TUNISIE
28/02/2018 08h:28 CET | Actualisé 28/02/2018 08h:30 CET

"The Christian Science Monitor" met en lumière le désespoir qui ronge les pêcheurs de Kerkennah

Djerba fishermen tending nets, Tunisia. (Photo by: Godong/UIG via Getty Images)
Godong via Getty Images
Djerba fishermen tending nets, Tunisia. (Photo by: Godong/UIG via Getty Images)

Rien n’est plus comme avant pour les habitants de Kerkennah, au sud-est du pays. “Kerkennah était autrefois réputée pour son poisson et son poulpe, que beaucoup prétendent être meilleurs qu'ailleurs en raison de la salinité de l'eau. Mais tout a changé ces dernières années”, indique le journal d’actualité américain, The Christian Science Monitor, dans un article paru le 26 février 2018.

Frappés par la pauvreté, le chômage et le désespoir, les habitants de l’archipel n’ont plus d’autre choix que de se réfugier dans la “traite des êtres humains.”Désillusionnés par la diminution des chalutages, la pollution marine et la pénurie de perspectives d'emploi, ces pêcheurs disent qu'ils manquent d'options.

Certains se trouvent, ainsi, forcés à “vendre leurs bateaux aux passeurs” pour survivre. "S'ils n'avaient jamais pollué nos eaux, nous n'aurions jamais fait passer clandestinement des êtres humains" s’est confié Ahmed, un jeune pêcheur désespéré qui représente une frange de “la nouvelle classe de passeurs”.

Selon The Christian Science Monitor, les îles Kerkennah en Tunisie sont devenues un point de départ stratégique pour les migrants vers l'Europe. “L'île italienne de Lampedusa est à 100 miles (près de 160 kilomètres), plus proche de ces îles tunisiennes que de la Sicile ou du continent italien lui-même” précise la même source.

“Au port de Kraten, l'un des trois principaux ports de Kerkennah, les quais sont vides, à l'exception de trois pêcheurs qui préparent leurs filets pour la pêche de nuit. Douze pêcheurs (...) jouent un match de football de fortune sur un terrain boueux à côté de la marina” décrit le journal américain.

En effet, victime de pollution, la mer n’est plus généreuse comme au bon vieux temps. D’après The Christian Science Monitor, “les pêcheurs gagnaient jusqu'à 40$ - 100$ par jour (entre 96 et 240 dinars tunisiens). Maintenant, ils ont du mal à ramener 4 à 7$ (entre 10 et 17 dinars) poissons par jour”.

En plus de la perte de poissons et de poulpes, les pêcheurs affirment qu'une autre source de revenu clé - l'éponge de mer - a été détruite par la pollution récente, engendrée par les déchets chimiques provenant des industriels dont notamment Thyna Petroleum Services (TPS) et Petrofac.

De ce fait, en l'absence d’alternatives, les pêcheurs de Kerkennah qui sombrent dans le désespoir n’hésitent pas à vendre leurs bateaux pour un voyage unique vers l’Europe explique le média américain. “Les bateaux sur les îles, fabriqués à la main à partir de bois d'oliviers, sont généralement évalués à 12500$ (près de 30.000 dinars). Avec un bateau complet de 50 migrants, les pêcheurs peuvent recueillir jusqu'à 42000 dollars auprès des intermédiaires pour envoyer leur bateau en aller simple, soit plus de trois fois la valeur du bateau. C'est une proposition tentante pour les pêcheurs”.

Avant la révolution de 2011, 30% des Tunisiens de moins de 35 ans exprimaient le désir de migrer illégalement vers l'Europe, selon une étude du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES). En dépit de la stagnation économique, de l'inflation et d'un taux de chômage élevé, ce chiffre a grimpé à 40% en 2016.

67% des personnes qui ont quitté le sol tunisien de façon non réglementaire étaient âgées entre 20 et 30 ans. La plupart d'entre eux étaient des jeunes non diplômés, au chômage ou dans des emplois précaires.

Pour mettre fin à ce fléau, le président du FTDES a souligné l'importance de mobiliser les sociologues et les psychologues afin d’examiner les moyens de faire sortir les jeunes du désespoir et a appelé également les politiciens à créer des mécanismes pouvant attirer les jeunes et les aider à réhabiliter leur confiance en un avenir meilleur dans leur pays.

Dans ce contexte, il a fait remarquer que l'abandon scolaire et l'absence de perspectives poussent les jeunes non seulement à la migration mais aussi au suicide et à l'adhésion aux groupes terroristes.

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