MAROC
02/03/2018 08h:36 CET

"Médecins et arnaqueurs": Quatre syndicats et associations portent plainte contre TelQuel

"Médecins et arnaqueurs": Quatre syndicats et associations portent plainte contre TelQuel
Telquel
"Médecins et arnaqueurs": Quatre syndicats et associations portent plainte contre TelQuel

JUSTICE - La une du magazine TelQuel sur les arnaques dans les cliniques privées, parue début février, a fait réagir syndicats et associations du secteur. Quatre d'entre eux ont porté plainte contre l'hebdomadaire pour diffamation. La directrice de publication et les deux journalistes auteurs de l'enquête devront comparaître devant la justice le 19 mars.

Pour le Syndicat national des médecins du secteur libéral, l’Assemblée nationale syndicale des médecins spécialistes du secteur privé, l’Association nationale des cliniques privées et le Rassemblement syndical national des médecins du secteur privé, TelQuel "a violé le caractère sacré et noble de la profession médicale" et "annihilé tous les efforts entrepris par les professionnels du secteur qui veillent nuit et jour pour assurer la santé des citoyens".

Le magazine aurait également, selon eux, "violé l'éthique journalistique et les lois en vigueur", rapporte TelQuel. Pour les quatre entités plaignantes, le dossier de onze pages comporte "des accusations publiques et graves qui portent préjudice" à la profession de médecin en général et de médecin du secteur privé en particulier.

"Tout ce qu'on a écrit dans le dossier est vrai"

Dans son enquête, TelQuel écrivait que "de nombreux médecins du privé ont construit un vrai business en soignant leurs patients", en pratiquant notamment des césariennes, dialyses ou opérations injustifiées. Le magazine pointait également du doigt les honoraires abusifs et la surfacturation pratiqués par certains médecins, témoignages de patients et chiffres à l'appui.

Selon la directrice du magazine, Aïcha Akalay, TelQuel s'attendait à cette plainte dans le sens où les plaignants avaient déjà communiqué dessus sur les réseaux sociaux avant de la déposer. "Mais nous restons assez surpris par la plainte", explique-t-elle au HuffPost Maroc, arguant qu'il n'y a "aucune généralisation" dans l'enquête réalisée par l'hebdomadaire.

"Nous avons fait notre travail en respectant les règles de déontologie journalistique, tout ce qu'on a écrit dans le dossier est vrai. Mais nous ne sommes pas étonnés, quand on parle d'un sujet qui reste assez tabou, on s'attend à de vives réactions", ajoute-t-elle. "Ce qui nous touche, c'est que nous avons aussi reçu beaucoup de témoignages de lecteurs ou même de médecins qui nous disent que c'est d'utilité publique".

Les médecins dénoncent un "acharnement"

Pour le docteur Badredine Dassouli, président du Syndicat national des médecins du secteur libéral (SNMSL), l'article de TelQuel est "plein de haine envers tous les médecins du Maroc". "Dans tous les secteurs, il y a des gens bien et pas bien. Mais ce n'est pas une raison pour généraliser et tirer sur tout le monde", indique-t-il au HuffPost Maroc, dénonçant un "acharnement" contre les médecins ces derniers temps. "Cela crée de la haine au sein de la population. Si quelqu'un a un problème avec un médecin, il faut qu'il s'explique directement avec lui, sans toujours passer par les journaux. La justice et le conseil national de l'ordre des médecins sont là pour que le patient fasse valoir ses droits", rappelle-t-il.

Concernant les prix jugés abusifs et les dépassements d'honoraires, le médecin explique que la nomenclature des tarifs des actes professionnels des médecins, fixée en 2006, n'a toujours pas été revue depuis, alors que les coûts ont augmenté en douze ans. "Une opération qui coûtait 10.000 dirhams en 2006 coûte par exemple 20.000 dirhams aujourd'hui, mais elle est remboursée sur la base de 2006. Ce sont aux gestionnaires d'assurance de rembourser correctement les patients. Nous, on ne peut pas brader les prix des interventions, qui sont déjà très bas par rapport à d'autres pays", estime-t-il.

"Si l'on préconise certaines opérations ou examens supplémentaires, c'est par honneur pour la profession et pour la sécurité du patient. Je préfère faire un examen en trop par sécurité plutôt que de ne pas le faire et passer à côté de quelque chose de grave. Sinon, c'est le patient qui paie ensuite les pots cassés", ajoute le médecin.

Le procès - qui n'est pas le premier intenté à la direction du magazine TelQuel - débutera le 19 mars au tribunal correctionnel de première instance de Casablanca, "afin d'examiner les actes spécifiés dans la plainte, entendre les procureurs du ministère public et présenter les causes de la plainte et les demandes finales", précise le magazine. Les plaignants demandent un dirham symbolique d'indemnisation financière et la publication du verdict dans un journal national arabophone et francophone.

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