MAROC
28/02/2018 10h:57 CET | Actualisé 28/02/2018 12h:26 CET

Mondial 2026: La candidature nord-américaine "en danger" face à celle du Maroc, selon ESPN

Participants perform near the World Cup trophy during the "Behind the scenes of the Final Draw" event prior to the upcoming Final Draw of the 2018 FIFA World Cup Russia in Moscow, Russia November 29, 2017. REUTERS/Sergei Karpukhin
Sergei Karpukhin / Reuters
Participants perform near the World Cup trophy during the "Behind the scenes of the Final Draw" event prior to the upcoming Final Draw of the 2018 FIFA World Cup Russia in Moscow, Russia November 29, 2017. REUTERS/Sergei Karpukhin

FOOTBALL - Le Maroc serait un sérieux rival de la candidature nord-américaine, dans la course à l'organisation de la Coupe du monde 2026. Après l'article plus provocateur qu'évocateur du New York Times, "Le Maroc veut accueillir la Coupe du Monde. Ne demandez juste pas plus de détails", c'est au tour de la chaîne sportive américaine ESPN de se prononcer, mais avec un tout autre son de cloche. Selon le média, le royaume est non seulement un sérieux concurrent susceptible de menacer la candidature du géant américain, mais il serait bel et bien en passe de gagner la course pour accueillir la compétition internationale, après une succession d'événements qui rendent l'issue du vote "beaucoup plus incertaine".

Dans la course au Mondial 2026, l'alliance Etats-Unis, Canada, Mexique, trois grands pays développés qui ont déjà accueilli des compétitions internationales de grande envergure, devrait pourtant peser sur la balance face au Maroc, un petit pays nord-africain "de 33 millions d'habitants" souligne le journaliste de ESPN. Mais ce dernier mentionne, de sources multiples, qu'"une succession d'événements et de circonstances au cours des derniers mois, certains liés au football et d'autres n'ayant rien à voir avec, a rendu l'issue de ce vote beaucoup plus incertaine".

Selon un officiel "en contact régulier avec toutes les confédérations continentales", le Maroc a le soutien d'une grande partie de l'Asie, de l'Amérique du Sud et du continent africain, ce qui lui permettrait d'obtenir ainsi les 104 voix nécessaires. Une estimation que contredisent d'autres officiels, qui affirment que le vote risque d'être serré car la candidature américaine pourra compter sur l'appui des Amériques, de l'Europe, d'une bonne partie de l'Asie et de l'Océanie.

Une décision aux enjeux politiques?

Sam Borden poursuit son analyse et affirme que malgré des disparités flagrantes, que ce soit en terme d'infrastructures ou de moyens économiques, la candidature américaine est loin de remporter l'organisation de ce mondial, un lot de consolation dont elle ne voudrait pas se priver (les États-Unis ne se sont pas qualifiés pour la CDM en Russie) et qui rapporterait près de 5 milliards de dollars de bénéfices aux trois pays.

Si on s'attarde sur le côté technique, "la supériorité des Etats-Unis est incontestable", estime le journaliste. L'événement de 2026 sera en effet élargi à 48 équipes contre 32 actuellement, ce qui entraine des coûts d'organisation supplémentaires et une configuration plus poussée des stades et des villes des pays.

"Le Maroc n'était peut-être pas encore prêt lors de ses précédentes candidatures (...) mais aujourd'hui, les infrastructures que demandent la FIFA sont déjà présentes et nous aurons largement le temps pour effectuer leur mise à niveau", avait déclaré Moulay Hafid Elalamy lors d'une conférence sur le dossier du Maroc, rappelant, au passage, les travaux accompli au niveau du TGV, des ponts et des nouveaux stades du pays.

Sam Borden soulève cependant une question cruciale pour la candidature nord-américaine, qui "est en fait quelque chose de remarquablement basique", compte tenu du contexte politique actuel: "le Monde veut-il faire une faveur aux États-Unis?"

Depuis l'avènement de Trump à la présidence des États-Unis, sa politique internationale n'est pas vue d'un bon oeil par de nombreux pays, ce qui motiverait à ne pas soutenir la candidature nord-américaine. Les fédérations sud-américaines, par exemple, pourraient ne pas voter en faveur des États-Unis depuis que le ministère de la Justice américain a enquêté sur des affaires de corruption parmi leur dirigeants.

D'autre part, les décisions de l'administration Trump, à l'instar du "Muslim Ban" interdisant aux ressortissants de pays musulmans de voyager aux Etats-Unis, ou encore les récentes déclarations insultantes du président américain à l'encontre des pays africains et pauvres, ont engendré de la résignation et des sentiments "anti-américains". Le journaliste d'ESPN explique par ailleurs que lorsque des responsables nord-américains rendent visite à des représentants de la fédération d'autres pays, ces derniers cherchent surtout à savoir "si les États-Unis peuvent être considérés comme un lieu accueillant pour les étrangers".

Moulay Hafid Elalamy avait souligné que le Maroc reste un des pays les plus paisibles au monde et se place dans les premiers rangs en matière de sûreté comparé aux autres pays-candidats. La légendaire hospitalité marocaine a, dans le contexte international, peut-être des chances de marquer des points...

Corruption: personna non grata

Eviter les scénarios de corruption, qui ont entaché de nombreuses candidatures dont celle du Maroc pour la CDM 2010, tel est l'objectif de la FIFA, qui a vu sa réputation salie par plusieurs scandales. "La nouvelle configuration du scrutin présente une situation dans laquelle les influences non liées au football pourraient être considérables", d'après le journaliste. Auparavant, les offres d'accueil étaient attribuées par le comité exécutif de la FIFA, un processus qui a ouvert la porte à la corruption et entraîné la victoire , non attendue, du Qatar en 2010, face aux Etats-Unis, pour accueillir la Coupe du monde de 2022.

Dorénavant, chaque fédération votera et rendra son vote public par soucis de transparence. "Cette réalité rendra les votes par bloc - toute l'Afrique votant pour le Maroc, par exemple - plus probable, car tout résultat aberrant ne sera plus sous couvert de vote masqué", poursuit le journaliste. "Chaque vote devra être défendu à l'avenir, à la fois pour les membres de la confédération continentale d'un pays ainsi que pour les responsables des comités nationaux", détaille-t-il.

Gianni Infantino, à la tête de la FIFA depuis 2016 et qui décide de rompre avec les méthodes de la FIFA de l'ère Blatter, avait invité les fédérations à agir pour que cette procédure de candidature soit "la meilleure, la plus saine et qu’à la fin tout le monde applaudisse le vainqueur". Il avait également appelé les pays à rester neutres dans cette procédure.

"Une allusion à l'obligation, selon la FIFA, pour les délégués de la CAF, de ne pas montrer publiquement leur appui à la candidature du Maroc", rapportait l'AFP en janvier dernier. Le président de la CAF, le Malgache Ahmad Ahmad, a en effet apporté publiquement et à plusieurs reprises son soutien à la candidature du Maroc à la Coupe du monde 2026 ces derniers mois.

En attendant le verdict des 207 fédérations internationales et de la FIFA, qui devrait annoncer le pays hôte de la Coupe du monde 2026 le 13 juin prochain, les manifestations de soutien se multiplient. Sepp Blatter, ex sulfureux président de l'organisme de football, avait notamment soutenu ouvertement la candidature africaine et émis l'hypothèse suivante dans un tweet récent:

"Coupe du monde 2026: co-hébergement rejeté par la FIFA après 2002 (également rejeté en 2010 et 2018). Et maintenant: le Maroc serait l'hôte logique! Et il est de nouveau temps pour l'Afrique!"

En effet, depuis la Coupe du monde 2002, organisé conjointement par la Corée du Sud et le Japon, la FIFA ne favorise pas les candidatures conjointes qui présentent certaines difficultés d'organisation.

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