TUNISIE
08/02/2018 05h:57 CET | Actualisé 08/02/2018 06h:59 CET

Pour Radhi Meddeb, la décision de l'Union Européenne de placer la Tunisie sur liste noire est politique

Invité à la Matinale de la radio Shems Fm, l'expert économique Radhi Meddeb a déploré le caractère "purement politique" de la décision prise par l'Union Européenne de placer la Tunisie sur la liste noire des pays exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme.

Pour Radhi Meddeb, "la plus grande preuve qu'il s'agit d'une décision politique, c'est que celle-ci a été prise au niveau du Parlement européen qui est un organe politique et non économique".

Si la décision était en discussion depuis plusieurs mois, Radhi Meddeb reproche la passivité du gouvernement tunisien: "Il n'y a pas un grand responsable économique et financier au sein du gouvernement tunisien" a-t-il indiqué avant d'ajouter: "Nos affaires économiques et financières sont dispatchées entre 7 ou 8 ministères".

Selon lui, les dirigeants du pays ont eu une mauvaise approche politique avant la prise décision mais ils ont également fait preuve de manque de prévoyance: "Notre approche politique face à cette décision n'a pas été à la hauteur" déplore-t-il expliquant que cela aurait pu être évité à travers du lobbying vis-à-vis des députés qui allaient voter contre.

Interrogé sur le lien entre le classement de la Tunisie sur cette liste noire et la décision du chef du gouvernement de mettre fin aux fonctions du gouverneur de la Banque centrale Chedly Ayari, Radhi Meddeb estime que ce dernier a payé seul la facture: "Je pense que la classe politique a voulu lui faire porter la responsabilité" estime-t-il.

"Certes, il y a eu de nombreux problèmes et dysfonctionnement" a estimé Radhi Meddeb notamment au niveau de deux grands axes sous la responsabilité du gouverneur de la Banque Centrale: "Le blanchiment d'argent et l'inflation".

Selon Radhi Meddeb, dans la pratique, le gouverneur de la Banque centrale n'est généralement limogé qu'en cas de faute grave: "Il aurait fallu discuter avec lui et lui demander de remettre sa démission afin qu'il garde la face" a-t-il affirmé ajoutant que la fin de son mandat était proche et reprochant la forme utilisée par le chef du gouvernement.

Cependant selon lui, ce n'est pas le changement du gouverneur qui va relancer l'économie: "Le problème, c'est la faiblesse des politiques économiques et monétaires, l'absence de volonté politique de lutter contre le blanchiment d'argent, l'absence de volonté politique de restructurer les secteurs qui échappent à l'économie, l'absence de volonté politique de combattre l'évasion fiscale, voilà les vrais problèmes".

Quelles solutions face à la situation économique du pays?

Face à la situation économique du pays, Radhi Meddeb prône "le retour à la valeur travail" avant toute chose. Ensuite, il faudrait selon lui poser sur la table les problèmes structurels de l'économie tunisienne "et y trouver des solutions de façon professionnelle et non par consensus qui ne fait que retarder l'évidence".

Parmi ces problèmes structurels, il cite "les caisses sociales qui sont en faillite aujourd'hui (...) et qui mettent en danger le système des retraites pour les prochaines années".

Selon lui, il faut aussi que les Tunisiens se montrent solidaires: "Il faut payer ses taxes. Il n'est pas normal que l'évasion fiscale touche 50% des citoyens" a-t-il conclu.

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