TUNISIE
21/02/2018 11h:00 CET | Actualisé 21/02/2018 11h:20 CET

Anouar Brahem accuse: Le ministre de la Culture s'est servi de mon nom pour nuire à l'ancien directeur du festival international de Hammamet

Tunisian oud player Anouar Brahem performs during the Jazzablanca World & Jazz Music Festival in Casablanca April 20, 2015.  REUTERS/Youssef Boudlal
Youssef Boudlal / Reuters
Tunisian oud player Anouar Brahem performs during the Jazzablanca World & Jazz Music Festival in Casablanca April 20, 2015. REUTERS/Youssef Boudlal

L'affaire du festival international de Hammamet n'en finit plus de faire couler de l'encre. Lundi, l'artiste de renommée internationale Anouar Brahem s’est adressé au ministre des Affaires culturelles Mohamed Zinelabidine pour remettre en doute le limogeage de Moez Mrabet, l’ancien directeur du festival.

“Il y a quelques semaines, j’ai appris votre décision pour le moins inattendue de démettre M. Moez Mrabet de ses fonctions de directeur du centre culturel international de Hammamet, et de son festival” a-t-il écrit dans une lettre adressée au ministre.

Brahem a exprimé, par ailleurs, sa surprise quant à cette décision et aux reproches formulés par le ministre pour prouver son agissement. “Plus surprenant encore, j’ai appris que vous lui avez reproché devant le parlement, sa 'mauvaise gestion' et son gaspillage des biens publics". Des accusations qui s’avèrent exagérées pour l’artiste, notamment après la tournure qu’ont pris les choses peu après la fin du festival et de son passage phare l'été dernier.

“Je me permets de vous rappeler que vous avez, en tant que ministre de la Culture, co-signé le contrat conclu entre mon agent et les organisateurs du festival” a-t-il affirmé en réponse aux propos du ministre qui reprochait le coût élevé de la programmation de son concert et son cachet jugé élevé.

“Votre responsabilité n’est-elle pas de ce fait au moins aussi importante que celle de M. Mrabet?”, a-t-il martelé en poursuivant “si la programmation de mon concert à Hammamet était une faute aussi grave comme vous l’avez prétendu, pourquoi en avoir avalisé vous-même toutes les conditions?”

Des interrogations qui ont été soulevées par Brahem et à travers lesquelles il soupçonne un sabotage délibéré de la part du ministre envers l’ancien directeur du festival de Hammamet. “Le déroulement des faits me porte malheureusement à croire que votre décision a des motifs aussi douteux qu’inavoués” a-t-il répliqué.

Pire, Brahem a estimé que le ministre se serait “servi de son nom pour mener une opération de diffamation inacceptable envers Mrabet”, selon ses dires.

Pour l’artiste, les décisions prises par le ministre sont abusives. “Peut-on vraiment, dans un état de droit accuser inopinément quelqu’un et le sanctionner sans que sa culpabilité n’ait été clairement établie” s’est-t-il demandé en manifestant son inquiétude quant à l’avenir de la culture en Tunisie.

Mais ceci n'est qu'un épisode de plus dans un long feuilleton et d’un bras de fer entre les deux parties dont peu se hasardent à prédire l'épilogue.

En novembre dernier, le ministre de la culture a annoncé le limogeage du directeur du Festival, Moez Mrabet, et l'ouverture d'une enquête portant sur des soupçons de détournement de fonds publics. Il a révélé que "le budget alloué à ce festival était de 200 millions de dinars en 2014 et grâce à on ne sait par quel miracle le budget a atteint depuis deux milliards de dinars".

Réagissant à cette décision, Mrabet a estimé qu'il s'agit d'un règlement de compte personnel aux dépends du Festival International de Hammamet et du centre culturel de Hammamet.

"La réussite du festival de Hammamet dérange le ministre actuel des Affaires culturelles, et ce depuis qu'il était à la tête du Festival International de Carthage" a-t-il expliqué en précisant que son limogeage entre dans le cadre d'une manoeuvre planifiée pour étouffer les activités de ce festival, qui depuis, quelques années, est sur le bon chemin.

Une pétition a également été formulée pour contester la réduction de 65% du Festival international de Hammamet. Une baisse importante qui a été expliquée par le ministre des Affaires culturelles Mohammed Zinelabidine par le souci d'activer les mécanismes de discrimination positive qui consiste à essayer de redistribuer de manière plus ou moins équitable les ressources de l'État sur plusieurs évènements culturels.

Ce dernier trouve inadmissible que le festival international de Hammamet accapare 2 milliards de dinars alors les autres festivals dans la même région comme ceux de Nabeul, Kélibia, Korba et autres n'ont que 20 millions de dinars comme ressources.

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