ALGÉRIE
22/02/2018 12h:47 CET | Actualisé 22/02/2018 13h:25 CET

Le Maghreb des médecins est en colère

Des médecins résidents manifestent à Alger le 12 février 2018.
RYAD KRAMDI via Getty Images
Des médecins résidents manifestent à Alger le 12 février 2018.

Si en Algérie les blouses blanches ne décolèrent toujours pas après trois mois de grève, ils ne sont pas les seuls. Leurs confrères en Tunisie et au Maroc protestent également, pratiquement au même moment. La concordance est un pur hasard du calendrier, néanmoins la contestation témoigne, selon des experts, de systèmes de santé publique secoués par les mêmes crises.

Des milliers de médecins résidents algériens ont manifesté mercredi 23 février dans trois marches nationales à Blida, Oran et Sétif. Leur contestation se poursuit avec cette dernière action en date, après des mois de grève et des négociations infructueuses avec la tutelle, menées par le Collectif autonome des médecins résidents algériens (CAMRA) qui organise le mouvement.

Une des principales revendications du CAMRA concerne le service civil. A la fin de la formation, les médecins spécialistes sont requis de passer un service de plusieurs années dans un établissement de santé publique dans une région donnée du pays avant d'obtenir leur diplôme.

Soulignant des dysfonctionnements et des manques flagrants dans les hôpitaux, rendant la pratique de leurs spécialités quasi impossible, les résidents revendiquent l'abrogation du caractère obligatoire du service civil et son remplacement par des mesures incitatives. Ils réclament également une révision du statut du résident et le droit à la dispense du service militaire, comme tous les citoyens algériens qui dépassent l'âge de 30 ans.

En Tunisie, depuis le 6 février, seul le service minimum est assuré dans les hôpitaux, touché par une grève de grande ampleur. Les mauvaises condition de l'exercice de la médecine, ainsi qu'un statut juridique flou, ont provoqué la colère des praticiens. Près de 3000 étudiants en médecine ont manifesté lundi 19 février à Tunis devant le ministère de la Santé, répondant à l'appel de l'Organisation des jeunes médecins tunisiens (OJMT).


Le flou juridique entraîne des fois la surexploitation des étudiants en médecine qui peuvent travailler jusqu'à 70 heures par semaine. Selon Jeune Afrique, une loi qui date de 1975 encadre le travail des internes et des résidents en Tunisie mais ne spécifie pas les limitations des tâches attribuées et n'accorde pas aux médecins le droit à la sécurité sociale.

Enfin, des milliers de médecins, pharmaciens et dentistes venus de tout le Maroc ont aussi marché, samedi 10 février à Rabat, du ministère de la Santé jusqu’au parlement. La manifestation fait suite à la grève dans le secteur public du 16 janvier dernier lancée par le Syndicat indépendant des médecins du secteur public (SIMSP).

En plus des défaillances du secteur et du manque des moyens de travail nécessaires à la bonne prise en charge des malades, le SIMSP réclame l'équivalence entre le doctorat en médecine et le doctorat d’État. Pour les médecins, ceci signifierait être payé selon l'indice salarial 509, soit près de 15 000 dirhams mensuels (environ 1300 euros) au lieu de l'indice 336 actuel, équivalent d'un master et garantissant un salaire de 8600 dirhams (750 euros), a rapporté le journal en ligne H24 Info.

La réaction des autorités des trois pays face à ces mouvements a varié. Dans les rues d'Alger, la police chasse les médecins résidents pour les empêcher de manifester alors que les négociations avec le ministère de la Santé ont échoué.

Après une réunion avec l'OJMT, le ministre tunisien de la Santé a délivré un accord de principe de signature d'un nouveau statut.

La marche de Rabat a été maintenue malgré une réunion de « premier contact » du nouveau ministre marocain de la Sanré, Anas Doukkali, avec le bureau national du SIMSP.

« Les premiers sur le front »

Si le hasard a fait que les récents mouvements des médecins dans les trois pays éclatent au même moment sans aucune coordination, la contestation, comme les dysfonctionnements, ne datent pas d'hier.

En 2011 déjà, les médecins résidents ont mené une grève de plusieurs mois en Algérie, avec des revendications similaires. Au Maroc, les étudiants en médecine ont mené une grève et organisé plusieurs marches nationales en octobre 2015, contre le service médical obligatoire et pour la reconnaissance de leur doctorat. En Tunisie, la récente protestation est appelée Mouvement 76 : « 7 ans, 6 ministres et rien n'a changé ». Les étudiants réclamant en effet une solution à leur statut depuis 2012.

"C'est la même population, ce sont les mêmes problèmes de santé et ce sont les mêmes crises d'un système de santé publique qui n'arrive plus à faire face aux problèmes de cette population du Maghreb», a déclaré au HuffPost Algérie Farid Chaoui, professeur en gastro-entérologie et co-auteur d'un rapport de l'Ipemed sur les systèmes de santé des pays du Maghreb.

Pour cet expert, il y a une « inadéquation totale » entre les moyens mis en œuvre ainsi que l’organisation des systèmes de santé d'un côté, et les problèmes de santé posées par les populations des trois pays de l'autre.

« Les médecins sont les premiers sur le front, en face des patients qui viennent tous les jours réclamer des soins appropriés et qu'ils ne trouvent pas», a ajouté le Pr. Chaoui.

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