TUNISIE
05/03/2018 06h:09 CET

Endettée et oubliée par les autorités tunisiennes: L'escrimeuse tunisienne Azza Besbes pense à arrêter sa carrière (VIDÉO)

Invité de la radio Mosaïque FM, l'escrimeuse tunisienne Azza Besbes a fondu en larmes face à la situation précaire qu'elle vit et que vivent les escrimeurs et escrimeuses tunisiens.

"La saison a commencé en octobre dernier et à ce jour, on ne m'a donné aucun millime. La saison est quasiment terminée et je n'ai pas encore reçu la prime de la médaille obtenue aux championnats du monde en juillet dernier" déplore-t-elle.

En effet, multi-médaillée, Azza Besbes a remporté la Médaille d'argent au sabre féminin senior individuel aux derniers championnats du monde 2017 à Leipzig.

"Plus personnes ni à la Fédération, ni au ministère ne répond à nos appels, à Sarra (Besbes), Inès (Boubakri) et moi. À chaque fois qu'on appelle le directeur de cabinet de la ministre, on nous dit qu'elle est en réunion et qu'elle va nous rappeler. On attend encore son appel" décrit la jeune femme affirmant être endettée.

"Je suis vice-championne du monde et je me retrouve aujourd'hui endettée jusqu'au cou. À chaque fin de moi, je me demande comment je vais payer mon loyer, mon staff, mes dépenses quotidiennes. Ne sommes-nous pas des êtres humains?" s'est-elle interrogée.

"Parfois, je me sens comme un animal dans un zoo (...) Personne n'a de considération pour toi et puis quand tu gagnes une médaille, ils te ramènent pour prendre quelques photos et font comme si c'étaient eux qui ont gagné cette médaille puis on t'oublie".

La vice-championne du monde déplore également le fait d'être totalement délaissée: "J'ai subi une opération au poignet, personne ne s'est inquiété pour moi. Ils ne se sont même pas demandé si l'opération s'est bien déroulée, si j'avais les moyens de la payer, quand je compte reprendre la compétition, absolument rien!"

Azza Besbes affirme avoir été obligée d'arrêter sa rééducation au poignet depuis décembre. "Je n'ai plus d'argent pour payer le kiné" affirme-t-elle en pleurs.

"Je n'ai jamais cru qu'une vice-championne du monde allait vivre ça. J'ai fait des sacrifices, j'ai donné de mon temps, de ma force, de ma santé et de mon argent pour finalement être traitée comme ça".

"Une carrière d'un sportif de haut niveau dure entre 15 et 20 ans. Avez-vous vu un sportif de haut niveau passer 15 ou 20 ans sans recevoir aucun sou? Ils trompent l'opinion publique! La Fédération et le ministère sortent des chiffres fantaisistes et disent qu'on a pris de l'argent. Nous n'avons eu aucun millimes!"

Pour elle, la question va au-delà de l'aspect financier: "Je me fout complément de l'argent. C'est de respect et de considération dont on a besoin. Pour moi, quand je remporte une médaille pour mon pays et que je monte sur le podium, ça vaut tout l'argent du monde, mais qu'au moins, on me respecte pour ça!"

Au bout du rouleau, l'escrimeuse de 27 ans pense déjà à tout arrêter: "Je pense à arrêter ma carrière parce que je suis endettée jusqu'au cou. Je pleur tous les jours en me demandant est-ce que, à ce point, les talents tunisiens n'ont aucune valeur?"

"C'est vous qui tuez le sportif tunisien, c'est vous qui le faîtes abandonner!" s'est-elle emporté contre les autorités tunisiennes.

Issue d'une famille d'escrimeurs, Azza Besbes est, aux côtés de sa soeur Sarra et d'Ines Boubakri, l'une des plus grandes escrimeuses tunisiennes de ces dernières années. Classée 7eme mondiale en 2011, elle a été à l'âge de 17 ans, la première escrimeuse africaine et arabe à atteindre les quarts de finale d'un tournoi individuel olympique d'escrime.

Multi-médaillée, elle a brillé lors des derniers championnats du monde à Leipzig, obtenant la médaille d'argent après avoir perdu en finale contre l'ukrainienne Olha Kharlan.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.