TUNISIE
26/02/2018 06h:52 CET

Le PDG de la SONEDE explique les raisons des coupures d'eau survenues ce week-end sur le Grand Tunis

Le PDG de la Société nationale d'exploitation et de distribution des eaux (SONEDE), Mosbah Helali était l'invité lundi, de la radio Express FM. Lors de son passage, le PDG a expliqué les raisons pour lesquelles plusieurs quartiers de la banlieue nord de Tunis ont connu des coupures d'eau.

"L'arrêt de distribution de l'eau peut se situer à deux niveaux. Il y a d'abord les interventions au niveau du réseau de distribution qui sont programmées depuis des mois et dont les citoyens sont informés 3 à 4 jours avant dans les médias et les réseaux sociaux. Il y a ensuite, les problèmes d'arrêt de distribution de l'eau dû à un incident non prévu; et là on essaye d'intervenir le plus rapidement possible et on informe en temps réel les citoyens".

"La facture moyenne se situe entre 30 et 40 dinars"

Concernant ce qu'il s'est passé dans la nuit de vendredi à Samedi dans la banlieue nord de Tunis mais également au centre-ville, il explique:"il y a eu un arrêt de distribution de l'eau à deux niveaux. À Bab El Assal, l'arrêt était programmé depuis des mois (...) pour changer des canaux qui existent depuis les années 1960. Quant à ce qui s'est passé au niveau du canal de distribution de l'eau propre à la consommation qui dessert Bhar Lazreg, le Lac 1 et 2, le Kram, Ain Zaghouan et l'Aouina, nous avons eu un dysfonctionnement surprise vendredi à 22h".

En effet, dans la nuit de vendredi à Samedi, plusieurs internautes ont remarqué une coupure de la distribution de l'eau dans plusieurs zones de la banlieue nord, exprimant au passage leur colère.

"Nos équipes sont immédiatement intervenues. Ils ont commencé à travailler vendredi soir à 22h et ont terminé samedi à 13h (...) Progressivement à partir de samedi 13h, l'eau a commencé à revenir petit à petit" a expliqué Mosbah Helali.

Selon lui, les interventions sont nécessaires sur certains canaux jugés trop vétustes: "Les coupures d'eau sont un résultat d'une intervention de la SONEDE sur le réseau. C'est comme pour les voitures, à un moment il faut changer des pièces. Pour qu'on puisse les changer, nous devons couper l'eau".

En moyenne, les canaux de distribution ont une durée de vie entre 20 et 40 ans en fonction des modèles, d'où la nécessité de les changer assez souvent note Helali.

"Pour que notre réseau de distribution soit opérationnel, nous devons changer chaque année 1000 kilomètres de canaux" sur 53.000 kilomètres au total. "Or aujourd'hui, nous ne changeons que 100 à 150 kilomètres par an parce que nous avons des difficultés financières".

"Nous avons aujourd'hui 340 milliards de millimes d'impayés auprès de nos clients, citoyens ou entreprises"

Ces difficultés sont selon lui issues du prix de vente de l'eau: "Aujourd'hui, sur chaque m3 d'eau produit, on perd 140 millimes. Il y a un déséquilibre entre le prix de production et le prix de vente" affirme-t-il ajoutant qu'une autre cause explique les difficultés financières: "La SONEDE est la société qui utilise le plus d'électricité. Notre facture annuelle auprès de la STEG est de 90 milliards de millimes qu'on paye en temps et en heure".

Et bientôt, le prix de la production va encore augmenter avec la nouvelle station de désalinisation d'eau de mer située à Djerba: "Ce sera la première station du genre en Tunisie d'une capacité de production de 50.000 m3 par jour et qui coûtera 180 milliards" explique-t-il.

"Nous avons d'autres projets de stations comme celle d'El Zarat à Gabès qui concernera le sud-ouest et une autre à Sfax qui débutera en 2018 pour régler les problèmes d'approvisionnement en eau".

Si la SONEDE fait ses interventions en hiver, "c'est pour que nous n'ayons pas de mauvaises surprises en été" au moment où l'utilisation de l'eau est à son plus haut niveau. "Nous avons en moyenne 50 intervention par jour sur l'ensemble du réseau de distribution national".

Dans un rapport publié en 2015, la World Resources Institute classe la Tunisie parmi les 33 pays les plus susceptibles de connaitre un stress hydrique (ou pénurie d'eau) d'ici 2040.

Selon le rapport, la Tunisie se classe parmi les pays qui ont un risque très élevé de manquer d'eau dans les décennies à venir pouvant perdre ainsi plus de 80% de ses ressources naturelles d'eau d'ici 2040.

L'UNESCO a quant à elle déjà tiré la sonnette d'alarme affirmant que la Tunisie souffrira de sérieux problèmes d'eau à l'horizon 2025.

Pour sa part, Raoudha Gafrej, universitaire et experte en gestion des ressources en eau avait expliqué que l’infrastructure de l’eau en Tunisie, ne permet pas une exploitation rationnelle et optimale de l’eau existante. Toute production supplémentaire ne fait qu’alourdir le déficit financier des institutions en charge de l’eau sans aucune amélioration du service de l’eau qui va se dégrader davantage a-t-elle prévenu.

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