MAROC
01/03/2018 13h:36 CET | Actualisé 01/03/2018 13h:47 CET

Le rapport annuel de l'OICS appelle les pays à traiter la toxicomanie comme une maladie

Getty Images/iStockphoto

DROGUES - À quelques semaines de la tenue de la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies sur le problème mondial de la drogue, l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) publie son rapport annuel qui examine la situation en matière de contrôle des drogues dans le monde. Cette année, l'OICS exhorte les États à davantage investir dans les services de traitement de la toxicomanie et de manière urgente.

Présenté ce jeudi 1er mars à Rabat par le professeur Jallal Toufiq, membre de l'OICS, le rapport attire l'attention sur le fait que les besoins de réadaptation dépassent largement la disponibilité des services correspondants. L'Organe, sous l'égide des Nations unies, dresse le constat suivant: dans le monde, seule une personne sur six nécessitant une prise en charge a accès à un programme de traitement de la toxicomanie. Et lorsque le traitement est disponible, il est souvent "de piètre qualité et ne peut-être dispensé conformément aux normes internationales", alerte l'OICS.

Lutter contre la discrimination des toxicomanes

Jallal Toufiq rappelle à cet égard, qu'il est primordial que le traitement de la toxicomanie soit considéré comme un droit à la santé, et souligne que la lutte contre l'abus de drogues ne sera efficace que par les deux approches suivantes: la prévention d'une part, et un investissement important dans les services de traitement de la toxicomanie et la réadaptation d'autre part.

Le professeur s'attarde également sur la stigmatisation et le rejet dont peuvent être victimes les personnes qui se droguent, partout dans le monde. Discriminer ces personnes compromet gravement leur chance d'accéder à des soins et traitements et influe sur leurs perspectives de réinsertion sociale. "Prenons l'exemple d'un jeune de Takkadoum à Rabat, qui se fait arrêter avec 2 grammes de cannabis dans la poche. Il va finir en prison, où il découvrira un univers nuisible, se radicalisera peut-être ou bien deviendra un délinquant à sa sortie et aura du mal à se réinsérer socialement", explique le professeur. "On va le punir au lieu de considérer son addiction comme une maladie et l'aider à s'en sortir en lui fournissant un accès à un traitement. On continue de croire que le problème de dépendance n'est pas une maladie mais un problème de déviance", poursuit-il avant d'ajouter qu'en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, l'absence de soins envers les personnes dépendantes présente une "situation très inquiétante".

Une prise en charge à géographie variable

Des disparités se font en effet sentir entre pays à revenu faible et intermédiaire et pays développés, provoquant ainsi un déséquilibre mondial qu'il convient rééquilibrer en supprimant les obstacles juridiques et politiques qui empêchent d'accéder à des médicaments.

L'OICS rappelle ainsi aux États qu'ils ont l'obligation d'offrir des services de traitement aux personnes souffrant de troubles liés à l'usage de drogues et réaffirme que la légalisation du cannabis à usage non médical est incompatible avec les obligations incombant aux Etats, en vertu des traités internationaux relatifs au contrôle des drogues. Ainsi pour Werner Sipp, président de l'OICS, "il s’agit non pas d’obliger le monde à choisir entre une action antidrogue 'militarisée' et la légalisation de l’usage de drogues à des fins non thérapeutiques, mais plutôt de mettre la santé physique et morale au cœur d’une politique équilibrée en matière de drogues".

L'Organe présente dans son rapport une série de recommandations pour aider les Etats à prendre des mesures efficaces face aux problématiques liées à la drogue, dans le plein respect des règles et des normes internationales relatives aux droits de l'Homme pour répondre aux objectifs de développement durable de l'ONU d'ici 2030.

D'autre part, on apprend dans le rapport que l'usage et la consommation de drogues ne cesse d'augmenter en Afrique, un continent qui demeure une région de transit essentielle pour le trafic mondial, notamment de cocaïne en provenance d'Amérique du Sud et à destination de l'Europe essentiellement.

Le Maroc, par ailleurs, conserve son statut de plus gros pays producteur de cannabis, drogue la plus consommée dans le pays et à l'échelle africaine.

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