MAROC
05/03/2018 09h:34 CET

Le groupe MBC annonce la déprogrammation de toutes ses séries turques

A family watches the Turkish soap opera "Noor" in Jeddah July 26, 2008. The show which flopped when first broadcast in its native Turkey three years ago has taken the Arab world by storm, provoking a flood of Gulf Arab tourists to Turkey that even includes royalty. REUTERS/Susan Baaghil (SAUDI ARABIA)
Susan Baaghil / Reuters
A family watches the Turkish soap opera "Noor" in Jeddah July 26, 2008. The show which flopped when first broadcast in its native Turkey three years ago has taken the Arab world by storm, provoking a flood of Gulf Arab tourists to Turkey that even includes royalty. REUTERS/Susan Baaghil (SAUDI ARABIA)

SÉRIES - La nouvelle promet de bouleverser de nombreux ménages marocains. La chaîne satellitaire saoudienne MBC ne programmera plus de séries turques à partir de ce lundi 5 mars. C'est ce qu'a annoncé le porte-parole du groupe, Mazen Hayek, qui précise que "cette décision concerne plusieurs autres chaînes de télévision dans le monde arabe".

Selon Reuters, cette décision serait le résultat des tensions grandissantes entre la Turquie et l'Arabie Saoudite et ses alliés, notamment sur le dossier du Qatar, Ankara ayant apporté son soutien à l'émirat après que sa mise au ban par ses voisins du Golfe.

Toujours selon l'agence de presse américaine, l'Arabie Saoudite veut ainsi limiter le "soft power" de la Turquie par le biais de ses séries.

Quelles alternatives pour la chaîne?

Selon le journal émirati The National, cette décision concerne cinq programmes parmi lesquels la série policière "Al Dakheel" ou encore le drame historique "Anta Watani".

La chaîne a, ces dernières années, multiplié la programmation de séries étrangères non-turques comme les fameux dramas coréens ou les traditionnels soap-opera sud-américains. Malgré cela, certains médias arabes se demandent comment le groupe compte remplacer des séries, et le coût que provoquera ces annulations en chaîne. Mazen Hayek assure de son côté à Reuters que cette décision est une "opportunité pour les créateurs arabes pour créer des séries de qualité, qui peuvent être de bonnes alternatives à celles retirées des écrans".

L'influence politique des séries

Il faut dire que ces dix dernières années, les séries télés produites par la Turquie sont devenus des outils incontournable de l'influence politique de la Turquie dans le monde arabe, mais aussi dans les Balkans ou encore en Amérique latine.

Ces séries font aussi les beaux jours des chaînes marocaines. La série "Samihini", diffusée sur la chaîne 2M, a ainsi réussi à enregistrer plus de 75% de parts d'audience en scotchant 8,35 millions de téléspectateurs à leur poste le 19 janvier dernier. Selon le journal turque Daily Sabah, 25% des séries exportées dans le monde viennent de Turquie.

Également diffusée sur la deuxième chaîne marocaine, une autre série turque arrive en seconde place avec 6,64 millions de téléspectateurs. Il s'agit de "Taman Al Hayat" qui enregistre ainsi 67,5% de parts d'audience.

Si de nombreuses voix dans le monde arabe ont critiqué ces séries pour leur vision parfois trop libérale, pour la sociologue Ipek Mercil, interrogée en 2016, elles dressent un portrait de la Turquie relativement conservateur. "Dans ces séries, les rapports au genre ne sont jamais remis en question, le patriarcat en est toujours au coeur. L'héroïne est généralement une femme monogame. Elle vit une relation amoureuse, la sexualité n'est jamais explicite, et si oui, c'est avec un seul homme. Même s'il n'y a pas vraiment de scènes de prière, les rapports de genre traditionnels et la culture turque musulmane sont prépondérantes dans ces séries".

Une représentation de la femme et de la famille qui ne clashe donc pas avec celle de la société marocaine, et dans laquelle les "ménagères" peuvent s'identifier plus facilement. Ipek Mercil concède cependant que même si ces séries dressent un portrait conservateur des femmes turques, elles peuvent être considérées comme progressistes dans les pays arabes.

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