TUNISIE
09/02/2018 11h:10 CET

Al Chourouk dévoile une affaire d'espionnage en Tunisie, le pôle judiciaire économique et financier dément

Colin Anderson via Getty Images

Le journal Al Chourouk a dévoilé, mercredi, ce qui serait une affaire d’espionnage à grande échelle dirigée par une partie étrangère. Les révélations pointent du doigt un certain nombre de responsables, de ministres, des chefs de partis et des directeurs de banques. Tous auraient été enrôlés par un français installé en Tunisie depuis une dizaine d’années, révèle la source.

Selon Al Chourouk, ces derniers sont accusés d'espionnage, de complot contre la sûreté de l’État, de divulgation de secrets d'État, de la constitution d’une bande organisée et complicité en vue de porter atteinte aux personnes et aux biens.

Le journal s’est étalé sur les détails de l’affaire. Il a évoqué des noms et est evenu sur l’enchaînement des événements. “De 2012 à 2017, cet homme d’affaires français était au courant de tout ce qui se passe dans les réunions ministérielles” indique Al Chourouk.

En tissant des relations avec des cadres et des responsables de haut niveau, ce Français aurait réussi à mettre en place un réseau d’information qui retrace les mouvements des ministres, des conseillers, du président et de d'un ancien chef du gouvernement, rapporte la même source.

Sur son chemin, l’homme d’affaires aurait, en effet, rencontré trois chefs de parti, deux anciens ministres des domaines de l'État, un ancien ministre du Tourisme, un expert en économie, un président d’une association, un ancien chef du gouvernement et un ancien ministre de Finances, précise Al Chourouk.

Un séisme politique

“Cette affaire est un séisme politique” a souligné le chargé des Affaires politiques à Nidaa Tounes, Borhène Bssais, dans un post publié, jeudi, sur sa page facebook.

“C’est un dossier dangereux qui mérite une grande attention médiatique, puisqu’il est, selon moi, plus grave que toutes les autres affaires traitées actuellement. Bien plus grave que l’inscription de la Tunisie sur la liste noire de l’Union européenne relative au blanchiment d'argent et au financement du terrorisme", a-t-il noté.

Bssais a assuré que ce français a su obtenir des informations sensibles d’ordre sécuritaire et politique en recrutant des conseillers, en leur offrant des sommes d’argent et des cadeaux conséquents. Il aurait, en outre, réussi à recruter un conseiller et un activiste politique de l’entourage proche du président Béji Caïd Essebsi, ainsi que plusieurs autres hauts responsables au niveau des administrations, des ministères, des partis, et même, des organisations nationales.

Bssais a assuré, d’autre part, qu’il est prêt à retirer le recours qu’il a déposé, à reconnaître les accusations portées à son encontre dont notamment celles relatives à la corruption, à la tyrannie et au crime de guerre et à purger sa peine de deux ans à condition que la Justice s’engage à révéler les noms des personnes impliquées dans cette affaire.

“Je les connais” martèle-t-il. “Ce qui est important c’est la Tunisie. Cette Tunisie qu’on vend au plus bas prix, au point que le responsable du réseau puisse envoyer un mail à ses supérieurs en disant 'Je l’ai acheté' en parlant d’un président de parti politique” a-t-il regretté.

Borhène Bssais semble être sûr de ses informations et convaincu de la gravité des révélations dévoilées par Al Chourouk. “Je ne suis pas du genre à faire le buzz (...) je sais très bien de quoi je parle..” a-t-il conclu.

Des rumeurs, selon Moez Joudi

Voyant son nom implicitement évoqué dans l’article d’Al Chourouk, l’expert en économie Moez Joudi a noté que ces accusations sont dénuées de tout fondement. Il a, d’ailleurs, assuré qu’il n’a jamais été convoqué comme le prétend le journal. Joudi a précisé qu’il compte porter plainte pour diffamation.

Sofien Sliti dément

Interrogé par Radio Med, Sofien Sliti porte-parole du pôle judiciaire économique et financier a démenti qu'il s'agissait d'une affaire d'espionnage évoquant seulement des opération de blanchiment d'argent dans laquelle sont impliqués plusieurs hauts cadres et une personne étrangère.

"Nous sommes étonnés de ce qui a été publié" a-t-il avancé. "Cela n'a absolument rien à voir avec de l'espionnage (...) Il s'agit simplement d'un crime de blanchiment d'argent puni par l'article 96 du code pénal" a-t-il ajouté.

La journaliste Mouna Bouazizi promet d'autres révélations

La journaliste Mouna Bouazizi, qui a rédigé l'article publié par Al Chourouk, s'est exprimée sur les ondes de Radio Med et a affirmé que d'autres articles seront bientôt publiés par rapport à cette affaire: "Ils seront publiés la semaine prochaine" a-t-elle avancé.

"Un agent sécuritaire a même vendu un secret d'État pour une paire d'espadrilles" lance-t-elle comme révélation à venir.

"C'est une enquête sur laquelle je travaille depuis longtemps. Tout le monde croit qu'il s'agit d'une affaire de corruption banale mais ce n'est pas le cas (...) Ce qui arrive sera bien pire" prévient-elle.

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