TUNISIE
27/02/2018 08h:28 CET | Actualisé 27/02/2018 10h:06 CET

Khaled Fakhfakh s'en prend violemment au gouvernement dans sa promotion du tourisme

L'année 2017 a redonné du souffle au tourisme tunisien qui a enregistré des recettes record en comparaison aux années écoulées, pendant lesquelles les multiples attaques terroristes avaient fait plonger le secteur, et menacé l'économie du pays.

Avec la situation sécuritaire actuellement stable, les prévisions pour l'année 2018 sont d'autant plus prometteuses, et le ministère du Tourisme prévoit près de 8 millions de touristes.

Intervenant sur le plateau d'Elhiwar Ettounsi (dans la vidéo ci-dessus à partir de 58:15) le président de la Fédération tunisienne de l'hôtellerie, Khaled Fakhfakh, a indiqué que le nombre de nuits passées est bien plus important que le nombre de touristes, attestant par le taux de touristes européens qui a été de 18% pour 2017, lesquels avaient assuré 54% des nuitées passées.

"Les touristes algériens et tunisiens résidents à l'étranger ne passent généralement pas leurs séjours dans des hôtels. Le nombre moyen de nuits passées dans un hôtel pour un Algérien est de l'ordre d'une seule nuit" a-t-il ajouté.

Fakhfakh a également souligné que, mis à part les hôtels qui constituent seulement une partie du tourisme tunisien, le secteur doit, selon lui, subir des réformes en profondeur au niveau des services et de l'infrastructure, surtout que plusieurs autres pays sont déjà en train de travailler sur ces points et de les améliorer, à l'instar du Maroc et de l'Égypte.

"Nous pouvons atteindre les 8 millions de touristes cette année, et les 10 millions en 2020, mais le reste doit également suivre" a-t-il indiqué soulignant l'importance des services de transport depuis l'aéroport: "Aujourd'hui, à l'aéroport Tunis-Carthage, il n'y a pas de bus pour emmener les touristes au centre-ville par exemple. Ils sont donc contraints de faire appel à un taxi conventionnel ou touristique".

Actuellement, le secteur du tourisme assure 20% des revenus de l’État en devises, et représente 8% du PIB. Il emploie également un demi million de personnes et fourni plus d'un million d'opportunités d'emploi indirects.

Durant les années 90, les chiffres étaient très différents, et Fakhfakh a tenu à préciser le rôle crucial qu'avait joué le tourisme dans la croissance économique de la Tunisie depuis les années 90.

"Je veux le dire une fois pour toutes, à ceux qui dirigent ce pays. Dans les années 90 et aussi 2000, les revenus du secteur touristique couvraient plus de 54% du déficit commercial, et avaient dépassé les 80% en 1988. Si la Tunisie a avancé sur le plan industriel, et possède aujourd'hui une agriculture développée, c'est bien grâce au tourisme" a-t-il ajouté.

Fakhfakh a également critiqué le code d'investissement qui selon lui, a totalement fait abstraction du tourisme côtier, mettant plus l'accent sur le tourisme intérieur et culturel. "Dans ce code d'investissement, nous n'existons tout simplement pas" ajoute-t-il, notant toutefois "les efforts titanesques" que fait la ministre du Tourisme, Salma Elloumi Rekik, pour les aider, ainsi que le reste des professionnels du secteur.

Il a aussi fortement critiqué les efforts insuffisants du gouvernement tunisien dans la résolution de la crise par laquelle passent les hôtels, dont beaucoup restent fermés dans bon nombre de villes, intérieures ou côtières.

"Ce qui énerve encore plus, c'est les acclamations des médias quant à un rétablissement du tourisme, alors que les hôtels restent fermés et font face à des difficultés financières énormes. Le tourisme reprend, je veux bien, mais où est-ce qu'on compte loger les millions de touristes dont on ne cesse de parler dans les médias" s'est-il exclamé.

"Chacun doit assumer ses responsabilités, qu'il soit ministre ou chef de gouvernement. Ce dernier est le premier responsable et doit prendre les mesures nécessaires pour résoudre le problème des hôtels en Tunisie. Qu'on le veuille ou non, le tourisme reste le pilier principal de notre économie, et la Tunisie lui doit beaucoup, et ce depuis l'indépendance" a ajouté Fakhfakh.

Le président de la Fédération tunisienne de l'hôtellerie s'en est enfin pris à la politique du gouvernement dans sa promotion du tourisme, qu'il a considéré comme rétrograde, appelant à ce que le flambeau soit passé aux plus jeunes, et désignant clairement les conseillers "de l'ancienne école" de Youssef Chahed, qui selon lui, devrait s'entourer de compétences beaucoup plus jeunes.

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