MAROC
04/03/2018 10h:44 CET | Actualisé 04/03/2018 14h:00 CET

Oscars 2018: Comment "Three Billboards" a inspiré un nouveau mode de contestation

BLUEPRINT PICTURES

OSCARS 2018 - "Les Panneaux de la Vengeance". Le titre français de "Three Billboards" annonce la couleur. Favori des Oscars 2018 qui se tiennent ce dimanche 4 mars à Los Angeles avec sept nominations, le film a déjà été récompensé par les Golden Globes, les Bafta et les SAG Awards. Autant dire que le long métrage du Britannique Martin McDonagh bénéficie d'un écho planétaire.

Au-delà du fond du film, qui raconte l'histoire d'une mère de famille qui réclame justice après la mort de sa fille, c'est la méthode qu'elle utilise pour se faire entendre qui marque. Interprétée par Frances McDormand, la mère éplorée loue trois grands panneaux rouge à l'entrée de la petite ville d'Ebbing dans le Missouri. Les affiches, couleur sang, vont avoir le mérite de faire parler une communauté profondément divisée par la campagne choc. "Plus on expose une affaire, plus on a de chance de la voir résolue", dit-elle.

Cette méthode a inspiré un nouveau mode de contestation ou de démonstration que l'on a pu voir apparaître un peu partout sur la planète. Relayés dans les médias, ces panneaux prouvent le potentiel de la méthode pour faire passer un message.

Pour célébrer le meilleur, et dénoncer le pire

Quand Alexis Ohanian, le mari de Serena Williams loue quatre panneaux installés sur les hauteurs de Los Angeles et célèbre "la meilleure maman du monde" pour son retour à la compétition après sa maternité, il fait fondre le cœur de sa femme mais aussi celui des internautes.

Beaucoup plus sérieux, c'est toujours à Los Angeles que le street artist Sabo a utilisé ce modus operandi pour dénoncer la pédophilie dans le milieu du divertissement. Cette opération "pirate" réalisée le 28 février dernier a eu un écho considérable par la force des propos placardés.

"On était tous au courant, mais il n'y a pas eu d'arrestation", "Et l'Oscar du pire pédophile est attribué à...", "Donnez des noms sur scène ou fermez vos gueules", peut-on lire sur ces panneaux de quinze mètres sur quatre.

Avec cette campagne choc, l'artiste habitué à ce type d'opérations, explique avoir voulu dénoncer l'omerta dans le milieu du divertissement au sujet des violences sexuelles. Il s'adresse en substance aux acteurs d'Hollywood qui devraient, selon lui, éviter de faire la leçon durant leurs discours aux Oscars. Du moins pour cette année, explique-t-il à The Hollywood Reporter.

Une méthode coup de poing

En Écosse, c'est avec des moyens limités que des grévistes de l'université d'Édimbourg ont utilisé cette méthode pour mettre leurs revendications en évidence contre la baisse de leurs allocations.

Toujours en Grande-Bretagne, les victimes de l'incendie de la Grenfell Tower qui a coûté la vie à 71 personnes en juin 2017 se sont servi de trois panneaux rouge pour demander justice. "71 morts", "Et toujours pas d'arrestation?" et "Pourquoi donc?", peut-on lire dans un message adressé aux autorités.

"Ces trois panneaux sont là pour que cette tragédie reste dans la conscience nationale et que nos voix soient entendues", a expliqué l'association.

Le 22 février dernier, c'est devant les Nations Unies à New York que l'ONG Crisis Action a déployé trois panneaux à LED pour dénoncer les massacres de la Ghouta, bombardée par le gouvernement syrien. "500.000 morts en Syrie", "Et toujours aucune action", "Comment est-ce possible, Conseil de Sécurité de l'ONU?", lit-on.

Deux jours après la fusillade qui a fait 17 morts dans les couloirs d'un lycée de Parkland (Floride), le président de la Chambre des représentants de l'État américain Marco Rubio a été directement ciblé par une campagne du collectif Avaaz reprenant le mode opération de "Three Billboards".

"Abattus à l'école", "Et toujours pas de contrôle des armes", "Comment cela se fait, Marco Rubio?", lit-on, le tout sur le célèbre fond rouge.

Comme un symbole, la ville de Connemara en Irlande d'où est originaire le réalisateur du film Martin McDonagh lui a rendu hommage en installant les trois célèbres panneaux à l'entrée du village.

Dans une interview donnée au Screen Daily, le réalisateur a expliqué s'être inspiré d'une expérience personnelle pour penser son film. En voyage en bus dans le sud des États-Unis il y a 20 ans, il était passé devant des panneaux publicitaires similaires interpellant la police au sujet d'un crime. "C'est resté figé dans ma mémoire, a-t-il expliqué. La douleur, la rage et la tristesse de la personne qui les a placés là".

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