TUNISIE
11/02/2018 16h:37 CET

Macron va consulter des intellectuels dont l'islamologue tunisien Youssef Seddik pour poser les jalons d'une nouvelle organisation de l'Islam de France

Zohra Bensemra / Reuters
Youssef Seddik the anthropologist author of the Coran translated into French with commentary, attends the International Book Fair in Algiers, September 20, 2002.

RELIGION - Le président de la République française Emmanuel Macron veut "poser les jalons de toute l'organisation de l'Islam de France" au "premier semestre 2018", assurant dans un entretien avec le Journal du Dimanche qu'il va "continuer à consulter beaucoup".

"Ma méthode pour progresser sur ce sujet, c'est d'avancer touche par touche", a déclaré le chef de l'État à l'hebdomadaire. "Je ne dévoilerai une proposition que quand le travail sera abouti", a-t-il ajouté.

Des intellectuels et des universitaires consultés

"Je vois des intellectuels et des universitaires, comme Gilles Kepel, des représentants de toutes religions car je considère que nous devons nous inspirer fortement de notre histoire, de l'histoire des catholiques et de celle des protestants", a détaillé Emmanuel Macron, citant le philosophe, anthropologue et islamologue tunisien "Youssef Seddik, comme d'autres intellectuels et toutes sortes d'acteurs, tels que l'Institut Montaigne, qui ont pris des initiatives sur cette question".

"Mais c'est durant ce premier semestre 2018 que je souhaite poser les jalons de toute l'organisation de l'Islam de France", prévient-il.

Youssef Seddik a récemment déclenché en Tunisie une levée de boucliers après avoir déclaré que le Coran est "une oeuvre politique et humaine qui a été choisie par Othmân ibn Affân", en analysant les l'histoire de la codification du Coran et de la sacralisation de la sunna du prophète.

Accusé de mécréance par plusieurs imams, il a été soutenu par la société civile mais également par le président de la République Béji Caid Essebsi.

"Retrouver ce qui est le cœur de la laïcité"

Le président ajoute que son objectif est de "retrouver ce qui est le cœur de la laïcité, la possibilité de pouvoir croire comme de ne pas croire, afin de préserver la cohésion nationale et la possibilité d'avoir des consciences libres".

Il estime qu'il y a un risque à "brandir des objets connotés" ou à "faire des raccourcis en plongeant tout le monde dans un même sac". "Il y a une question qui est celle de l'organisation. Mais il y a une autre question, qui est celle du rapport entre l'Islam et la République", relève Emmanuel Macron.

Le chef de l'État avait annoncé début janvier son intention de mener "un travail sur la structuration de l'Islam en France", afin qu'il ne tombe pas dans la "crise" qu'il vit au plan international, en présentant ses vœux aux autorités religieuses.

Les Français plus tolérants avec l'Islam

Pour accompagner cet entretien, Le JDD publie également un sondage Ifop interrogeant les Français sur leur vision de l'Islam en France. 43% des Français considèrent que l'Islam est incompatible avec les valeurs de la société française, un chiffre en net recul comparé à 2016. La tendance s'est inversée en deux ans.

Lors d'une étude sur le même sujet réalisée par le même institut en septembre 2016, ils étaient 56% de la population à juger l'Islam incompatible avec les valeurs de la société française, contre 44% opposés à cette opinion. En 2018, ils ne sont plus que 43% à considérer que cette religion ne correspond pas aux valeurs de la France, et 56% à penser le contraire (1% ne se prononce pas).

Cette opposition entre Islam et société française est majoritaire chez les sympathisants des Républicains (63%) et du FN (62%). 41% des sympathisants de la République en marche et de La France insoumise (39%) partagent cette opinion, alors qu'ils ne sont que 27% parmi ceux qui se déclarent proches du Parti socialiste.

Cet article a été adapté d'un article publié par le HuffPost France

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.