MAROC
08/02/2018 11h:09 CET | Actualisé 08/02/2018 16h:38 CET

Rencontre avec Jalil Tijani, l'auteur du brillant spectacle "Jeux de Société"

HuffPost Maroc

SPECTACLE - Salle comble en février à Rabat pour "Jeux de Société", le spectacle écrit et joué par Jalil Tijani. Un succès pour lequel le bouche à oreille s'avère bien plus efficace qu'une vidéo sponsorisée sur Facebook. Après seulement un an sur scène, le r'bati de 30 ans a su se construire un vrai public grâce à seulement quinze dates qui ont, à chaque fois, rempli la salle. Et pour les curieux qui n'ont pas encore eu l'occasion d'assister à son one man show, le comédien remontera sur scène le 9 mars, au Studio des Arts Vivants de Casablanca.

Lors de la dernière représentation de "Jeux de Société", le 1er février au Centre culturel de l'Agdal, les spectateurs étaient impatients de découvrir ce spectacle dont ils avaient tant entendu parler et dont les tickets se sont vendus en seulement quelques jours.

Au moment de l'ouverture des portes, les spectateurs se ruent dans la salle pour tenter de s'installer aux premiers rangs. Une musique entraînante les accueille pour les plonger peu à peu dans le rythme des vannes qui les attendent. Quelques minutes plus tard, le lauréat de l'École du jeu de Paris fait son entrée, sur fond de chanson indienne, acclamé comme une star hollywoodienne.

Tijani plaisante avec le public, se confie à lui et lui fait goûter un échantillon de "Jeux de Société". La musique s'arrête, les lumières s'éteignent: les spectateurs savent que le comédien va à présent s'effacer pour permettre à son premier personnage de faire son entrée.

Sac à la main et chewing-gum qui claque dans la bouche, Badiâa la matérialiste marche d'un pas assuré sur scène. Entre deux ragots, elle raconte à son amie la soirée qu'elle a passée avec "Khadija Taille Basse" et "Karim la Golf". Le public est d'emblée captivé: chacun a déjà croisé cette Badiâa, ou du moins un ersatz parlant fort et de manière crue, dans un café ou les transports en commun.

Les personnages se suivent mais ne se ressemblent pas. Le public découvre tour à tour un salarié opportuniste prêt à tout pour avoir une promotion, un fils à papa qui a fait ses études à Ibiza, une bourgeoise siliconée (très) raciste, ou encore un chauffeur de taxi pervers mais expert dans tous les domaines.

"J'en ai croisé quelques uns dans la vraie vie et j'en ai imaginé d'autres. Chaque personnage est un mélange de plusieurs éléments", explique au HuffPost Maroc, Jalil Tijani. "Ils sont tous mes enfants, mon travail sur scène est de les défendre tous", affirme-t-il.

Tijani s'exprime avec tout son corps et s'approprie la scène. Si le comédien joue seul, les multiples voix qu'il réussit à produire et les expressions de visage caricaturées, aux traits amplifiés par les lumières, donnent l'illusion d'assister à un acteur différent à chaque fois qu'il change de personnage.

Des rôles à travers lesquels le comédien dit tout haut ce que les Marocains se disent parfois plus bas. Il dénonce le racisme, la corruption, l'inégalité des chances, pointe du doigt les faiseurs de loi qui ne la respecte pas, les extrémistes qui comprennent la religion de travers, les néo-bourgeois qui s'accordent trop d'estime au point d'en oublier le monde qui les entoure.

"Il y a des vannes où je sais que je suis en risque, où je sais pertinemment qu'elles ne vont pas trop faire rire, mais je les garde quand même parce qu'à ce moment-là, mon objectif n'est pas forcément de faire rire", explique Jalil Tijani.

L'auteur de "Jeux de Société" termine son one man show sous une standing ovation, saluant des spectateurs qui repartiront avec quelques leçons de vie et des zygomatiques fourbus d'avoir été tant sollicités durant le spectacle.

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