MAROC
28/02/2018 10h:19 CET | Actualisé 28/02/2018 10h:22 CET

Agression au CHU Ibn Sina: Les syndicats accusent la direction de Rabat de ne pas assurer la sécurité du personnel

thelinke via Getty Images

SECURITE AU TRAVAIL - Les faits remontent au lundi 26 février. Une jeune infirmière aux urgences de l’hôpital Ibn Sina a été sauvagement agressée par l’accompagnateur d’un patient, après lui avoir demandé d’attendre qu’elle puisse terminer des soins dans la salle des asthmatiques. Exaspéré, il l’agresseur l'a insultée, avant de lui asséner des coups au visage qui lui ont valu une hémorragie dentaire et des contusions, notamment au niveau du nez.

"Ce genre d’agression est malheureusement monnaie courante à l’hôpital. 24 heures à peine avant cette agression, une autre avait eu lieu. Nous avons, pas mal de fois, dénoncé ces agressions qui ciblent le personnel hospitalier, mais en vain", déclare au HuffPost Maroc Taoufik Rahmoun, membre du bureau local syndical de l’UMT. Ce dernier a d’ailleurs publié, hier, un communiqué dans lequel il exprime son soutien à l’infirmière agressée et fustige "l’absence totale de protection". Le bureau syndical, affilié à la Fédération nationale de la santé, estime que la direction du CHU Ibn Sina "se contente de solutions provisoires qui ne font qu’amplifier le climat de tension" dans lequel exerce le personnel.

Le bureau local du syndicat de l’UNTM a lui aussi réagi à cette agression par un communiqué, publié hier, dans lequel il partage la crainte de son partenaire de voir se multiplier ces agressions. "Le service des urgences à l’hôpital Ibn Sina est devenue la scène d’agressions sauvages contre le personnel infirmier, les médecins et les techniciens en l’absence de mesures de protection".

Les syndicats accusent clairement la direction de faillir à sa mission de protéger son personnel et lui font porter la responsabilité de ces agressions. Une accusation que réfute catégoriquement la direction du CHU. "Nous avons fait appel à des agents de sécurité via une société privée. Ils sont là, mais ils n’ont pas le droit d’intervenir. Ce ne sont pas des agents de l’autorité. Ils sont là 24h/24, mais leur mission est seulement de prévenir d’éventuelles agressions", explique au HuffPost Maroc le directeur du CHU Ibn Sina, Pr. Abdelkader Errougani. Et de souligner qu’en cas d’intervention d’un agent de sécurité, souvent, ce dernier se retrouve au poste de police pour PV.

En attendant de nouvelles mesures de sécurité

"Nous avons convenu avec la préfecture de police de la région de nous aider en renforçant le nombre des agents de police fixes au CHU", affirme-t-il. Et de reconnaître, toutefois, qu’en cas de mobilisation sécuritaire, la présence de ces agents de police demeure irrégulière. "Je démens que la direction n’ait rien fait, tout au contraire!", s’indigne le Pr. Errougani. Ce dernier souligne que la direction avait réuni l’ensemble des syndicats représentés au sein du CHU, pour les informer des mesures prises en matière de sécurité.

Entre autres mesures, le directeur annonce qu’un appel d’offres sera bientôt lancé pour installer dans les dix hôpitaux du CHU "un système de surveillance par caméra, performant au niveau de toutes les zones sensibles". "Nous en avons discuté avec la préfecture de police de la région qui nous y a encouragé, estimant que grâce à ce moyen, les agresseurs seront appréhendés plus rapidement", signale le Pr. Errougani.

Ce dernier affirme, par ailleurs, que la préfecture de police s’est montrée prête à assurer des patrouilles par des agents de l’unité mobile et a proposé de former des agents de sécurité pour leur apprendre à mieux agir en cas d’agression.

"Oui, mais quand? Nous voulons en voir les résultats concrètement", réagit le syndicaliste Taoufik Rahmoun. Et de souligner que les victimes d’agressions se retrouvent souvent seules à assumer toute la procédure judiciaire , à commencer par le dépôt de la plainte au commissariat, et ce sans aucun soutien de l’administration.

Le directeur du CHU Ibn Sina est d’un tout autre avis: "En cas d’agression d’un fonctionnaire au sein du CHU, un rapport est dressé par le médecin chef concerné et remis à la direction. Nous le remettons ensuite à notre avocat pour assurer la procédure juridique". Et de préciser que "nombre de ces agresseurs ont été condamnés à des peines de prison".

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