TUNISIE
01/03/2018 10h:15 CET | Actualisé 02/03/2018 06h:43 CET

L'essai optimiste sur l'avenir de l'Islam et des musulmans de l'islomologue tunisien Abdelwahab Bouhdiba

Auteur d'une dizaine d'ouvrages sur l'islam, dont "La sexualité en islam" ou encore "Les différents aspects de la culture islamique: l'individu et la société en islam", l'universitaire, sociologue et islamologue tunisien Abdelwahab Bouhdiba publie "L'islam: ouverture et dépassement". Un autre ouvrage qu'il souhaite comme un "appel pour que la 'positivité' de nos cultures ne soit pas occultée par le cynisme des uns, l'inconscience des autres et la futilité de tous. C'est un appel à l'homme qui est en nous", écrit-il.

C'est donc sous la bannière de ce manifeste optimiste, que l'islamologue décortique, en 97 pages, les raisons de croire toujours en la capacité des hommes d'aller "vers le meilleur", et des musulmans spécifiquement à puiser dans "leurs ressources" pour y parvenir.

Malraux, Braudel, Ibn Tufayl, Ibn Arabi, l'architecture, l'histoire, la poésie, la philosophie... l'auteur brasse large et puise, autant dans ces références, que l'esthétisme de son style et la résonance de sa verve pour plaider un islam repensé, éthique. L'essai n'est pas très long mais richement fourni.

Il est réparti en huit thèmes: l'ouverture, liminaire, l'islam saisit le monde, rencontre malgré les croisades, culture sans frontières, sculpter la lumière, l'islam inquiétant: méfiance, curiosité et séduction et éloge de la lumière.

L'optimisme de Abdelwahab Bouhdiba ne fausse pas sa perception pessimiste de l'état des lieux du monde et des musulmans en particulier.

"Faute de lumière, on se réfugie dans l'idéologie et la théocratie n'a jamais été aussi puissante, ni aussi fallacieuse, ni aussi maléfique que de nos jours. C'est bien elle qui a fait le jeu du terrorisme et transformé notre région en chaudron du diable. De fil en aiguille, les musulmans ont été confisqués et pris en otages. Ils ont été desservis par une conjoncture unique en son genre: la technologie triomphante mais aveugle, l'informatisation abusive de notre civilisation matérielle, l'économie mondialisée sans retour et souvent déréglée, des finances suspectes, des idéologie de pacotille et de complaisance, une criminalisation planétairement organisée et à géométrie variable, une crise de conscience universelle...Voilà où le terrorisme a puisé sa bonne fortune et les signes indiscrets de la respectabilité. L'islamisme c'est le dos tourné à l'islam."

Après avoir dressé ce tableau sombre de la réalité, l'islamologue se ressaisit tout de suite pour prédire la fin inéluctable de cet état des choses: "Lorsque les idéologies meurtrières de fortune auront consommé leur faillite, que les pétrodollars auront tari, que les politiciens d'opérette auront quitté la scène, alors l'heure de vérité sonnera", tranche-t-il.

"Les atouts" des musulmans pour se redresser sont nombreux, estime-t-il. "La foi, le sens de la communauté, le culte du travail bien fait" sont quelques uns, mais le plus important selon lui, est "l'ouverture sur le monde, sur l'autre, vers Dieu et d'abord vers soi-même", explique l'universitaire.

Tout au long de l'ouvrage, Abdelwahab Bouhdiba étale les preuves et la solidité de ces atouts. Il fait appel à l'élan naturel de l'homme à se dépasser pour aller vers l'autre, aux métissages des cultures actés à travers l'histoire, aux mutations du Droit, à un certain universalisme et unicité humaine, à sa foi en l'homme qui "est un élan vers le meilleur".

Même dans les moments les plus charnières, les plus violents de l'histoire humaine comme les guerres de religions, l'auteur y décèle "une rencontre" entre les humains en insistant sur le pacifisme des religions car le "sacré n'a jamais besoin d'être défendu par la guerre", précise-t-il. Et d'ajouter: "Une religion qui use de violence cesse de ce fait d'être une religion", souligne l'auteur.

"La foi n'est nullement aliénante. Elle est source d'autonomie. Elle est créatrice et donc libératrice. Ce n'est que vu de dehors et superficiellement que l'islam parait 'tout fait'. Vécu du dedans il est 'se faisant sans fin'. La foi par elle même n'agit jamais. C'est moi, responsable et éclairé par elle, qui agit en toute liberté", écrit-il.

Abdelwahab Bouhdiba a un idéal en la matière: le soufisme musulman.

"Toute religion est d'amour. La vraie patrie de l'homme est l'amour du prochain. Tel fut le message inlassablement répété par Mohyeddine Ibn Arabi et, à sa suite et déjà avant lui, par le soufisme musulman. C'est ce message qu'ont véhiculé les marabouts qui ont sillonné le Maghreb et l'Afrique au Sud du Sahara. (...) C'est ce qu'ont chanté, célébré, enseigné de mille et une façons les derviches, les saints de toutes obédience et les plus doués d'entre eux comme Jaleleddine al-Roumi, et déjà Rabia al-Adawya, Bistami et tant d'autres. Ce flux d'amour universel n'a cessé d'irriguer les terres de l'islam et d'appeler ceux de toutes les autres à la paix universelle", écrit-il en infatigable idéaliste.

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