ALGÉRIE
01/03/2018 14h:39 CET

"La prison Algérie est bien gardée", Said Sadi propose un plan d'évasion

Said Sadi (C), head of the opposition Rally for Culture and Democracy (RCD) pays tribute next to the coffin of late Algerian opposition figure Hocine Ait-Ahmed, on December 31, 2015 in the capital Algiers, after his body was brought to his homeland for a state funeral. Ait-Ahmed, one of the fathers of Algeria's struggle for independence from France and then a longtime opposition figure, died in Lausanne, Switzerland on December 23, his Socialist Forces Front party said. Ait-Ahmed, 89, was the la
FAROUK BATICHE via Getty Images
Said Sadi (C), head of the opposition Rally for Culture and Democracy (RCD) pays tribute next to the coffin of late Algerian opposition figure Hocine Ait-Ahmed, on December 31, 2015 in the capital Algiers, after his body was brought to his homeland for a state funeral. Ait-Ahmed, one of the fathers of Algeria's struggle for independence from France and then a longtime opposition figure, died in Lausanne, Switzerland on December 23, his Socialist Forces Front party said. Ait-Ahmed, 89, was the la

Une adresse à l’opposition algérienne au moment où le pays “s’abîme” non plus seulement dans une crise politique mais “dans une impasse historique”, c’est ce qu’a fait Said Sadi en publiant cette semaine un texte intitulé “Oppositions algériennes : au-delà du pouvoir” sur le site électronique Middle East Eye.

Said Sadi, fondateur et longtemps président du Rassemblement pour la culture et la démocratie, parti dont il a commencé par abdiquer le poste de commandement il y a une dizaine d’années pour ensuite s’en détacher définitivement en février dernier, est un homme politique atypique.

Après avoir été un féroce défenseur du régime en place pendant les sanglantes années 90, le leader du RCD est réapparu sous un visage spectaculairement différent en 2011, dans les rues d’Alger contaminée par l’effervescence du printemps arabe: il est aux premiers rangs des manifestations qui appellent au changement et qui sont fermement réprimées.

Dans cette lettre, il choisit de s’adresser “aux oppositions” plutôt qu’aux “décideurs” comme le font d’usage les hommes et les femmes politiques algériens:

“Tout en étant responsable, l'opposition doit prôner un changement de système et renoncer aux illusions de changements dans le système”, écrit Said Sadi qui commence par souligner que cette opposition n’est pas parvenue “à assumer collectivement un projet de rupture négocié”.

Tel un médecin qui ausculte un malade qu’il connaît bien, Said Sadi brosse le portrait d’un pays dirigé dans “l’opacité d’un système façonné dans les arcanes du KGB (qui) voile toute visibilité”, où “l’autisme des despotes murés dans le déni” s’exprime à travers le gigantisme architectural de la “méga mosquée” d’Alger, et nous apprend par la même occasion que pour réaliser “ce monument néo-stalinien, cinq Centres hospitaliers universitaires de dernières génération ont été sacrifiés”.

“À l’incurie économique s’ajoute l’enfermement. La censure et la désinformation givrent ou parasitent la vie publique et la justice est caporalisée. Les programmes scolaires sont préemptés par le wahhabisme. Le tourisme est banni et la frontière terrestre avec le Maroc est toujours fermée. La prison Algérie est bien gardée. Pour en sortir durablement, il faut fuir sur le net ou risquer de périlleuses migrations. Hémorragiques, ces dernières emportent les jeunes et les cadres.”

Les opposants sont donc “condamnés à l’audace innovante, s’ils veulent éviter le chaos”, résume Said Sadi.

Son plan est de commencer par se comporter en acteurs autonomes, déterminés et responsables: “C’est la seule façon, écrit-il, de faire entendre aux décideurs, au premier rang desquels l’armée – qui, demain, sera en première ligne face aux furies populaires – qu’un nouveau système politique est inéluctable”.

Au “courant démocratique”, Said Sadi dit qu’il ne lui suffit plus de “prôner l’alternance” mais qu’il doit ouvrir les yeux sur une “réalité socio-politique considérablement complexifiée”, se transmuer pour devenir plus efficient et s’ouvrir pour intégrer d’autres énergies, “dont la diaspora”.

L’islamisme politique n’est pas près de disparaître non plus, et avec cette mouvance, dit-il, “la clarté est de rigueur. Se présenter en compétiteur dans un cadre démocratique suppose un cahier des charges qui s’impose d’abord à ceux dont les antécédents peuvent nourrir quelques appréhensions. On ne peut pas récuser le vote dès lors que l’on a gagné une élection. La majorité n’implique pas négation de la minorité. Les libertés fondamentales et l’égalité des sexes sont inaliénables… Les mécanismes garantissant le strict respect de ces engagements seront dévolus à un arbitrage constitutionnel incontestable”.

Puis Said Sadi finit par s’adresser à la “société civile dans sa diversité” en lui assénant de prendre ses responsabilités: “la société civile dans sa diversité ne peut rester dans les ambiguïtés qui l’ont, trop souvent, réduite à une feuille de vigne du régime. Demander à l’opposition démocratique toujours plus de radicalité et de sacrifices et postuler, par principe, que l’exercice du pouvoir échoit à des notables du sérail, n’est pas soutenable”.

A tous, Said Sadi propose d’entamer ensemble un débat sur “la procédure” qui commencerait par “cocher les erreurs et fautes du passé”, car, “dans cette période où l’histoire algérienne vacille, cela est déjà important”.

Lire le texte intégral de Said Sadi ici: Oppositions algériennes : au-delà du pouvoir

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