ALGÉRIE
05/03/2018 10h:23 CET | Actualisé 05/03/2018 10h:26 CET

A la recherche de nourriture dans une ville assiégée, le Nord Sinaï sous blocus militaire

Ed Giles via Getty Images
EL ARISH, EGYPT - SEPTEMBER 20: An Egyptian bedouin boy walks through a field in the village of Al Muqattah, in Egypt's restive North Sinai region, September 20, 2012. The village of Al Muqattah lies in Egypt's North Sinai desert, less than 10km from the Israel-Egypt border. The area is at the centre of 'Operation Eagle, an effort by Egyptian security forces, reportedly with the assistance of Israeli intelligence, to establish security in North Sinai and rid the area of Islamic militants held re

Le nord du Sinaï est sous blocus militaire depuis la première semaine du mois de février 2018 : toutes les routes nationales menant à Al Arish ou aux autres villes de la région, limitrophes de Gaza en Palestine occupée, tels que Rafah, Cheikh Zuwayed sont fermées par l’armée égyptienne.

Les villes du Sinaï du Nord sont ainsi complètement coupées du reste de l’Egypte, l’armée empêchant l’acheminement de marchandises, de nourriture, de médicaments, de bouteilles de gaz butane ou tout autres produits depuis deux semaines.

Dans un reportage poignant publié par Mada Masr, un site d’informations indépendant dont l’accès est bloqué en Egypte, sont décrites les scènes d’humiliations et de souffrances des habitants d’Al Arish qui partent à la recherche de quelques légumes et d’un peu de farine dès le lever du jour.

Les habitants doivent guetter l’arrivée de camions militaires chargés de nourriture qui souvent n’arrivent jamais. Des photos des camions qui sont supposés les approvisionner sont parfois postées par ceux qui les repèrent sur les réseaux sociaux pour que l’information de l’arrivée de denrées alimentaires circule au maximum.

Le résultat sont des scènes de cohue de centaines de personnes accourant à un point de rendez-vous donné pour pouvoir glaner quelques tomates, concombres ou pommes de terre. Mada Masr publie des photos et vidéos où l’on voit, en pleine nuit, des groupes de gens courant dans la rue derrière des camions, qu’ils supposent chargés de nourriture.

Les récoltes locales de fruits et légumes cultivés dans la région ont toutes été vendues dans les premiers jours du blocus avant même que les produits ne soient mûrs, écrit le correspondant de Mada Masr dans le nord Sinaï.

Al Arish est une ville de près de 200 000 habitants, sa population a été soumise à toutes sortes d’épreuves depuis l’arrivée du maréchal Abdelfattah Sissi au pouvoir en juillet 2013. Et ce en représailles contre les attaques et attentats des groupes djihadistes qui ont spectaculairement poussé dans le Sinaï depuis le coup d’Etat militaire.

Les organisations telles que Amnesty International et Human Rights Watch ont documenté et dénoncé les exactions des l’armée et services de sécurité égyptiens dans cette région du pays. D’ailleurs Amnesty International a récemment appelé l’armée égyptienne à cesser l’utilisation de bombes à fragmentation dans le Sinaï, une découverte que l’organisation a faite en visionnant une vidéo de propagande de l’armée égyptienne annonçant une opération militaire d’envergure dans le Sinaï, “Opération globale Sinaï 2018”.

C’est donc cette même opération qui se traduit, dans les faits, par la privation des populations civiles de denrées alimentaires à grande échelle, ce qui s’apparente à de la punition collective contre des civils, femmes, enfants et vieillards.

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