TUNISIE
28/02/2018 05h:15 CET | Actualisé 02/03/2018 06h:27 CET

"Call me by your name": Un film traitant de l'homosexualité censuré en Tunisie affirme le distributeur du film

Le ministère des Affaires culturelles tunisien a-t-il censuré la diffusion du film traitant sur l'homosexualité "Call me by your name" du réalisateur italien Luca Guadagnino?

C'est ce qu'affirme le cinéma Le Colisée dans un publication publiée sur sa page Facebook indiquant que le ministère des Affaires culturelles n'a pas délivré de "visa d’exploitation".

Contacté par le HuffPost Tunisie, le distributeur du film en Tunisie Lassaad Goubantini affirme que la diffusion du film a bien été victime de censure de la part du ministère des Affaires culturelles: "Le ministère des Affaires culturelles via son service Cinema nous a refusé la demande de visa qu’on a déposé dans les délais" explique-t-il. "Et comme d’habitude, ils ne donnent pas un papier d’interdiction et nous le signifient oralement".

Interrogé par Lassaad Goubantini sur les raisons de ce refus, le service Cinéma du ministère des Affaires culturelles a évoqué "le contenu et le sujet du film" jugés inadéquat.

Ce que regrette le distributeur du film, c'est la rigidité du ministère des Affaires culturelles affirmant que le Service Cinéma n'a pas vu le film "malgré que l'on ait proposé une séance de visionnage".

Très attendu, le film aurait dû être diffusé le 26 février dernier au Cinéma le Colisée, soit deux jours avant son avant-première en France, mais faute de visa, Lasaad Goubantini se retrouve désarmé: "Sans visa je ne peux pas le diffuser, ils ont mille moyens de pression" regrette-t-il.

Contacté par le HuffPost Tunisie, le Service Cinéma du ministère des Affaires culturelles était injoignable.

Le film "Call me by your name" parle en effet d'Elio, un jeune adolescent italien qui tombe amoureux d'un jeune universitaire américain venu s'installer en Italie. Adapté du roman américain "Call Me by Your Name" d'André Aciman publié en 2007, le film a été classé "meilleur film de l'année 2017" par The Guardian.

fc

Le film obtient même le prix du meilleur scénario adapté lors des derniers BAFTA, en plus de 4 nominations dans les catégories "meilleur film", "meilleur acteur", "meilleur réalisateur" et "révélation de l'année". Il a également obtenu 3 nominations au dernier Golden Globes et a obtenu "Prix du jury international" au Festival International du film de la Roche-sur-Yon.

Synopsis: Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

Ce n'est pas la première fois que le ministère des Affaires culturelles empêche la diffusion d'un film en Tunisie faute d'obtention de visa d'exploitation accordée au distributeur du film.

En juin dernier, Lassaad Goubantini avait connu la même mésaventure avec le film "Wonder Woman", justifiée par la présence en tête d'affiche du film de l'actrice israélienne Gal Gadot. Goubantini avait alors exprimé au HuffPost Tunisie son désarroi tout en avouant ne pas comprendre une telle décision: "C'est fatiguant. La Tunisie est un pays liberticide. Je pense vraiment à arrêter et partir. La décision de ne pas autoriser la diffusion du film se base sur des accusations sans fondements" avait-il expliqué.

En 2016, la diffusion du film "Muhammad, le messager de Dieu" du réalisateur iranien Majid Majidi au cinéma Le Colisée en présence du réalisateur a été annulée, pour la supposée représentation du prophète faite dans ce film.

Le distributeur du film, Lassaad Goubantini avait préféré ne pas le diffuser indiquant qu' "il y a une fausse polémique qui s'est créée autour du film. Nous avons pris la décision de ne pas le diffuser. On ne veut pas rentrer dans ce genre de polémiques" avait-il affirmé expliquant les nombreux débats suscités sur les réseaux sociaux.

"Dans les métiers de la culture, on est contre l'autocensure, mais on a préféré faire preuve de sagesse et éviter toute polémique inutile".

Des partis politiques, le ministère de la Culture et le Mufti de la République s'étaient exprimés contre sa diffusion.

Depuis la révolution, plusieurs films ont vu leur diffusion annulée ou reportée. Tel est le cas du film "Ni Allah, ni maître" sorti en 2011 qui illustre selon sa réalisatrice Nadia El Fani l'hypocrisie sociale en Tunisie durant le mois de ramadan et en rapport avec les non jeuneurs qui ont besoin de se cacher du regard de la société. A l'époque, ce film avait suscité une polémique disproportionnée particulièrement pour le choix du titre jugé offensant et blasphématoire. Face à la contestation, "Ni Allah, ni Maitre" est devenu "Laïcité, inchallah".

Une année plus tard, c'est la diffusion du film d'animation Persépolis par la chaine Nessma Tv qui avait créé de nombreux remous.

Sa diffusion en Tunisie par la chaine de télévision privée Nessma TV sera suivie par de nombreuses manifestations soutenues par des salafistes, islamistes et autres groupes conservateurs. Le principal problème? Une scène où l'héroïne dialogue avec un vieil homme barbu sur un nuage, présenté comme étant Dieu.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.