TUNISIE
07/03/2018 12h:59 CET | Actualisé 14/03/2018 15h:32 CET

Rencontre avec Monia Sboui, la créatrice tunisienne qui redonne vie aux pièces vintage à Paris avec la griffe "Super Marché"

Emilie Royer

Créée en septembre 2016, la jeune marque "Super Marché", s'est progressivement fait une place dans le milieu du prêt-à-porter parisien grâce à un concept de plus en plus en vogue, l'upcycling.

Celui-ci consiste à redonner vie à des pièces de seconde main, en les transformant en pièces uniques dans des ateliers de couture et d’insertion professionnelle à Paris et à Saint-Denis, car si le même modèle est décliné plusieurs fois, chaque vêtement d’origine est différent.

La philosophie "Super Marché": "Consommer moins mais mieux"!

Qu'elles soient destinées à l'homme ou à la femme, les créations "Super Marché" répondent en effet à un soucis environnemental et humain, tout en prêtant une attention bien particulière au style, au confort et à la qualité.

Le HuffPost Tunisie est allé à la rencontre de sa fondatrice Monia Sboui.

Le HuffPost Tunisie: Vous êtes fondatrice du concept "Super Marché", quel est votre parcours?

Monia Sboui: J’ai commencé ma vie professionnelle dans le travail social, j’étais éducatrice spécialisée. Tout en évoluant dans ce milieu qui était assez éloigné de la mode, je m’intéressais beaucoup à la création de vêtements, à la couture, aux pièces de seconde main.

J’ai donc finalement décidé de reprendre des études dans la mode et la création textile. J’ai découvert l’upcycling à travers des ateliers créatifs quand j‘ai étudié à Londres. J’ai travaillé pour des marques de mode, j’ai été en charge du développement de produit d’une partie des collections et du suivi de production.

Mais malgré tout il me manquait quelque chose, j’avais deux intérêts forts, la mode et le lien avec le champ social et je ne voyais pas trop comment les relier.

ms

Comment est née la marque Super Marché?

En travaillant dans la mode, je me suis rendue compte des quantités énormes de matière et de vêtements produits chaque saison, avec des nouvelles collections qui s’enchaînent et sortent frénétiquement. C’était un moment où l’on parlait de plus en plus des productions de ces collections et des conséquences environnementales et humaines terribles qu’elles engendraient. J’ai commencé à me demander s’il n’était pas possible de faire autrement.

Par ailleurs, je me questionne beaucoup sur la façon de consommer de manière générale et plus particulièrement sur la façon de consommer les vêtements et donc de les produire. Nous sommes arrivé à un mode d’achat effréné qui crée une satisfaction très éphémère et nous pousse à consommer davantage.

De tous ces constats, l’idée de créer une marque de vêtements en utilisant des pièces de seconde main et en créant un lien professionnel avec des personnes éloignées de l’emploi est arrivée assez naturellement.

Plus techniquement, comment sélectionnez-vous les pièces et comme les retravaillez-vous par la suite?

La démarche est très artisanale. En général j’ai une idée de modèle que je souhaite réaliser, je récupère des vêtements de seconde main, je découds les parties que je souhaite modifier, je coupe dans de nouveaux tissus et j'assemble la nouvelle pièce.

Une fois que je valide le prototype, je refais le même processus pour la production, et pour cette étape je collabore avec un atelier de couture et d’insertion professionnelle. C’est un vrai partenariat, je passe beaucoup de temps avec les personnes de l’atelier et j’échange directement avec les mécaniciens et mécaniciennes qui seront en charge de la production pour mettre au point les modèles.

m

Où peux-ton trouver vos créations?

J'ouvre prochainement une boutique-atelier à Paris aux Grands Voisins, qui est un ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul occupé par diverses initiatives mêlant l’événementiel, le social, l'associatif et le commercial, dans le 14ème arrondissement.

Sinon les pièces sont commercialisées sur le site Internet et dans trois boutique à Paris, chez Lekker Kkoncept store dans le 18ème, chez Manifeste 011 dans le 11ème et à la Textilerie dans le 10ème. J’aimerais beaucoup qu’elles soient distribuées à Tunis aussi!

"Super Marché" inaugurera sa première boutique en présence de sa créatrice, le samedi 7 avril prochain, de 17h à 20h aux Grands Voisins, 74 avenue Denfert-Rochereau à Paris.

Quelles sont vos inspirations? En termes de mode à Paris, Tunis?

J’aime bien marcher dans la ville et regarder les gens, je vais être inspirée par la façon dont ils portent leurs vêtements plus que par un détail en particulier. Je vis à Barbès dans le nord de Paris et c’est un quartier très populaire, où beaucoup de styles et de cultures se croisent, c’est assez riche en termes de looks.

Quand je voyage et notamment en Tunisie, je continue mes observations dans la rue. J’ai une grande passion pour le Dengueri, la blouse de travail bleue traditionnelle tunisienne, qui est porté de façon très différente selon les générations.

Pour la création, au delà du style des pièces que je veux "cool" et donnant une singularité au look des personnes qui les porteront, en créant les vêtements, je pense beaucoup à comment ils vont pouvoir s’intégrer au dressing qu’ont déjà les clients, à l’aspect pratique d’une pièce et au fait qu’elle pourrait s’adapter à toutes les saisons.

ms

Quels sont vos projets?

J’aimerais continuer à développer la marque et qu’elle grandisse avec une petite équipe en intégrant un chantier d’insertion.

Je souhaite que le projet continue à une échelle plus importante dans le champ de l’entrepreneuriat social avec ce côté hybride de la marque de mode qui utilise des vêtements de seconde main et inclue un lien avec le champ social à travers l’insertion professionnel.

Le marché de la mode évolue d'année en année, de nombreuses marques prennent conscience de l'impact environnemental et s'orientent vers le slow fashion... Comment l'entrevoyez-vous dans 5 à 10 ans?

Oui ce mouvement est en plein essor et c’est très positif parce qu’il est urgent de changer les pratiques dans la mode.

Malheureusement pour l’instant c’est surtout les petites marques et les jeunes créateurs qui s’inscrivent dans cette démarche (au delà de quelques designers reconnues comme Stella McCartney ou Vivienne Westwood), l’idéal serait que les grandes marques qui ont un fort pouvoir s’engagent.

Pour autant, je suis persuadée que ce mouvement n’est pas qu’une tendance. Les choses avancent doucement mais elles avancent, j’ai hâte du jour où produire de façon responsable en réduisant les impacts humains et environnementaux sera la norme et non plus l’exception.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.