MAROC
23/02/2018 07h:54 CET | Actualisé 26/02/2018 19h:35 CET

African Digital Summit: L'idée à plusieurs milliards de dollars pour les startups marocaines (ENTRETIEN)

GAM/FACEBOOK

MARKETING DIGITAL - C'est parti pour l'African Digital Summit 2018 (ADS 18). Le coup d'envoi de la 4e édition de la grand-messe du digital africain a été donné ce jeudi à Casablanca par Mounir Jazouli, président du Groupement des annonceurs du Maroc (GAM) et organisateur de l'événement. Pas moins de 1.600 participants entre annonceurs, professionnels du marketing et du digital, éditeurs, médias et agences de com' ont ainsi répondu présents. Objectif: échanger durant les deux jours que durera la manifestation autour de la thématique de la technologie appliquée au marketing et aux marques.

"La technologie a transformé le marketing et la publicité et cette tendance va s’accélérer et s’accentuer à l’avenir et va rendre le rapprochement entre les marques et la technologie plus qu’indispensable", a déclaré Mounir Jazouli. L'édition de cette année a donc fait la part belle à ces innovations et leurs applications concrètes dans le secteur: neutralité du Net, recherche vocale, futur des études marketing, relation entre startups et marques... Autant de sujets variés qui ont été abordés lors des conférences et ateliers de l'ADS 18 par des speakers de renom.

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Le Marocain Amine Bentahar fait partie de ceux-là. Chief Digital Officier et associé principal d'Advantix Digital, agence numérique et partenaire All Stars de Google, il est le premier Marocain à devenir membre du prestigieux Conseil de l'Agence Forbes. Interrogé par le HuffPost Maroc, ce spécialiste du marketing digital est revenu sur les principales tendances du marché.

HuffPost Maroc: Quelles sont les tendances qui ressortent aujourd'hui dans le marketing digital?

Amine Bentahar: Il y a premièrement tout ce qui relève de la personnalisation. C'est très important aujourd'hui de ne pas traiter tous les consommateurs de la même manière. La recherche vocale est également une tendance forte qui est déjà en train de révolutionner les États-Unis et qui va s'affirmer de plus en plus partout dans le monde. Ensuite vient la question de l'intelligence artificielle et de l'apprentissage des machines. Beaucoup de startups, qu'elles soient au Maroc, à Singapour ou ailleurs dans le monde essaient de se spécialiser dans ce domaine. C'est vers ces tendances que l'industrie du marketing digital est en train de se diriger.

On ne peut s'empêcher toutefois d'être alarmés quand on lit ce que d'éminentes personnalités dans le monde des affaires ou dans le domaine scientifique ont écrit sur l'intelligence artificielle. Partagez-vous ce sentiment?

Il est vrai que c'est un segment qui n'est pas entièrement réglementé. On ne sait pas vraiment ce qu'on peut faire ou pas aujourd'hui, mais il n'empêche qu'on travaille beaucoup mieux avec l'aide de ces technologies. À Advantix par exemple, nous utilisons l'intelligence artificielle dans beaucoup de nos campagnes marketing. Cela nous permet de mieux dépenser avec les éditeurs. On a même des outils qui performent mieux qu'un être humain: ils comprennent le but de la campagne, arrivent à cerner les consommateurs auxquels elle est adressée et comment ils réagissent, ce qui nous permet une très grande flexibilité.

Un exemple concret à partager?

On a travaillé par exemple avec une grosse chaîne de luxe aux États-Unis dont je ne peux pas révéler le nom. Le but de la campagne était d'attirer une certaine clientèle qui peut dépenser certaines sommes à travers les réseaux sociaux. Malheureusement, ils arrivent aux gens de mentir sur leurs comptes. La technologie de l'intelligence artificielle nous a permis de chercher de manière très efficace les clients qui ont réellement les moyens de s'offrir cette marque.

Au Maroc, le digital est vu par certains comme un obstacle infranchissable. Quels sont les secrets pour une transformation digitale réussie?

Je risque de vous choquer, mais il faut commencer par avoir un site web. Ça n'a l'air de rien dit comme ça, mais c'est très important. Il m'arrive aujourd'hui encore de constater l'absence de sites web pour certaines organisations qui sont très grandes au Maroc. Je remarque aussi que certains utilisent encore des comptes Gmail ou Yahoo pour des courriels professionnels. Il faut vraiment commencer par la base: avoir une bonne présence online. Ensuite on pourra passer au mobile et ce n'est qu'après qu'on peut continuer à s'améliorer. On ne peut pas aller directement de 0 à 100. C'est l'erreur que beaucoup de détaillants font même aux États-Unis et au Canada.

Votre intervention à l'ADS 18 portait autour de la recherche vocale. En quoi cette technologie révolutionne-t-elle le marché?

Elle est révolutionnaire en ce sens qu'elle permet de fournir une expérience personnalisée à un niveau élevé. Faire une recherche en passant par la voix ne prend pas autant de temps qu'une recherche classique en tapant des mots clés. Elle évite également l'effort de conceptualisation puisque c'est la formulation intuitive du langage qui est utilisée. Plus besoin de chercher à reformuler ses pensées. Cela a pour conséquence une utilisation plus fréquente et dans des situations de la vie de tous les jours dans lesquelles on n'aurait pas songé à utiliser une recherche normale.

Une idée à suggérer aux startups marocaines qui voudraient se lancer dans ce créneau?

J'en ai une qui vaut des milliards de dollars. Amazon est actuellement le leader des assistants vocaux avec Alexa. Pour fonctionner, son appareil Echo se base sur ce qu'on appelle des skills qui sont à Alexa ce que les applications sont au smartphone. Si une startup marocaine, qui veut se lancer dans la recherche vocale, arrive à développer des compétences dans la création de skills, ça sera le jackpot. L'année dernière, l'assistant vocal d'Amazon comptait uniquement 7.500 skills, aujourd'hui on est déjà à 15.000 et ça va s'accélérer. Le potentiel du marché est donc énorme.

Il a aussi été question de neutralité de l'Internet qui vient de sauter. Quelles vont être les implications en termes de marketing et publicité?

Ça commence déjà à toucher les annonceurs américains en ce sens que ça les limite. Plusieurs choses qu'on avait l'habitude de faire auparavant ne vont plus être possibles. Mais je pense que même si ça affecte de manière négative le marché, il y a un volet positif auquel il faut s'intéresser. La fin de la neutralité d'Internet va pousser les publicitaires à se remettre en question. Qu'est-ce qu'on n'a pas fait bien pour que ça soit aussi difficile? Il y a une grande réflexion qui est menée en ce moment aux États-Unis qui va pousser les entreprises américaines à aller au FCC (Commission fédérale américaine de réglementation des communications, ndlr) et essayer de trouver une solution sur le long terme. Il n'empêche que cette histoire va coûter des milliards de dollars et impactera plus tôt qu'on ne le croit le marché marocain. Tout le monde sait que quand l'Amérique attrape un rhume, tout le monde prend des médicaments.

Un dernier conseil à donner aux acteurs du marketing digital au Maroc ?

Je garde toujours un œil sur ce qui se passe au Maroc, car je reste avant tout un Marocain et fier de l'être. Je trouve qu'il y a énormément de talents au Maroc. Le problème c'est que, parfois, ceux qui prennent les décisions ne comprennent pas notre génération et limitent la créativité de la jeunesse marocaine. Si j'avais un message à leur donner, ça serait le suivant: "Let them have fun" ("laissez-les s'amuser")!

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