MAROC
06/03/2018 13h:50 CET

Dialogue social: La procédure ne fait pas l'unanimité, mais le gouvernement annonce un accord avant le 1er mai

cg.gov.ma

DIALOGUE SOCIAL - "Les salaires n’ont pas bougé depuis 2011. C’est inadmissible que l’on nous propose encore des commissions pour conduire le dialogue social. Nous ne sommes pas d’accord sur cette méthodologie". L’issue de la réunion que le chef du gouvernement, Saad-Eddine El Othmani, a tenu lundi 5 mars avec les syndicats sur la méthodologie de gestion du dialogue social, n’a pas convaincu la Confédération démocratique du travail (CDT).

Le chef du gouvernement, en présence du ministre du Travail et de l’Insertion professionnelle, Mohamed Yatim, a proposé aux syndicats, la CDT, l’Union marocaine du travail (UMT), l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM) et l’Union nationale du travail au Maroc (UNTM), une méthodologie de dialogue tripartite par commissions. Les travaux devraient ainsi s’organiser par la voie de trois commissions thématiques. D’après un communiqué de la primature, celles-ci porteront sur l’amélioration des revenus, sur le secteur privé dans son aspect législation du travail et libertés syndicales, ainsi que sur le secteur public visant à examiner les questions liées à l’administration publique.

Des travaux qui devraient aboutir à un accord d’une durée de trois ans, d’ici le mois prochain. Dès que cette étape sera accomplie, les négociations reprendront sur cette base. Pour y arriver, le même communiqué précise qu’une commission préparatoire constituée de représentants des différentes composantes sociales, économiques et des secteurs gouvernementaux concernés devra établir un agenda qui servira de feuille de route aux trois commissions thématiques.

"Nous avons rappelé, à l’occasion, que le mouvement syndical avait déjà testé cette méthode de travail et nous n’avions pas abouti aux résultats escomptés", déclare au HuffPost Maroc Allal Belarbi, membre du bureau exécutif de la CDT. Et d’estimer que, pour cette centrale syndicale, le gouvernement "veut gagner du temps en créant des commissions". "Les revendications des syndicats et leurs plaidoyers sont bien connues. C’est d'une négociation collective dot nous avons besoin dans le cadre d’une seule et même commission, conformément aux législations et règles reconnues au plan mondial par l’Organisation internationale du travail (OIT)", estime ce membre du bureau exécutif de la CDT.

Une négociation tripartite alliant patronat/employeurs, gouvernement et syndicats autour des différentes questions qui touchent de près le salarié en une seule commission. C’est sous cette forme que la CDT souhaite la reprise des négociations. "Les salariés, aujourd’hui, vivent dans une situation critique. Face à l’augmentation du coût de la vie, leurs revenus n’ont pas bougé depuis sept ans. Et aujourd’hui, le chef du gouvernement nous propose un accord d’une durée de trois ans", s’indigne ce responsable syndical, soulignant que le gouvernement cherche "en vérité à installer une paix sociale de trois ans". "Nous ne sommes pas contre, mais la paix sociale obéit à des principes et des règles claires, et ne se fait pas au détriment des droits des travailleurs et des libertés syndicales", fustige Allal Belarbi.

Face à ces critiques, le gouvernement a son mot à dire. "Nous n’avons pas imposé une méthodologie de travail. Pour nous, le principe est que celle-ci soit et reste le fruit d’une concertation. Nous avons entendu les propositions des quatre centrales syndicales et nous les avons simplement compilées", déclare au HuffPost Maroc le ministre du Travail et de l’Insertion professionnelle.

Pour ce dernier, les syndicats se montrent, certes, impatients de "traiter tout en même temps", mais, pour assurer la bonne marche du dialogue sociale, il faut bien le structurer. "Nous nous sommes concertés avec les secrétaires généraux des quatre centrales syndicales notamment sur la question liée à l’ordre du jour à adopter. Nous nous sommes accordés sur l’importance de fixer une échéance et d’évaluer le stade où nous en sommes", souligne Mohamed Yatim.

Sur cette échéance, le ministre explique qu’un plafond au dialogue social sera établi au cours des deux premières semaines d’avril. "Il sera annoncé par un accord avant le 1er mai (fête du travail)", précise-t-il. Et d'ajouter que la question de la méthodologie ne se pose plus: "Elle est définie, à présent. Nous ne pouvons plus nous permettre de traîner encore. Nous sommes décidés à aboutir, dans les trois prochaines semaines, à un accord".

Le principe de la majorité l’emporte. "Sur les quatre syndicats, seule la CDT s’est opposée à cette méthodologie par commissions. Cela relève de son droit et nous n'avons pas à lui imposer notre façon de faire. Nous continuerons, toutefois, à l’inviter à prendre part aux travaux", tient-il à préciser.

Par ailleurs, les questions qui pourraient faire l’objet de difficultés ou de conflits au sein des trois commissions devrait être réglées au sein d’une commission d’arbitrage auprès du chef du gouvernement. "Pour nous, le travail accompli hier est positif dans la mesure où il marque une évolution dans le processus du dialogue social", estime Mohamed Yatim.

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