TUNISIE
09/02/2018 06h:21 CET

L'ambassadeur de l'Union Européenne en Tunisie Patrice Bergamini pointe du doigt certaines "résistances" à la lutte contre la corruption en Tunisie

En marge du classement de la Tunisie sur la liste noire des pays susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme par le Parlement Européen, l'ambassadeur de l'Union Européenne en Tunisie Patrice Bergamini était l'invité de l'émission d'El Hiwar Ettounsi 24/7.

Au cours de son intervention, Patrice Bergamini a relativisé la portée de ce classement indiquant que d'ici quelques mois, ce classement ne sera qu'un mauvais souvenir: "Je suis de ceux qui considèrent (...) que les autorités tunisiennes et le gouvernement de Youssef Chahed ont davantage à leur disposition de leviers pour soutenir les réformes qui sont nécessaires pour lutter contre la corruption" a-t-il indiqué ajoutant l'absolue nécessité de mener à bien lesdites réformes.

Revenant sur l'initiative prise par le chef du gouvernement tunisien de lancer sa guerre contre la corruption l'année dernière, Patrice Bergamini affirme que l'Union européenne a été l'une des premières à le soutenir.

"Mais face à ce volontarisme des autorités tunisiennes, il y a des réticences, des résistances de différentes natures" a-t-il prévenu citant l'exemple du classement de la Tunisie sur la liste des paradis fiscaux.

Il explique que l'Union Européenne avait adressé un courrier à la Tunisie dès janvier 2017. Or la coopération n'a commencé qu'après l'inclusion de la Tunisie sur la liste noire en décembre 2017: "Entre temps des courriers se sont perdus, des gens ont bloqué les choses ...Pour le GAFIi, c'est pareil" a-t-il indiqué ajoutant que les contacts ont été établis dès 2016 pour demander à annuler certaines législations notamment celles faites par le clan Ben Ali: "Selon le président de l'Instance Nationale de Lutte Contre la Corruption il y a encore 37 lois ou règlements qui ont été faits par et pour la famille Ben Ali et Trabelsi".

Affirmant que l'Union Européenne n'a fait que reprendre le classement du GAFI, il précise: "Le GAFI dit que l'offshore c'est très bien, s'il permet la création de richesse avec à la clé une vraie redistribution de ces richesses et qui ne facilite pas une opacité ou des déviances" or, selon lui sur 28.000 sociétés offshores, 22.000 ne présentent dans leurs registres aucun employé.

Selon lui, la Tunisie sortira très bientôt de cette liste: "Le GAFI a listé une quarantaine de mesures" à prendre pour la Tunisie pour sortir de la liste or "la Tunisie comme l'a dit le ministre des Affaires étrangères en a déjà pris 30".

"Ce signal de l'Union Européenne est positif pour engager des réformes" a-t-il poursuivi estimant que cette décision n'est pas une "sanction". "Il n'y a, dans le vote du parlement européen, aucune remise en cause de la relation de ce partenariat d'exception entre la Tunisie et l'Europe".

Interrogé sur les réactions des partis politiques et de certaines organisations, Patrice Bergamini affirme: "Je suis de ceux qui pensent et qui disent que ceux-là même qui vont dénoncer l'Union Européenne, qui vont utiliser les termes 'duplicité européenne' ou 'hypocrisie européenne' sont responsables de pareils classements et de pareils listings en défaveur de la Tunisie" a-t-il expliqué ajoutant que "la Tunisie et l'Union Européenne sont engagés ensemble" dans de nombreux dossiers "mais il y a encore des défaillances qui demandent des réformes que veut porter Youssef Chahed depuis sa nomination".

Revenant sur le communiqué d'Ennahdha, Bergamini "espère avoir mal lu le communiqué": "Si ce communiqué dit vrai, est-ce que le parti des frères musulmans appelle l'Europe à arrêter d'encourager la Tunisie à lutter contre le blanchiment d'argent? Est-ce qu'on me demande à moi ce soir représentant de l'Union Européenne de cesser de dire que la Tunisie est une alliée dans la lutte contre le terrorisme? (...) Est-ce que ce soir il y a un responsable politique qui me demande d'arrêter de dire qu'ensemble avec la Tunisie arrêtons de nous focaliser sur les questions de blanchiment d'argent et de financement du terrorisme? Je ne veux pas le croire. Je pense que ce communiqué va être corrigé" a-t-il avancé.

"On dit que la Tunisie a besoin de l'Europe, mais l'Europe a besoin de la Tunisie, l'Europe a besoin d'un succès de la Tunisie. C'est les tunisiennes et les tunisiens qui ont les clés du succès de cette démocratie" a-t-il conclu affirmant que l'Union Européenne mettait à disposition de la Tunisie 10 milliards d'euros sur la période 2017-2020 dont le tiers sous forme de dons.

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