TUNISIE
20/02/2018 13h:59 CET | Actualisé 21/02/2018 06h:40 CET

En grève de deux jours, les professeurs universitaires menacent d'avoir recours à l'escalade en cas de non satisfaction de leurs revendications

This auditorium is in the university of the city
DenBoma via Getty Images
This auditorium is in the university of the city

Les enseignants universitaires observent une grève de deux jours, les 20 et 21 février 2018. Un sit-in sera également prévu mercredi devant l'Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), pour défendre leurs droits et réactiver les accords déjà signés entre l’autorité de tutelle et le Syndicat général de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

“Rien n’a été fait. Aucune revendication formulée depuis la grève générale du 7 décembre n’a été honorée” a confié le secrétaire général de la fédération générale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Houcine Boujarra, au HuffPost Tunisie.

En effet, parmi les revendications soulevées par les enseignants universitaires figurent le versement de la prime de la rentrée universitaire. “Cette revendication datant de 2016 est toujours d’actualité” a fait savoir Boujarra en précisant que cette dernière a été déjà versée aux autres secteurs de l’enseignement au début de chaque année scolaire.

Le responsable syndical a souligné, par ailleurs, que la fédération revendique également une prime aux professeurs universitaires qui travaillent dans les régions intérieures. “Ce n’est pas une nouveauté!” a-t-il martelé en évoquant l’importance de cette mesure en ce qui concerne la discrimination positive et la réduction de disparités entre les régions intérieures et les côtières du pays. “Cette mesure a été adoptée dans différents secteurs, pourquoi ne pas l’adopter à l'enseignement universitaire” s’est-il demandé.

Par ailleurs, Boujarra a pointé du doigt l’indifférence du ministère de l'Enseignement supérieur. Il a expliqué que “le Plan stratégique de la Réforme de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique 2015-2025", adopté par le parlement en 2015, n’a pas été réactivé. “Aucune réforme sérieuse n'a été jusqu'à présent menée pour sauver le secteur” a-t-il répliqué.

Pour le syndicaliste, la situation financière des professeurs universitaires va du mal en pis. “C’est inacceptable. Ceux qui ont le moins de diplômes sont les mieux payés” a-t-il estimé. Les universitaires souffrent et se trouvent marginalisés par le ministère de tutelle. “Nous ne demandons rien de plus que de la considération” a-t-il ajouté en abordant les tentatives de marginalisation et de dévalorisation du secteur public.

Boujarra a estimé que les revendications des universitaires que ce soit financières ou morales pourraient sauver le secteur en déclin et limiter l'hémorragie de la fuite des universitaires vers l’étranger. “Chaque année, environ 600 professeurs universitaires quittent le pays” a-t-il rappelé.

Interrogé sur la séance de réconciliation tenue lundi 19 février entre la fédération tunisienne de l’enseignement supérieur relevant de la centrale syndicale et le ministère de l’Enseignement supérieur, Boujarra a noté que la réunion n’a rien donné. “Nous restons ouverts au dialogue, à condition qu’il soit sérieux” a-t-il souligné en évoquant la possibilité de recourir à l'escalade et à des modes de protestation plus radicaux.

Il est à rappeler que les professeurs universitaires ont décidé en janvier 2018 de ne pas passer les examens semestriels. Cette grève intervient pour protester contre le non respect par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique de la grille salariale de la fonction publique, a précisé Najmeddine Jouida, coordinateur général national de l’Union des professeurs universitaires chercheurs tunisiens (IJABA).

Il a expliqué que le ministère accorde les mêmes salaires à tous les enseignants universitaires quels que soient leurs niveaux d’étude estimant qu’il s’agit d’une injustice puisqu’il convient d’appliquer la grille salariale de la fonction publique pour donner à chacun son droit.

D’après la même source, les professeurs universitaires sont accablés par les multiples prélèvements sur leurs salaires ce qui a poussé un grand nombre d’entre eux à avoir recours à la migration.

“De cette manière les universités tunisiennes ont été vidées de leurs compétences et le niveau de l’enseignement universitaire public ne cesse de se dégrader”, a-t-il estimé faisant observer que la dernière étude réalisée par l’Union des professeurs universitaires chercheurs tunisiens a montré que 4 mille enseignants universitaires ont émigré à l’étranger et 80% comptent aussi quitter le pays et ce, selon les statistiques de l’institut tunisien des études stratégiques.

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