TUNISIE
14/02/2018 11h:12 CET | Actualisé 14/02/2018 11h:39 CET

Le gouverneur de la Banque centrale affirme qu'il ne ne restera à son poste pas même si les députés votent pour son maintien

En marge de son audition par la commission des Finances de l'Assemblée des représentants du peuple, en sa qualité de président de la Commission tunisienne des analyses financières, le gouverneur de la Banque centrale Chedly Ayari a affirmé qu'il ne resterait pas à la tête de l'institution "même si les députés votent pour mon maintien" a-t-il assuré.

"J'ai toujours dit que je tire ma légitimité de l'Assemblée des représentants du peuple (...) et même si la décision de l'Assemblée m'est favorable, moi je ne resterai pas!" a-t-il indiqué avant d'ajouter: "Je considère que ma mission est terminée. C'est fini!".

S'il ne reproche rien aux députés, Chedly Ayari reproche la manière dont il a été traité à quelques mois de la fin de son mandat qui se terminera en juillet. Il reproche également "l'insulte" qui lui a été faite en étant traité ainsi: "J'ai travaillé pendant 5 ans et demi à ce poste et je n'ai jamais pris un jour de congé".

"Je suis amer par rapport à ce qui s'est passé, tout comme ceux qui travaillent à la Banque centrale. Ils ont travaillé très dur" a-t-il affirmé.

Revenant sur l'affaire les deux agents de la Banque centrale arrêtés pour corruption, Chedly Ayari déplore la campagne de dénigrement contre l'institution: "C'est nous qui avons saisi la justice" dit-il et non la justice qui s'est saisie de l'affaire comme "l'ont affirmé certains qui parlent de milliards volés ou de piratage du système informatique de la Banque. Certains médias en ont fait un film" a-t-il reproché.

Selon lui, tout les reproches qui ont touchés la Banque centrale ces derniers temps sont "mesquins, petits, vils, qui n'ont pas de sens": "J'ai du dégoût maintenant" a-t-il ajouté.

Concernant le classement de la Tunisie sur la liste noire des pays exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme de l'Union Européenne, Chedly Ayari y voit trois raisons:"On a reçu de nombreux organismes comme le GAFI qui sont bien plus dur à convaincre que l'U.E." a précisé le gouverneur de la Banque Centrale avant d'ajouter: "Mais que vient faire l'Union Européenne dans tout ça? Leurs experts auraient dû venir ici en Tunisie faire leur rapport or ils ne sont jamais venus" a-t-il affirmé comme première raison à ce classement.

La deuxième raison serait quant à lui politique: "Je n'exclus pas une décision politique parce que ceux qui se sont réunis pour prendre cette décision ce n'est pas seulement la France, l'Italie ou l'Espagne, des pays amis; il y a aussi les pays d'Europe de l'est et du centre qui nous connaissent pas" a argué Ayari avant de reprendre: "Il n'y a pas eu de lobby suffisant (...) On n'est pas allé vers l'Europe profonde"

Enfin, "il y a eu beaucoup d'exagération par rapport à ça! L'ambassadeur de Belgique en Tunisie lui même n'a pas compris pourquoi cela a fait autant de bruit".

La Tunisie et deux autres pays en l’occurrence le Sri Lanka et Trinité-et-Tobago ont été ajoutés au début du mois de février sur la liste noire des États susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme, selon un communiqué publié, mercredi, sur le site du Parlement Européen.

"Une décision injuste, hâtive et unilatérale", a estimé la Tunisie dans un communiqué rendu public par le ministère des Affaires étrangères.

Tout en réaffirmant son attachement au "caractère stratégique" de ses relations avec l’Union Européenne et son engagement à poursuivre le processus des réformes fondamentales, la Tunisie a formulé l’espoir de voir son nom retiré aussitôt de cette liste, à la lumière des efforts assidus déployés par le gouvernement tunisien pour tenir ses engagements nationaux et internationaux et envers le Groupe d’action financière.

Dans la foulée de cette décision, le chef du gouvernement Youssef Chahed a proposé au président de la République Béji Caid Essebsi le limogeage du gouverneur de la Banque centrale de Tunisie Chedly Ayari et son remplacement par Marouane El Abassi, ce qui a été accepté par le président qui a transmis la proposition à l'Assemblée des représentants du peuple qui se réunit jeudi en plénière pour voter sur cette proposition.

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