TUNISIE
20/02/2018 17h:01 CET

Les jeunes médecins appellent le ministère de la Santé et le gouvernement à respecter leurs engagements

Zied Bouguerra, membre de l'Organisation tunisienne des jeunes médecins a déclaré, dans une interview sur Mosaique FM, que les revendications des jeunes médecins n'ont toujours pas été satisfaites, soulignant les nombreux problèmes qui restent en suspens depuis plusieurs années.

Ces revendications concernent essentiellement les réformes relatives à la médecine de famille et le nouveau régime adopté en 2014, qui prévoit à la place du titre de médecin généraliste, une formation médicale de base d’une durée minimale de 6 ans, suivie d'une formation appelée "médecine de famille", en plus de la création d’un 3ème cycle offrant une formation spécifique en médecine de famille, ou dans d'autres spécialités.

Selon Bouguerra, ce régime devait à la base seulement remplacer la médecine générale, tout en gardant l'accès à un diplôme de docteur au bout de 7 ans, et celui de spécialiste au bout de 11 ans d'études. Ce système n'a apparemment pas été respecté puisque le ministère ne prévoit plus qu'un seul diplôme de spécialité à l'issue de 11 années d'études.

Cette nouvelle politique pose plus de problèmes qu'elle n'en résout, car selon Bouguerra, les internes et les résidents qui ne bénéficient actuellement pas de statut de médecin, et ne sont pas reconnus avant la thèse de doctorat, seront encore plus lésés puisqu'ils ne bénéficieront d'aucun statut, ni de diplôme, durant toute la période de leurs études.

"Dans chaque cursus universitaire, les étudiants ont droit à un diplôme à chaque cycle, ce qui n'est pas le cas des médecins tunisiens aujourd'hui" s'est-il exclamé.

Ces nouvelles mesures vont également à l'encontre de l'accord de février 2017, en vertu duquel le ministère de la Santé s'était engagé à publier un décret relatif au statut de base des médecins internes et des résidents, un décret qui aurait été examiné par la présidence du gouvernement, qui l'aurait remis au ministère de la Santé depuis le 23 novembre dernier, selon une déclaration du secrétaire général de l'organisation, Jed Henchiri, à l'agence TAP.

Zied Bouguerra a également dénoncé l'inégalité salariale entre les médecins tunisiens et les médecins de nationalités étrangères ayant suivi la totalité de leur cursus médical en Tunisie. Selon lui, ces derniers percevraient un peu plus du tiers du salaire d'un médecin résident tunisien, avec un cursus universitaire et une charge de travail identiques.

En réponse à la déclaration du ministre de la Santé Imed Hammami, qui avait estimé que la grève des jeunes médecins est exagérée et que le ministère a satisfait les revendications relevant de son domaine d'intervention, Bouguerra a estimé que celle-ci n'avait rien d'exagérée, et que toutes les procédures avaient été respectées, y compris le préavis de grève émis à cet effet, bien que celui-ci ait été par la suite retiré, et la grève annulée.

Dans ce contexte, Bouguerra rappelle que l'origine du nom donné à leur mouvement, à savoir "mouvement 76", se réfère aux 7 revendications non satisfaites par les 6 ministres qui se sont succédés. Ainsi, dans une logique de continuité, Bouguerra appelle le nouveau ministre de la Santé à reprendre les mesures de ses prédécesseurs, afin d'éviter, dit-il, "un retour à la case départ".

Zied Bouguerra a cependant annoncé qu'il a été contacté ce matin par le président de la commission de la santé et des affaires sociales de l'ARP, ainsi que par le porte-parole de la présidence du gouvernement, qui lui auraient assuré que les revendications seront examinés par le chef du gouvernement, en vue de les satisfaire dans les plus brefs délais.

D'un autre côté, Jed Henchiri a mis l'accent sur la nécessité de réviser les salaires des médecins qui ont exercé pendant une année dans les structures sanitaires publiques dans le cadre du service national, soulignant l'impératif d'augmenter ces salaires de 750 à 1200 dinars par mois. Il a, dans ce contexte, exprimé son mécontentement face à "l'indifférence de l'autorité de tutelle" et "tout ce retard pris dans la publication de ce décret".

Le gouvernement reçoit les jeunes médecins

Dans une publication sur sa page Facebook, Jed Henchiri a affirmé qu'une réunion s'est tenue mardi à la Kasbah en présence d'Iyed Dahmani, ministre chargé des relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, de Souheil Alouini, président de la commission de santé de l'Assemblée des représentants du peuple et des représentants de l'Organisation Tunisienne des Jeunes Médecins.

"Les revendications ont été bien expliquées et ça a été reçu positivement" explique-t-il.

"Notre statut ainsi que nos revendications seront remis par M. Dahmani au président du gouvernement. Il a aussi exprimé l'importance de ce dossier étant donné l'urgence de la situation et la légitimité des demandes" indique-t-il appelant les jeunes médecins à continuer sur leurs lancées.

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