MAROC
03/03/2018 08h:32 CET

Des capsules pour défendre en 3 minutes l'égalité dans l'héritage

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CAMPAGNE - Terrain miné. Hakima Lebbar, psychanalyste et galeriste, s’y avance avec pédagogie. Celle qui a écrit en avril 2017 un livre intitulé "Les hommes défendent l’égalité en héritage" veut consacrer son militantisme pour les droits humains et de la femme à l’équité dans l’héritage. Une idée, mais surtout une conviction qui lui a inspiré des projets où l’art stimule le débat et la sensibilisation.

Avec l’association Union féministe libre, elle a récemment lancé des capsules pour répondre à la question "Pourquoi l’égalité dans l’héritage?". "Nous nous sommes tournés vers le jeune public après avoir constaté que les réseaux sociaux représentent un des canaux de communication les plus importants. Nous avons entamé nos capsules avec Mohamed Abdelwahhab Rafiqi, connu sous le nom d’Abou Hafs, et Mohamed Assid", explique Hakima Lebbar au HuffPost Maroc.

L’ancien cheikh salafiste et l’écrivain s’accordent, dans leur discours, à expliquer en 3 minutes que l’évolution sociale impose aussi une évolution dans le partage de l’héritage.

Pour Mohamed Abdelwahhab Rafiki, la religion prône le principe de l’équité et le partage de l’héritage avait pour base une certaine organisation sociale qui n’est plus. Rien ne s’oppose donc au fait d’adapter l’héritage à la société actuelle.

Ahmed Assid, lui, parle d’"une femme productrice de richesses, participante à tous les secteurs vitaux", estimant que celle-ci mérite désormais l’équité dans l’héritage, non sans ajouter cette égalité permettra de lever "le mépris" de la femme.

À ces deux capsules s’ajoutera bientôt une troisième qui donnera la parole à la juriste Farida Bennani. "Ces trois personnes ont aiguisé leurs argumentaires tout au long des conférences que nous avions organisées", précise Hakima Lebbar.

Le livre "Les hommes défendent l’égalité en héritage" a donné lieu à une large campagne dans laquelle ces capsules représentent une nouvelle étape. Après avoir sillonné 8 villes dans lesquelles une exposition et un débat ont été organisés sur la thématique du livre, Hakima Lebbar a testé la difficulté de soulever l’équité dans l’héritage. "À Azrou, par exemple, on a été interdit malgré un accord préalable des autorités locales. Et c’est finalement le local de l’Association marocaine des droits humains qui nous a accueillis", se souvient-elle non sans amertume. Une résistance qui n’est pas isolé, selon elle. "À Larache, les autorités ont bien voulu abriter l’exposition mais pas le débat, car l'exposition avait soulevé des réactions virulentes... On y va à petits pas", raconnait-elle.

"À petits pas", pour engager un dialogue national serein sur l'équité en héritage. La militante a allié à sa cause les forces vives partageant son combat. Avec les associations locales rencontrées dans les 8 villes (de 4 à 5 associations par ville), une union s’est tissée pour faire la force d’une campagne de sensibilisation baptisée "Hommes et Femmes, ensemble pour l’égalité dans l’héritage". "Nous comptons utiliser les capsules dans le cadre de cette campagne qui se poursuivra tout au long de l’année et peut-être plus", annonce Hakima Lebbar.

Les capsules seront utilisées par les associations partenaires dans l’ensemble des activités liées à la campagne. "Nous souhaitions pouvoir les passer à la télévision, mais nous n’avons pas encore de retour", regrette la militante sans pour autant baisser les bras. "Nous continuerons jusqu’à ce que l’égalité en héritage soit inscrite dans la loi".

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