TUNISIE
01/03/2018 12h:21 CET | Actualisé 01/03/2018 12h:49 CET

Rached Ghannouchi compare Ennahdha au parti d'Erdogan et critique la politique de Bourguiba vis-à-vis des "hommes de religion"

ANKARA, TURKEY - FEBRUARY 27: Leader of the En-Nahda Movement Rached Ghannouchi delivers a speech during Alija between East and West' symposium within the '25 years with Sarajevo' event as part of the anniversary of 25th anniversary of Bosnia and Herzegovina's foundation at the Ankara Congresium on February 27, 2018 in Ankara, Turkey. (Photo by Metin Aktas/Anadolu Agency/Getty Images)
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ANKARA, TURKEY - FEBRUARY 27: Leader of the En-Nahda Movement Rached Ghannouchi delivers a speech during Alija between East and West' symposium within the '25 years with Sarajevo' event as part of the anniversary of 25th anniversary of Bosnia and Herzegovina's foundation at the Ankara Congresium on February 27, 2018 in Ankara, Turkey. (Photo by Metin Aktas/Anadolu Agency/Getty Images)

Interviewé par le journal argentin "La Nacion", le président d'Ennahdha, Rached Ghannouchi est revenu sur la situation du pays, mais également sur le rapport de son parti à la religion et plus globalement sur la place de l'islam dans la sphère publique.

Pas de risque d'explosion sociale

Le leader d'Ennahdha estime qu'il n'y a pas de risque d'explosion sociale en Tunisie: "La révolution a eu lieu parce qu'il y avait deux crises simultanées: une crise économique avec la corruption, et autre une politique avec la tyrannie. Maintenant, il n'y a pas de crise politique", estime-il.

Ghannouchi explique le mécontentent des Tunisiens par le fossé entre leurs aspirations et les moyens dont dispose le pays. Il cite notamment la situation chaotique en Libye qui a eu des répercutions néfastes sur la Tunisie, le terrorisme, mais aussi le fait que pour "faire taire les revendications sociales, l'État a beaucoup dépensé", dit-il. Et de poursuivre: "Nous vivons de prêts internationaux".

Ennahdha et la religion

Interrogé sur la qualification d' "islamo-démocrate", que revendique Ennahdha depuis son dernier congrès, Ghannouchi explique que ce concept marque leur rupture avec l'islam violent de l'État islamique, qui considère que la démocratie est un péché.

"Deuxièmement, par islamo-démocrates, nous nous référons à l'acceptation du cadre politique de l'État-nation et non du califat. Nous voulons réaffirmer notre loyauté envers la nation et envers un État fondé sur les droits des citoyens et non sur la base des croyances. Musulmans et non-musulmans, hommes et femmes devraient avoir les mêmes droits", a-t-il affirmé.

Le leader d'Ennahdha compare son parti au parti de la justice et du développement au Maroc et au parti du président turc Recep Tayyip Erdoğan, l'AKP.

L'islam est bien présent dans l'État, explique Ghannouchi, et ce depuis la Constitution de 1956 qui énonce que la langue de la Tunisie est l'arabe et que sa religion est l'islam. Et d'ajouter: "Si les députés qui sont élus par le peuple, sont guidés par des valeurs islamiques, les lois le reflèteront. Nous nous opposons au fait que l'islam soit imposé d'en haut, par l'État. L'islam doit partir du bas jusqu'en haut, et non pas l'inverse."

Le président d'Ennahdha s'en prend enfin au président Habib Bourguiba en avançant qu'il "a fermé diverses institutions religieuses et réprimé les hommes de religion", ce qui a engendré un vide sur ce plan. Les extrémistes religieux ont profité de ce vide, dit-il. Ces derniers "ne sont pas diplômés des grandes institutions théologiques, telles que la Zeituna, en Tunisie, ou al-Azhar, en Egypte. Ils ne comprennent pas bien l'Islam", a-t-il conclu.

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