de mes étudiantes que je suis très heureuse d’avoir aidées à s’affirmer. Et surtout je ressens beaucoup d’humilité à l’égard de toutes les femmes anonymes qui n’ont pas de visibilité et qui font avancer les choses au quotidien.

Nous vous avions rencontrée dans le cadre de votre dernière exposition à la galerie Aicha Gorgi. Pouvez-vous nous parler de vos projets en cours?

J’ai effectivement présenté une exposition personnelle à la galerie Gorgi il y a 3 mois et je travaille actuellement sur un nouveau projet car c’est pour moi un besoin et un élément important pour mon équilibre.

Dans l’immédiat et plus précisément ‪à partir du dimanche 11 mars,‬ nous organisons au musée Safia Farhat à Radès une exposition collective de 21 artistes intitulée Histoire(s) et j’y ai une contribution. Ce sera une belle exposition que je vous engage à visiter.

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