TUNISIE
25/02/2018 17h:22 CET

Youssef Chahed à la Télévision nationale: "Il n'y aura pas de remaniement!"

Le chef du gouvernement Youssef Chahed a accordé dimanche une interview à la Télévision Nationale au cours de laquelle il est revenu sur plusieurs sujets d'actualité.

Remaniement ministériel

Alors que le secrétaire général de l'Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) a appelé à demi-mot à un changement de certains ministres et dirigeants d'entreprises publiques, le chef du gouvernement a promis la stabilité: "Ce gouvernement a 18 mois, c'est la moyenne non depuis la révolution de changer de gouvernement tous les 17, 18 mois?" a-t-il répondu sur le ton de l'ironie affirmant que la stabilité gouvernementale est nécessaire pour pouvoir faire avancer les choses.

"L'essence de l'accord de Carthage est encore présent. Les 4 organisations sont là et les grands partis sont là (...) On a encore besoin de l'unité nationale" a-t-il ajouté déplorant la sortie de certains partis de l'accord de Carthage.

"Vous me dites que des partis ont quitté l'accord de Carthage? Ils ont quitté à la première difficulté pour des intérêts politiques" a-t-il souligné montrant que d'autres organisations l'ont a contrario rejoint.

"Le changement de gouvernement est à la prérogative du président du gouvernement, il n'y aura pas de remaniement"

Pour le chef du gouvernement, "ce qui a le plus fait de mal à la Tunisie, c'est les changements de gouvernements. On ne peut pas prévoir de politiques de moyen-termes sans stabilité politique".

"Ceux qui appellent au changement qu'ils nous donnent leurs programmes. Changer pour changer ne rime à rien" a-t-il martelé.

Pour Youssef Chahed, le travail effectué par le gouvernement est parfois occulté: "Le nombre de diplômés chômeurs a baissé de 1,7% en une année, personne n'en parle".

"Le taux de croissance de 1,9% s'est amélioré, même s'il n'est pas très haut, il touche des secteurs à fortes employabilité" a-t-il expliqué prenant la défense de son gouvernement.

"S'il y a des erreurs, ce n'est pas seulement la faute d'un ministre, il y a un tas de choses derrières".

Concernant le travail de ses ministres, Youssef Chahed affirme: "Moi aussi je les ai mis devant leurs responsabilités, en leur demandant de prendre plus d'initiatives, d'être plus proches des gens, d'aller plus sur le terrain".

Lutte contre la corruption

"Si le gouvernement avait arrêté sa guerre contre la corruption, la moitié de nos problèmes seraient partis. Nous subissons des attaques ciblées aujourd'hui de la part des barons de la corruption" a prévenu Youssef Chahed.

"Nous continuons la lutte contre la corruption (...)" a-t-il indiqué ajoutant que c'est pour cela que le gouvernement a renforcé le secteur de la justice via la hausse des salaires des juges mais également la création de nouvelles juridictions dans les régions.

"Nous allons maintenant vers l'attaque de la petite corruption dans les municipalités, les recettes des finances...en numérisant l'administration" a-t-il expliqué.

Municipales et Nidaa Tounes

Interrogé sur la campagne menée par ses ministres pour Nidaa Tounes pour les élections municipales, le chef du gouvernement prend leur défense: "Ces ministres qui font la campagne municipale de Nidaa, c'est moi qui leur ai donné l'autorisation. Le travail gouvernemental est différent du travail partisan".

"Dans d'autres pays, on peut être député et élu municipal. Le ministre est avant tout un homme politique et non un agent de l'administration" a expliqué Youssef Chahed.

Quant à son rôle au sein de NIdaa Tounes, il explique qu'il n'a "jamais quitté Nidaa. Moi je dis que Nidaa, malgré toutes les critiques, a montré qu'il est l'un des rares parti qui peut proposer autant de candidats aux municipales. Cela est un signe de bonne santé".

Quant à ses ambitions pour reprendre le parti, il affirme que pour l'instant, il n'y a pas réfléchi:"Pour nous, à Nidaa Tounes, on a dit qu'il faut qu'il y ai un congrès électif après les municipales et nous allons vers ça".

Listes noires

Revenant sur le classement de la Tunisie sur les listes noires de l'Union Européennes, Youssef Chahed explique que "les mêmes effets produisent les mêmes conséquences (...) chaque changement de gouvernement entraine un ralentissement de l'administration. Il y a des problèmes dans certains ministères, certes, on doit y trouver des solutions mais pas au point de tout changer".

Concernant le classement de la Tunisie sur la liste noire des paradis fiscaux de l'Union Européenne, il commente: "on a été placé sur liste noire en décembre puis retiré en janvier, c'est sérieux ça? On était un paradis fiscal en décembre et en janvier on l'est plus? Réfléchissez-y!".

Pour lui, les différents classements de la Tunisie sur les listes noires "sont des situations qu'on a hérité (...) et il se pourrait que l'on soit bientôt classés dans d'autres listes. Je vous cite l'exemple de la Banque Franco-Tunisienne, qui a fait faillite et dont les dirigeants n'ont pas rendu de comptes".

"C'est une affaire qui a commencé depuis 1989, et qui est devant la CIRDI. La Banque a fait faillite en Tunisie. Qui a pris des prêts sans les rendre? C'est la plus grande affaire de corruption du pays. Nous suivons l'affaire, on défendra les droits de la République tunisienne" a-t-il expliqué.

Revenant sur le licenciement du gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Chahed explique que "la Commission Technique financière et la Banque centrale de Tunisie sont responsables du placement de la liste noire de l'U.E des pays exposés au blanchiment d’argent et au financement de terrorisme".

L'administration tunisienne

"L'administration aujourd'hui s'est politisée. L'administration a peur (...) il y a des problèmes dans l'administration auxquels il faudra trouver des solutions" a expliqué Chahed.

"La semaine prochaine nous publierons un décret gouvernemental qui dit que si dans un délai de 60 jours, l'administration ne répond pas, l'autorisation sera réputée acceptée. On sortira une liste d'activités interdites, en dehors de cette liste, il n'y aura pas besoin d'autorisation. On va également demander à enlever la légalisation de signatures dans certaines procédures (...) et ce pour minimiser les échanges directs sources de corruption" a-t-il ajouté.

Concernant la bureaucratie trop importante qui pourrait être à l'origine de lenteurs dans les prises de décision, le chef du gouvernement rétorque: "Vous me parlez d'un projet de 50 milliards de dollars. On lui a demandé simplement de déposer 100.000 dinars dans une banque tunisienne en guise de bonne foi. Il ne l'a pas fait. Tous les investisseurs ne sont pas de bonne foi. Il faut voir les investisseurs au cas par cas" s'est défendu Youssef Chahed.

L'arrêt de la production du phosphate

"Quand on est arrivé au gouvernement, la production était à l'arrêt. On l'a relancée. (...) La situation actuelle n'est pas bonne" déplore Chahed.

"On va vers le dialogue. Il y a eu plusieurs réunions, via l'UGTT. Le dialogue a des limites. Ce qu'on espère c'est qu'on va trouver une solution. Il faut également penser à l'avenir de ces régions en dehors de ces matières premières" explique-t-il.

"Il faut qu'il y ai un retour de la production, ça c'est notre priorité (...) mais il faut développer la région en dehors du phosphate. Il faut y trouver une alternative pour la région".

Entreprises publiques

"Réformer les entreprises publiques via un changement structurel ou un changement de gouvernance concerne 90% des entreprises publiques. Seulement 10% des entreprises publiques sont concernées par la recherche d'un partenaire privé. C'est du cas par cas" a expliqué Youssef Chahed niant la volonté de privatiser les entreprises publiques.

Main basse sur les médias

"Nous n'avons aucune volonté de faire main basse sur les médias. La liberté de la presse est une ligne rouge à ne pas franchir" a affirmé Youssef Chahed.

Revenant sur le projet de loi relatif à l'Instance audiovisuelle, "il est au niveau de l'Assemblée et il y a des discussions à l'ARP qui est ouverte à toute proposition des professionnels et de la société civile".

"On ne peut pas retirer une loi, juste après l'avoir envoyé à l'ARP. Il faut être sérieux. On a écouté tout le monde, maintenant, c'est à l'Assemblée de décider" a précisé le chef du gouvernement.

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