TUNISIE
28/02/2018 12h:49 CET

Affaire du tribunal de Ben Arous: L'Instance Nationale pour la Prévention de la Torture dévoile le témoignage du détenu,"victime de torture policière"

innovatedcaptures via Getty Images

L’affaire du tribunal de Ben Arous fait des vagues. Après les accusations portées à l’encontre des sécuritaires armés qui se sont rassemblés devant le tribunal pour défendre leurs collègues, arrêtés pour suspicion de torture, l'Instance nationale pour la prévention de la torture (INPT) a, encore, des choses à dire sur cet incident.

Dans un communiqué rendu public, l’Instance a dévoilé un nouveau volet de cette affaire. Elle est revenu sur sa visite d'inspection, le 23 février 2018, au tribunal de Ben Arous après avoir reçu une notification d’une suspicion de torture sur un détenu au poste de police d'Hammam-Lif.

L’INPT a, en effet, divulgué ses échanges recueillis avec la supposée victime de torture et livrer sa version des faits.

Âgé de 27 ans, le détenu en question a dit avoir été victime de torture physique et psychologique lors de son interrogatoire. Il a été battu, totalement dénudé et humilié pendant son interrogatoire, révèle l’Instance. Des séquelles ont été observées au niveau de son bras, des bleus sur son visage mais aussi des traces de sang... précise l’Instance.

D’après ses dires, il a été conduit de chez lui vers le poste de police de Hammam-Lif par la force. Il a affirmé avoir été enchaîné sur une chaise et frappé pendant son interrogatoire. Sous l’effet des coups de poing, le détenu dit avoir perdu connaissance. Pire, les policiers l'auraient emmené, nu dans hangar sous la pluie. Ils lui auraient mis une roue en caoutchouc au niveau des épaules et l'auraient pulvérisé de gaz avant de verser de l’eau sur lui, a-t-il décrit en précisant que le chef du poste de police a lui même pris des photos.

Face à ce constat, l’Instance a décidé de charger le comité d’enquête de suivre le dossier et d’achever les travaux de l'enquête afin de la transmettre, par la suite, à l'autorité administrative ou judiciaire compétente et vérifier s’il y a eu de graves violations des lois et dispositions en vigueur dans le domaine des droits de l'homme.

D’après le Syndicat des Fonctionnaires de la direction générale de la sécurité publique, le détenu est un élément terroriste impliqué dans la formation d’une bande organisée, qui serait également impliqué dans les affaires d’assassinat de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.

Il est à rappeler que les policiers arrêtés pour suspicion de torture ont été libérés, lundi, et innocentés des accusations.

Plus tôt dans la journée du lundi, les sécuritaires armés, solidaires avec leurs collègues, s'étaient mobilisés et rassemblés en masse devant le tribunal de Ben Arous.

Chose qui n’a pas été appréciée par les avocats qui ont qualifié cet agissement d’ “irresponsable.”Le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) a considéré ce rassemblement comme étant une atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire.

"Ce qui s’est passé dans l’enceinte de la juridiction peut être qualifié de crime organisé", a fustigé, de son côté, le syndicat des magistrats en appelant à faire face à de telles pratiques et à poursuivre les auteurs, conformément aux dispositions de la loi.

Les sécuritaires ont, de leurs côtés, estimé que leur présence devant le tribunal de Ben Arous était une manifestation pacifique et conforme à la loi.

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