TUNISIE
20/02/2018 14h:06 CET | Actualisé 21/02/2018 07h:17 CET

Tunisie: Pénurie de stérilets, de préservatifs, plus de grossesses non désirées...Les observateurs tirent la sonnette d'alarme

Contraceptives.
golibo via Getty Images
Contraceptives.

La santé sexuelle et reproductive en Tunisie est en péril, à en croire les nombreux professionnels en la matière, qui ont tiré récemment la sonnette d'alarme sur la situation de l'Office national de la famille et de l'enfance (ONFP).

Les défaillances révélées sont nombreuses. Elles touchent la distribution des moyens contraceptifs, les lacunes dans la prévention des maladies sexuellement transmissibles et dans l'éducation sexuelle plus généralement, les inégalités dans la jouissance des droits reproductifs, etc.

Le principe de gratuité ébranlé

Contactée par le HuffPost Tunisie, Irzak Khnitech, la directrice exécutive de l'association tunisienne de la Santé de la Reproduction a soulevé la problématique de l'accès aux moyens de contraception, plus précisément les stérilets. "Les stérilets sont en rupture de stock à l'ONFP depuis deux années. À l'époque ils ont détruit un conteneur chargé de stérilets importés après avoir découvert qu'ils n'étaient pas conformes aux normes. Depuis rien n'a été fait pour remédier à cette pénurie".

Les conséquences ont vite été aperçues chez certaines Tunisiennes: "Le stérilet est le contraceptif préféré des femmes tunisiennes, on leurs demande désormais de l'acheter et de venir le poser gratuitement. Du coup, celles qui ont les moyens l'achètent, les plus pauvres ne reviennent pas. Certaines d'entre elles retournent par contre au planning mais enceintes et sollicitent un avortement", déplore la représentante de l'association, qui souligne que les avortements coûtent plus cher pour l'État que les stérilets.

"On aurait pu éviter des dépenses inutiles et épargner à ces femmes ces avortements, si on avait su gérer le problème des stérilets", s'exclame-t-elle.

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Laisser aller voulu?

À la problématique des stérilets s'ajoute celle des ruptures du stock récurrentes des préservatifs récemment. Irzak Khnitech pointe du doigt la mauvaise gestion en la matière, en écartant ainsi un problème de moyens.

Les femmes sont amenées à prendre des pilules, contre leur gré. "Or l'État a l'obligation d'assurer l'accès à la santé reproductive. Les obliger à utiliser un moyen de contraception qu'elles ne désirent pas est un piétinement des engagements de l'État", fustige-t-elle.

Et de poursuivre: "On se demande si le non-règlement de ces problèmes n'est pas voulu et ne s'intègre pas dans une politique publique bien précise", se demande la responsable associatives, perplexe.

Irzak Khnitech déplore en effet l'absence d'une stratégie reproductive des naissances, on ne sait pas si on tend vers plus ou moins d'enfants. "Ce manque d'une vision globale est révoltant", s'indigne-t-elle.

Cette déficience stratégique est renforcée, selon elle, par les changements répétitifs à la direction de l'ONFP: "Chaque directeur avait à peine le temps de régler les litiges avec le personnel et les syndicats au lieu de s'atteler sur sa première mission; la santé reproductive et sexuelle de la population", a-t-elle renchéri.

Autre chantier, la santé sexuelle des jeunes, où beaucoup reste à faire, dit-elle. L'Association Tunisienne de la Santé de la Reproduction travaille depuis quatre ans sur l'éducation sexuelle en faisant un travail de sensibilisation et de prévention auprès des jeunes mais cela reste insuffisant, souligne-t-elle, en l'absence d'une politique publique en la matière, surtout au niveau de l'éducation nationale.

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