TUNISIE
27/02/2018 13h:38 CET | Actualisé 27/02/2018 16h:29 CET

La présentation par Ennahdha d'un citoyen tunisien de confession juive aux municipales, entre approbations et critiques

In October 18th, 2014: in the theater of Sidi Mansour, city in the suburb of Sfax, the second city of the country, more than 10 000 partisans of Ennahdha gathered for a big meeting of the Islamist party. Under a blazing sun, Rached Ghannouchi, president of the party, orchestrates an electoral meeting with presentations of both lists Ennahdha (Sfax1 and 2), talk about candidates and final speech of Ghannouchi. (Photo by Nicolas Fauqu��/Corbis via Getty Images)
Nicolas Fauqué via Getty Images
In October 18th, 2014: in the theater of Sidi Mansour, city in the suburb of Sfax, the second city of the country, more than 10 000 partisans of Ennahdha gathered for a big meeting of the Islamist party. Under a blazing sun, Rached Ghannouchi, president of the party, orchestrates an electoral meeting with presentations of both lists Ennahdha (Sfax1 and 2), talk about candidates and final speech of Ghannouchi. (Photo by Nicolas Fauqu��/Corbis via Getty Images)

Simon Salama, un tunisien de confession juive candidat aux élections municipales appuyé par le parti islamiste Ennahdha, suscite les compliments de certains, mais ne manque également pas d'attirer de vives critiques, y voyant une volonté de normaliser les relations avec Israël.

Pour certains, cette candidature prouve la tolérance du parti et son ouverture, comme l'a souligné Imed Khemiri, porte-parole du parti, cité par le journal israélien The Jerusalem Post, qui aurait déclaré au journal Al-Quds Al-Arabi que Salama "est un citoyen tunisien et que sa présence sur une liste électorale d'Ennahdha constitue un bon point pour le parti, et un signe de tolérance" ajoutant que le mouvement d'Ennahdha est ouvert à tous les Tunisiens, quels que soient leurs religions.

Le membre du bureau politique du parti, Mohamed Koumani, a de son côté déclaré que les minorités religieuses tunisiennes sont sur le même pied d'égalité que le reste des citoyens, et que la loi leur garantit d'exercer leurs droits, n'écartant pas la possibilité qu'Ennahdha présente d'autres candidats de confession juive à l'occasion de prochaines élections, notamment les législatives,selon le journal Aswat Magharibeya (Voix Maghrébines).

Selon lui, Ennahdha aurait été appuyée par bon nombre de tunisiens de confession Juive lors des élections de 2011.

The Jerusalem Post revient au passage sur le parcours du leader d'Ennahdha, Rached Ghannouchi, décrivant ce dernier comme quelqu'un qui a adopté depuis longtemps l'idée de compatibilité entre Islam et démocratie.

Daniel Zisenwine, chercheur au Centre Moshe Dayan pour les études du Moyen-Orient et de l'Afrique (MDC), à l'université de Tel-Aviv, estime selon The Jerusalem Post, que cette candidature ne contredit en aucun cas l’opposition d'Ennahdha à la normalisation avec Israël, bien que certains y voient le contraire.

Le chef de la communauté juive et président de la Ghriba, Perez Trabelsi, n'est quant à lui pas du même avis, et considère qu'il s'agit là d'une manœuvre politique de la part du parti islamiste. Selon lui, Ennahdha est en train d'utiliser le judaïsme pour laisser croire à sa tolérance et son ouverture, alors que tout cela n'est autre qu'une stratégie politique pour les élections municipales.

Selon le journal électronique Hakaek Online, celui-ci aurait aussi déclaré que les Juifs de Tunisie ont depuis longtemps abandonné leurs droits politiques et électoraux.

Mais les critiques sont plus nombreuses que les approbations, et la présentation de Salama suscite de vives réactions chez bon nombre de personnes. L'analyste politique Mustapha Qalii, tout comme Perez Trabelsi, estime qu'il s'agit d'une manoeuvre politique. "Comment un parti qui rejette la liberté d'information, l'activité syndicale, la laïcité et l'activité des partis de gauche, peut-il croire à la liberté de croyance?" a-t-il déclaré à Aswat Magharibeya.

Le consultant Imed Dabbabi a de son côté crié sur sa page Facebook à la normalisation avec l'entité sioniste, un post qui lui a valu de de multiples critiques, y compris de la part d'Elie Trabelsi, fils du chef de la communauté juive, qui a noté dans une publication Facebook que "certaines personnes ont des talents de génie dans le racisme et la provocation à la haine."

Il est à rappeler que le nombre de listes candidates pour les élections municipales prévues pour le 6 mai prochain, a atteint 2173 listes, dont 1099 listes partisanes, 177 de coalition, et 897 indépendantes, avec un nombre total de candidats s'élevant à 57.020 personnes.

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