MAROC
23/02/2018 05h:54 CET

Touria El Glaoui: "La production artistique de l'Afrique a longtemps été sous-estimée"

1-54

EXPOSITION - "Un retour à la maison". C'est ainsi que Touria El Glaoui décrit la première édition, à Marrakech, de la foire d'art contemporain africain 1-54. Après plusieurs éditions à Londres et à New York, la fondatrice de la foire et fille du grand peintre marrakchi Hassan El Glaoui, décide de s'installer du 23 au 25 février à La Mamounia pour une exposition ouverte gratuitement au public regroupant une soixantaine d'artistes d'Afrique et de sa diaspora.

La foire s'invitera aussi dans plusieurs endroits à Marrakech notamment à travers des performances de rue et des projections de films pour faire profiter la ville ocre de la dynamique artistique et culturelle provoquée par un tel événement international.

Les Marrakchis pourront ainsi assister vendredi au milieu de l'allégresse de la place Jemaa El Fna, à "Black Noise", un spectacle envoûtant alliant musique traditionnelle et contemporaine, danse ghanéenne et chansons écrites en anglais et en twi (dialecte ghanéen).

Les passionnés d'art pourront également s'inscrire sur le site de la foire afin de participer aux différentes conférences et panels du programme FORUM, tenus à La Mamounia mais aussi à l'ESAV (École supérieure des arts visuels de Marrakech) et à la nouvelle galerie Le 18. Le public aura ainsi l'occasion de discuter en français et en anglais avec les artistes et questionner leurs oeuvres visuelles, films et photographies autour du thème de la "Décolonisation".

"Notre monde est peut-être post-colonial, pourtant il n'a pas été vraiment décolonisé", déclare Omar Berrada, commissaire de 1-54 FORUM dans une présentation du thème. "Dans cette série de panels, performances, et projections, nous voulons mettre l'accent sur le besoin de décoloniser la production de la connaissance, d'oublier l'eurocentrisme et de construire de nouveaux modèles d'être", explique-t-il.

Un total de 17 galeries spécialisées dans l'art africain contemporain basées dans différentes villes d'Europe et d'Afrique seront présentes. Cinq galeries participeront pour la première fois au 1-54. Le public aura donc la chance de découvrir les artistes de la galerie "Blain | Southern" du Royaume-Uni et d'Allemagne, LouiSimone Guirandou Gallery de la Côte d'Ivoire, Galerie Vallois de France, Yossi Milo Gallery (États-Unis), ou encore Loft Art Gallery (Maroc).

La foire présentera le travail de plus de 60 artistes, émergents ou déjà établis venus d'une vingtaine de pays et qui travaillent sur différents supports et matériaux. Trois expositions personnelles ont été annoncées: celle du Béninois Dominique Zinkpè, du New-Yorkais d'origine ivoirienne Ouattara Watts et du Burkinabé Sory Sanlé.

Touria El Glaoui nous parle de son retour à Marrakech et de la production artistique de l'Afrique et de sa diaspora.

HuffPost Maroc: Quel est l'objectif de la foire "1-54" ?

Touria El Glaoui: L'ambition de la foire est déjà mentionnée dans son nom: mettre en évidence la multiplicité des scènes artistiques des 54 pays qui composent le continent africain, mais aussi celles de sa diaspora. 1-54 vise avant tout à être une plateforme durable et dynamique engagée dans un dialogue et un échange contemporains.

La production artistique de l'Afrique et de sa diaspora a longtemps été sous-estimée à cause de préjugés et stéréotypes historiquement enracinés. Nous voulons donc nous éloigner de ces récits réducteurs mais aussi être réceptifs et encourager les évolutions parfois inattendues qui peuvent surgir dans ce secteur artistique en pleine croissance.

Pourquoi venir à Marrakech, après Londres et New York?

Marrakech a une histoire artistique et culturelle très riche. Nous avions toujours pour ambition de lancer une édition sur le continent africain depuis la création du 1-54, il y a cinq ans. Après avoir créé une plate-forme mondiale et renforcé notre position à Londres et à New York, il était temps de ramener cette dynamique sur le continent tout en s'appuyant sur la base déjà existante des collectionneurs et des institutions africaines. Cette nouvelle édition va donc élargir la portée de la foire et aider à établir un réseau inclusif qui a un vrai impact.

Cependant, nous ne souhaitons pas entrer en concurrence avec d'autres foires basées en Afrique, mais tout simplement compléter ce marché en développement et soutenir l'art contemporain au Maroc.

Pour rester dans l'esprit d'1-54, nous avons choisi pour les expositions un site historiquement riche," La Mamounia". Nous avons hâte d'inviter les exposants et les visiteurs à découvrir ce trésor architectural qui prend vie avec l'art.

1-54 Marrakech a pour but de tirer parti de l'énergie créative de la ville, générée par ses artistes, ses galeries et ses institutions, tout en reliant la ville à la communauté mondiale de notre foire. Dans un sens, l'édition de Marrakech est notre "retour à la maison", et c'est vraiment excitant que de nouvelles galeries et amis nous rejoignent à Marrakech alors que nous continuons ce voyage.

Pourquoi avez-vous choisi d'inviter des galeries européennes et américaines et pas seulement des galeries basées en Afrique?

La notion d'art africain contemporain est expansive et, dans un sens, elle possède une certaine fluidité. Nous pensons qu'elle englobe la production créative et artistique sur le continent, mais aussi de sa diaspora. Par conséquent, nous visons à fournir pour chaque édition une expérience unique, qui représente la nature complexe de ce secteur artistique.

Au cours des cinq dernières années, nous avons eu une vaste représentation du continent africain et de sa diaspora à travers les galeristes exposants, les artistes et même les visiteurs. Nous ne pouvons qu'espérer continuer de trouver de nouvelles façons d'explorer collectivement les nuances de l'art contemporain de l'Afrique et de sa diaspora.

Comment avez-vous sélectionné les artistes qui seront exposés à la foire ?

Ce n'est pas la foire qui sélectionne les artistes exposés mais plutôt les galeries. Chaque galerie est encouragée à soumettre une proposition solide et organisée pour son stand. Nous avons ensuite un comité de professionnels dans la galerie.

Nous essayons toujours de proposer des oeuvres centrées sur l'Afrique. Pour les "Projets spéciaux", nous invitons et collaborons directement avec les artistes, les galeries et les institutions, afin de créer un programme d'interventions et de panels qui dynamisent davantage l'environnement de la foire et engagent ses visiteurs.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces "Projets spéciaux"?

Nous avons un programme riche de projets spéciaux qui reliera la foire à la ville de Marrakech. Nous sommes ravis de présenter cinq projets spéciaux pour cette édition, la performance d'Elizabeth Efua Sutherland, "Black Noise" co-présentée par le Musée d'Art Contemporain Africain Al Maaden (MACAAL), Galerie 1957 et 1-54, mais aussi le projet d'ingénierie artistique d'Eric van Hove, "The Mahjouba Initiative", ou encore "Casablanca Not the Movie", un projet photographique à long terme de Yoriyas au Riad Yima de l'artiste Hassan Hajjaj.

Montresso * Art Foundation présentera "IN-DISCIPLINE # 1", une exposition organisée par Dominique Zinkpè et enfin le Musée d'Art Contemporain Africain Al Maaden (MACAAL) présentera deux expositions: "Africa Is No Island", un spectacle de photographie de groupe; et une vitrine semi-permanente de la collection du musée.

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