TUNISIE
08/02/2018 16h:34 CET | Actualisé 08/02/2018 16h:35 CET

Selon le secrétaire d'État au Commerce, le gouvernement ne s'attendait pas à être placé sur liste noire par l'Union Européenne

“Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, n’était pas au courant que la Tunisie allait être placée dans une nouvelle liste noire examinée par le parlement européen” a assuré Hichem Ben Ahmed, le secrétaire d’État au Commerce, dans une interview accordée à Shems Fm.

Il a fait savoir que la Banque Centrale de Tunisie a été claire jusqu’au dernier moment en affirmant que le pays ne figure sur aucune liste, qu’elle soit noire ou grise.

Ben Ahmed a noté, par ailleurs, que le gouvernement tunisien était conscient de la fragilité de la situation économique du pays mais il ne s’attendait pas à être blacklisté. “C’est au mois de novembre qu’on a découvert que la Tunisie figure parmi les pays exposés au blanchiment d’argent par le GAFI (Groupe d'action financière, Ndlr)” a-t-il souligné.

Depuis, tous les efforts ont été déployés pour éviter ce classement. “D’ailleurs cela se traduit par le nombre important de parlementaires européens qui ont voté pour le retrait de la Tunisie de cette liste” a-t-il ajouté en rappelant que 357 voix ont été accordées en faveur de la motion de rejet de l’inclusion de la Tunisie sur la nouvelle liste, contre seulement 283 voix. “Nous avons été surpris par ce grand nombre” a-t-poursuivi.

Le secrétaire d’État a avoué que le problème est d’ordre technique en assurant que la diplomatie tunisienne a effectué un travail extrêmement sérieux pour rectifier le tir.

Ben Ahmed a, toutefois, rappelé que les répercussions d’un tel classement ne sont pas dangereuses et n’auront pas d’impact sur l’image de la Tunisie, comme le prétendent certains. “Il faut juste plus de vigilance lors des transactions financières. Il n’y a aucun risque pour les investissements étrangers” a-t-il précisé.

À la suite de cette classification, la Tunisie a affirmé s'être soumise, volontairement, au suivi du groupe de travail financier pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord et avoir convenu d’établir un plan de travail et franchi d'importants pas sur la voie de sa concrétisation. Ce plan de travail comporte une série d'engagements visant à développer le dispositif juridique et financier de la Tunisie avant la fin 2018.

Pour l'ancien diplomate au Nations-Unies Taoufik Ouanes, c'est le gouvernement et notamment les ministères des Finances et des Affaires étrangères qui sont responsables de cette situation. Il a affirmé que la Banque centrale aurait du fournir les réponses et les informations nécessaires pour éviter un tel classement en mettant en garde contre les répercussions néfastes de ce classement sur l'image de la Tunisie au niveau politique, économique et de l'investissement.

Commentant le communiqué publié la veille par le ministère des Affaires étrangères, Ouanes considère qu'imputer l'entière responsabilité à l'UE, ne résout pas le problème, la Tunisie aurait mieux fait de s'engager à fournir les précisions nécessaires.

L'ancien diplomate Abdallah Abidi, considère pour sa part que l'échec diplomatique est dû à l'absence de cellules de vigilance au sein du ministère des Affaires étrangères qui avaient un rôle important dans le suivi des relations extérieures de la Tunisie.

Le classement de la Tunisie sur la liste noire des pays susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme n'est pas "surprenante" car les mises en garde à ce sujet n'ont pas été prises en compte, a souligné de son côté, l'expert en gestions des risques financiers, Mourad Hattab.

À noter que le Parlement européen a classé, mercredi, la Tunisie sur la liste noire des pays tiers considérés comme présentant des déficiences stratégiques dans leurs régimes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

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