ALGÉRIE
22/02/2018 05h:26 CET

En Algérie, comme dans le monde, les discours de diabolisation ont marqué 2017 (Amnesty International)

Ahmed Belghit Radio M

Du point de vue des droits humains et de leurs défenseurs, trois grandes tendances ont marqué l’année 2017 que ce soit dans le monde ou en Algérie: la montée des discours de diabolisation de l’autre, les conséquences terribles des politiques d’austérité et la répression des mouvements sociaux.

C’est en somme le résumé alarmant qu’a fait Hassina Oussedik, la directrice de la section algérienne d’Amnesty International, dans un entretien à Radio M, où elle présente le rapport mondial d’Amnesty pour l’année 2017/18.

“Les discours de diabolisation qui passent malheureusement aussi par des actions des Etats: avec la première tentative en janvier 2017 par le président américain Donald Trump de faire passer le décret anti-musulman. Et du coup on a vu des discours racistes devenir de plus en plus virulents et se propager”, a souligné Hassina Oussedik.

“Malheureusement en Algérie aussi, l’année 2017 a été marquée par ce genre de discours”, a affirmé Oussedik qui a parlé de la stigmatisation de certaines minorités comme les Ahmadites qui ont été poursuivies injustement" et les migrants sub-sahariens qui ont subi la stigmatisation à travers “les réseaux sociaux où il y a eu des appels au meurtre et aussi des discours de haine proférées par des personnes publiques”.

La représentante d’Amnesty International en Algérie a ainsi regretté qu’il n’y ait pas eu de poursuites pénales contres les personnes qui ont lancé des appels au meurtre contre les migrants qui vivent en Algérie.

“Non seulement il n’y a pas eu de réaction des autorités mais de plus ces mêmes autorités ont tenté une interdiction de l’utilisation des transports publics en Algérie par les migrants”, a déploré Oussedik qui a rappelé que “c’est grâce à la mobilisation de la société civile algérienne que cette interdiction a été levée”.

Les migrants vivant en Algérie ont été également été victimes de vagues d’expulsions collectives menées par les forces de l’ordre, ce qui du point de vue de la loi sont une violation des droits fondamentaux des migrants, a expliqué Hassina Oussedik, les expulsions ne peuvent se faire, selon les lois internationales, que de manière individuelle et au cas par cas: “lorsqu’il y a expulsion collective, il y a stigmatisation”.

“Il faut s’alarmer le plus vite possible parce que lorsqu’une société commence à discriminer une minorité et à lui enlever des droits fondamentaux, ça peut conduire à des phénomènes de violences massives dont les conséquences humaines sont absolument désastreuses et tout le monde a en tête les images de l’exode des Rohingyas au Myanmar, c’est résultat de la stigmatisation de cette minorité”.

Ce rapport mondial qui couvre 159 pays et territoires, présenté pour l'Algérie par Hassina Oussedik sur Radio M, dénonce également de manière virulente les politiques de l’Union européenne et de Donald Trump envers les réfugiés et en matière d’immigration.

"Tout au long de l'année 2017, des millions de personnes à travers le monde ont goûté les fruits amers des politiques de diabolisation", indique le rapport. Amnesty reproche aux "dirigeants des pays les plus riches" leur approche de la crise des migrants "qui allie l'esquive à l'inhumanité pure et simple".

En Europe, l'ONG juge que la plupart des dirigeants "ont décidé que pratiquement tout leur était permis pour empêcher les réfugiés d'atteindre les côtes du continent".

Elle évoque également les récentes élections en Autriche, en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas, où "certains candidats ont cherché à traduire les angoisses sociales et économiques en ressentiment, en particulier à l'égard des migrants".

Salil Shetty, le secrétaire général d'Amnesty International, s'en est pris au président américain Donald Trump, qui, depuis son élection, a multiplié les tentatives d'imposer un décret anti-immigration, plusieurs fois suspendu par la justice.

Il a aussi condamné, devant la presse à Washington, l'attitude du président qui "a réellement dit approuver, au cours des premiers mois (de son mandat), l'utilisation de la torture".

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