TUNISIE
13/02/2018 10h:25 CET

Accusé de menacer la liberté d'expression, le parti Ennahdha tente de calmer le jeu

Zoubeir Souissi / Reuters
Rached Ghannouchi, leader of the Islamist Ennahda movement, speaks during the movement's congress in Tunis, Tunisia May 20, 2016. Zoubeir Souissi

Après le communiqué incendiaire contre les journalistes publié samedi par Ennahdha, le part a décidé de jouer lundi, l'apaisement via son porte-parole Imed Khemiri.

Invité de la Wataniya 1, le porte-parole du mouvement Ennahdha a expliqué que le parti fait face à une campagne de diffamation orchestrée. “Le parti et ses dirigeants sont visés” a-t-il expliqué. Selon le dirigeant, certains journalistes sont en train de porter atteinte au parti et menacent ses dirigeants à travers des “propos diffamatoires et hostiles”. Il a mis en exergue l'acharnement et la haine de certaines figures médiatiques qui n’ont pas hésité à colporter des accusations mensongères à l’encontre d’Ennahdha.“Des agissements qui n’ont rien à voir avec la liberté d’expression” a-t-il répliqué.

“Pour le moment, nous avons qu’une seule solution pour nous défendre”, à savoir la voie judiciaire. Et d’ajouter “nous avons longtemps supporté les conditions difficiles auxquelles fait face le pays, nous avons accepté les difficultés rencontrées pour faire réussir le processus démocratique (...) mais là, nous avons touché le fond”.

Khemiri a affirmé qu’Ennahdha a choisi “une solution démocratique” pour résister à ces campagnes d’accusations diffamatoires: la justice. “Pour déceler le vrai du faux, nous allons recours à la justice” a-t-il martelé.

De son côté, le député d’Ennahdha Naoufel Jemmali a indiqué, sur Express Fm, que son parti fait l’objet depuis quelques semaines de campagnes de diffamation et de fausses accusations, et ce sans la moindre justification.

Il a rappelé que le mouvement Ennahdha soutient toujours les journalistes et défend la liberté d’expression en Tunisie. “Il y a deux semaines nous avons publié un communiqué de presse pour soutenir les mouvements de protestations des journalistes. C’est absurde de se retourner aujourd’hui contre eux et menacer la liberté de la presse. Il y a quand même une certaine cohérence!” a-t-il rétorqué.

“Ennahdha n’a pas de problème avec les journalistes” a encore précisé Jemmali. Selon ses dires, le mouvement est conscient de l’importance de la liberté d’expression et de l’indépendance des médias. Il a, d’ailleurs noté que son parti suit de près les préoccupations des journalistes et appelle à une presse libre et indépendante en Tunisie. “Nous sommes convaincus que la garantie de la liberté d’expression est parmi les piliers qui feront de la Tunisie un pays parfaitement démocratique” a-t-il conclu.

Samedi, le parti Ennahdha a publié un communiqué dans lequel il affirme qu'il portera plainte contre les journalistes et les médias qui "dénigrent" le parti.

Face à ce communiqué, le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) n’a pas tardé à répliquer. Il a publié un communiqué de presse dans lequel il réaffirme son “refus de toute forme de pression exercée sur les journalistes ou les établissements médiatiques”. Le syndicat considère les menaces contre les journalistes comme de l'intimidation et de la restriction de la liberté d'expression.

Idem pour l'ONG Reporters sans frontières (RSF) qui a fortement critiqué la décision d’Ennahdha.

“Cette décision constitue une grave menace pour la liberté de la presse, déclare RSF. À quelques semaines d’une échéance électorale, il est nécessaire de rappeler au parti Ennahdha que les journalistes jouent un rôle central pour l’avenir de la démocratie et doivent pouvoir exercer leur mission d’information en toute indépendance sans peur de poursuites judiciaires,” souligne RSF.

La Tunisie est classée 97e sur 180 pays en matière de liberté de la presse, selon le classement annuel de Reporters Sans Frontières (RSF). Malgré un processus de transition démocratique mené avec succès en Tunisie, “les journalistes tunisiens continuent de subir de multiples pressions.”

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