TUNISIE
14/02/2018 12h:28 CET | Actualisé 14/02/2018 16h:56 CET

Du cyclisme de loisir au sport extrême en Tunisie: L'état des lieux du professionnel Abdelatif Jelassi (INTERVIEW)

Getty Images/iStockphoto

S'ils sont aujourd'hui près de 2 millions à pratiquer le vélo en Tunisie, moins d'une centaine de Tunisiens se sont engagés dans cette activité en tant que sport extrême, Abdelatif Jelassi est l'un d'entre eux.

Ce féru de cyclisme a plus de 10 ans d’expérience professionnelle à son actif, dans le milieu de la compétition de haut niveau, au sein de la Fédération Tunisienne de cyclisme et dans le secteur privé. Il a suivi plusieurs formations à l'international et s'est impliqué dans de nombreuses initiatives liées au vélo en Tunisie.

Abdelatif Jelassi se concentre actuellement sur le nouvel atelier qu'il dédie à sa passion Velolik , situé à La Marsa dans la banlieue nord de Tunis.

Le HuffPost Tunisie est allé à sa rencontre pour prendre le pouls de cette activité sur le sol tunisien.

HuffPost Tunisie: On constate de plus en plus d'amateurs de cyclisme et le développement (bien que timide) d'organisations liées au vélo en Tunisie. Comment expliquez-vous cet enthousiasme?

Abdelatif Jelassi: La Tunisie est un pays qui se développe et le bien-être des citoyens fait partie du développement social et humain du pays. Les gens pensent plus à consommer ou à consacrer du temps pour leur bien-être avec des activités sportives, culturelles, des sorties...Ce sont toutes ces activités qui se développent aussi.

Le vélo est une pratique qui est bénéfique pour le corps et l’esprit, qui nous permet de prendre une grande bouffée d’air frais, alors naturellement, elle est aussi en plein boom. Le vélo est en lien avec la prise de conscience environnementale qui grandit aussi dans le pays.

L’augmentation du nombre de cyclistes est un très bon indicateur du bon développement du pays!

En tant que passionné, comment observez-vous cette évolution du domaine en Tunisie?

C’est un monde passionnant qui peut aller de la simple balade à la compétition en passant par les pratiques de sport extrême.

Les gens qui aiment et qui pratiquent le vélo commencent à découvrir et à apprécier les vélos de meilleure gamme et le service de qualité. C’est pour ça que j’ai décidé d’ouvrir mon propre atelier pour travailler exclusivement sur une bonne gamme (moyenne/haute gamme) et où je peux offrir un service de qualité aux personnes qui la recherche.

Existe-t-il en Tunisie un endroit que vous privilégiez pour cette pratique?

Mon atelier justement, car c’est le paradis du vélo! On peut tout trouver et explorer autour du vélo: vélo sur mesure, customisé, haut de gamme...Tous les passionnés de vélo y sont les bienvenus pour des réparations, l'achat de vélos, de pièces ou accessoires ou simplement pour discuter autour de la pratique. Tout est important dans le vélo pour une pratique saine. Les gens négligent souvent la position sur le vélo ou des réglages simples et se plaignent après de douleurs ou d’inconfort. Passer par un professionnel peut changer votre pratique.

Plus généralement, nous avons la chance de vivre dans un pays où il fait toujours beau et avec des sites naturels très nombreux et très divers. Il faut d’abord chercher à les préserver pour qu’on puisse profiter sur le long terme de cette diversité. Le lieu privilégié pour un amateur de vélo en Tunisie c’est simplement le monde extérieur!

Est-ce un enthousiasme qui commence à se développer aussi dans les régions et pas seulement à Tunis?

Oui, il existe de nombreux clubs ou groupes de personnes qui font du vélo en dehors de Tunis. Bien sûr dans les régions intérieures du pays, il y a moins de ressources notamment en terme de service (réparations, encadrement). Pourtant il y a plus de spots intéressants! Encore un champ vierge à développer...

Qu'en est-il des événements consacrés au vélo en Tunisie comme "Tunis by bike"?

Les amateurs de vélo s’organisent de plus en plus, soit entre eux, avec des groupes Facebook, des clubs ou des sorties entre amis ou alors dans un cadre plus large comme Tunis by Bike qui est une sortie qui se veut de masse.

Pas toujours évidente à organiser à cause de la nécessité d’obtenir des autorisations mais qui a pour mérite de rendre plus visible le cycliste et le cyclisme en Tunisie.

Pouvez-vous nous parler de votre pratique personnelle?

Le vélo est un prolongement de moi-même. Par choix, je suis très souvent à vélo, parce que ça me permet de rester dynamique, et de garder le contact avec mon monde professionnel.

Tous les jours je conduis un vélo "fixie": c’est un style de vélo de route, qui n’a pas de vitesse, qui est très léger et qui permet d’aller très vite. Mais pour les sorties plus sportives ou le week-end j’ai aussi un vélo de Downhill (DH) qui me permet de rouler hors sentier et de pratiquer le vélo de descente.

Vous pratiquez aussi le vélo à la recherche de sensations fortes. Ce vélo "extrême" n'est pas encore très répandu en Tunisie. Comment avez-vous développé cet intérêt? Quelles possibilités offre la Tunisie pour de telles pratiques?

Je pratique surtout le Downhill ("Descente" en français), qui est une discipline sportive dont le but est de descendre, à l'aide d'un VTT spécialisé, des pistes spécialement conçues, à travers la montagne et dans le laps de temps le plus court possible. Le Rider doit faire preuve d'engagement, de technicité et posséder un sens aiguisé du pilotage pour affronter les racines, dévers, bosses et autres obstacles naturels rencontrés lors d'une descente.

Le Downhill se pratique aussi en milieu urbain Urban Downhill: il transpose le vélo de la montagne à la ville. C’est alors dans le paysage urbain que le Rider trouve son parcours et ses obstacles. La course devient plus folle et est réservée aux Riders adeptes d’adrénaline et de sensations extrêmes.

Je pratique aussi le dirt jumping, qui se fait avec un autre type de vélo spécialisé et où le rider peut exécuter des acrobaties et sauts. Ces deux disciplines, qui sont classées parmi les sports extrêmes, requièrent un équipement technique particulier. J’ai eu la chance de les découvrir au contact de Riders français venus en Tunisie et j’ai pu continuer la pratique seule ou avec quelques amis.

Il n’existe toujours pas de club ou de groupe spécialisés dans ces disciplines. Idéalement, elles requièrent toutes les deux une préparation du terrain avec des pistes ou des parcs aménagées, dédiés et préparés. En Tunisie, on a l’espace mais pas la logistique et l’aménagement pour développer ces pratiques ou les faire connaître davantage, pourtant, cela pourrait intéresser beaucoup de gens, surtout les jeunes… Les fédérations ou les clubs nationaux ne sont pas non plus en train d’impulser une dynamique dans ce sens. Ça laisse les personnes motivées seules, et incapables de vraiment développer leur capacité.

Imaginez-vous un jour un Tunis où le vélo serait roi, comme à Amsterdam par exemple?

Avec toute la verdure, l'espace et la nature qu’il y a à Tunis, on a la possibilité de faire bien mieux qu’Amsterdam. Peut-être qu’il faut arrêter de rêver à travers le modèle de l’Europe et commencer à inventer notre ville.

Pour que le vélo soit roi il faut une ville où la mobilité soit fluide, verte et agréable. J’imagine donc un Tunis où le vélo trouve sa place mais où aussi le piéton, les transports publics verts, l’environnement trouvent leur place, où le nombre de voitures est réduit et où l’équilibre entre urbanisme et environnement vert est conservé.

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