MAROC
15/02/2018 09h:19 CET

Avec MolenGeek, Ibrahim Ouassari veut donner un coup de pouce aux jeunes de Molenbeek (et du Maroc)

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ENTRETIEN - Ibrahim Ouassari, Belgo-marocain de 39 ans originaire de la commune de Molenbeek à Bruxelles, dit lui-même avoir un parcours "chaotique". Après avoir quitté l'école à 13 ans et enchaîné les petits boulots, il se lance dans l'informatique en autodidacte. 25 ans plus tard, il est à la tête de quatre entreprises et d'une vingtaine d'employés.

Au printemps 2015, l'entrepreneur a co-fondé MolenGeek, à la fois incubateur de start-ups, espace de coworking et école de "coding" pour donner un coup de pouce aux geeks et jeunes désoeuvrés de Molenbeek, commune tristement connue dans les médias pour avoir abrité la plupart des auteurs des attentats de Paris et Bruxelles.

Le concept, qui attire des centaines d'entrepreneurs et informaticiens en herbe, a été soutenu par Google et Samsung. Il s'exporte désormais à l'international, notamment en Italie et au Maroc, où MolenGeek a organisé un start-up week-end au mois de décembre et entend développer des partenariats avec des entrepreneurs marocains. Entretien.

HuffPost Maroc: Qu'est-ce que MolenGeek?

Ibrahim Ouassari: MolenGeek est un écosystème "bottom-up" créé en 2015, qui a pour mission de rendre accessible les nouvelles technologies et l'entrepreneuriat à tous. MolenGeek est composé d'un espace de coworking, d'une Coding School et propose un programme d'incubation à ses membres.

Pourquoi avez-vous créé cet espace?

A l'origine, cela partait d'une envie personnelle de partager ce que j'ai reçu dans mon expérience de vie. Je suis né et j'ai grandi à Molenbeek, j'ai eu un parcours scolaire chaotique et cela ne m'a pas empêché de lancer plusieurs sociétés en informatique et de me retrouver à la tête d'une vingtaine d'employés. MolenGeek était pour moi une manière de prouver aux jeunes qui me demandaient sans cesse quelles études fallait-il entreprendre pour devenir comme moi que les technologies sont accessibles à tous même sans background académique.

Comment avez-vous financé sa création?

Soutenu au départ par la commune de Molenbeek et des sponsors locaux (des petit restos du quartier et autres petits commerces molenbeekois) MolenGeek a reçu, en 2016, le soutien financier du gouvernement fédéral et du sponsoring de grands acteurs tech, tels que Google et Samsung qui nous ont permis de développer nos activités.

Séance de test de la MolenGeek Coding School

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Combien d'entreprises sont nées grâce à MolenGeek, et dans quels secteurs?

25 start-ups ont été créées à MolenGeek dans différents secteurs. La plupart d'entre elles sont dans le domaine de l'économie circulaire, comme par exemple Molenbike, une coopérative qui propose la livraison de produits bio et frais via vélos cargos à Bruxelles. Fruits&Passion propose la livraison de paniers de fruits au sein d’entreprises en favorisant les circuits courts. Dans un tout autre genre, Quicklyric est une application qui permet de télécharger instantanément les paroles d'une chanson qu'on écoute sur son smartphone. Celle-ci a été téléchargée plus de 500.000 fois dans le monde.

Combien y a-t-il de membres?

Nous en comptons entre 700 et 800. Plus d'une centaine de personnes viennent à MolenGeek tous les jours.

D'où viennent les jeunes entrepreneurs qui font partie de MolenGeek? Quels sont leurs profils?

Les jeunes viennent d'un peu partout mais il y en a bien 85% de Bruxelles et la moitié des Bruxellois viennent de Molenbeek. Les profils sont quant à eux très variés, de l'entrepreneur expérimenté au jeune qui se lance à peine. Nous avons des universitaires mais aussi des jeunes en décrochage scolaire sans aucun diplôme. Une des particularités de l'écosystème MolenGeek est que peu importe qui on est et d'où l'on vient, cela ne rentre pas en compte dans la sélection des membres. On ne tient compte que de l’intérêt pour l’innovation, les technologies, l'entrepreneuriat et énormément de la motivation des candidats.

Quel est votre parcours?

Je suis issu d'une famille avec deux frères (ingénieur et juge), et une sœur qui est licenciée de l'université de Cologne. Moi j'ai arrêté l'école à 13 ans tellement cela ne me convenait pas! Je suis devenu éducateur de rue, un métier que j'ai quitté assez rapidement car très difficile à supporter émotionnellement. Je me suis fait renvoyer de la STIB (la société des transports de Bruxelles, ndlr) en tant que chauffeur de bus au bout de 3 semaines. J'ai découvert Internet et l’informatique tout à fait par hasard et je me suis lancé en indépendant autodidacte. Depuis, j'ai ouvert 4 sociétés dont 3 en informatique.

Quels sont vos liens avec le Maroc?

Le Maroc, c'est l'origine de ma famille, la terre de mes ancêtres. C'est là où chaque année on se réunit avec mes cousines et cousins qui viennent d’Allemagne, d’Espagne, du Canada ou encore des États-Unis mais surtout du Maroc. Le Maroc, j'y suis tous les et j'y ai une part de moi qui fait partie intégrante de mon ADN. J'y suis tellement attaché que, naturellement, on y développe des projets avec MolenGeek! On y était encore au mois de décembre, à Oujda, pour organiser avec Start-up Maroc et l'APEFE (coopération belge) un start-up week-end Bemor(e). Cet événement n'est qu'un premier pas vers une collaboration plus profonde avec les acteurs marocains, pour renforcer les liens entre le Maroc et la Belgique.

Avez-vous d'autres projets en Belgique et/ou à l'international?

Nous sommes en train d'aménager un nouvel espace à Schaerbeek (Bruxelles aussi), sur le thème du New Media/Audiovisuel. À l'international, nous développons "Tech Station Padua", en collaboration avec des Italiens qui connaissent les mêmes problématiques, notamment trouver des compétences tech dans leur région. Et surtout, nous sommes occupés à développer un partenariat solide avec le Maroc sur des événements type start-up week-end Bemor(e) dans un premiers temps, en espérant qu'on pourra développer un partenariat plus local, avec une présence et un accompagnement sur du long terme pour renforcer les liens entre les jeunes entrepreneurs belges et les entrepreneurs marocains.

Let's go back to Brussels ! 🇲🇦🛫🛬🇧🇪

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Pour vous, qu'est-ce qu'un bon entrepreneur? Quelles sont les clés de la réussite?

Un bon entrepreneur, pour moi, c'est quelqu'un qui arrive à se faire payer un service ou un produit. En arrivant à faire cela il fait le POC ("Proof Of Concept" ou "preuve du concept"). C'est la preuve que c'est un bon entrepreneur! Il n'y a pas de réel mode d'emploi en ce qui concerne l'entrepreneuriat, mais certains états d'esprits sont indispensables: la motivation, se donner à 150%, écouter les conseils et les avis et surtout les traiter après. Ce sont des gens qui croient en leur projet car si eux hésitent, qui va y croire? Un bon entrepreneur doit aussi avoir un esprit d'analyse, pour qu'il puisse détecter le besoin.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite créer sa propre entreprise?

Dans la vie, on ne regrette que ce qu’on n’a pas fait! Alors faites en sorte de faire ou d'au moins tenter!

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