MAROC
06/02/2018 14h:16 CET | Actualisé 06/02/2018 14h:20 CET

68 millions de filles risquent des mutilations génitales féminines d'ici 2030

James Akena / Reuters
Prisca Korein, a 62-year-old traditional surgeon, holds razor blades before carrying out female genital mutilation on teenage girls from the Sebei tribe in Bukwa district, about 357 kms (214 miles) northeast of Kampala, December 15, 2008. The ceremony was to initiate the teenagers into womanhood according to Sebei traditional rites. REUTERS/James Akena (UGANDA)

DROIT DES FEMMES - C'est un chiffre glaçant que communique le Fonds des Nations unis pour la population (FNUAP), à l'occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines (MGF). Selon un rapport publié ce 6 février, d'ici 2030, près de 68 millions de filles risquent d’être victimes de ces pratiques reconnues comme une violation des droits de la personne.

D'après les statistiques actuels, le FNUAP estime qu'il y a près de 3,9 millions de filles mutilées chaque année. D'ici 2030, si la tendance ne s'inverse pas, le nombre de victimes devrait perpétuellement augmenter et passer à 4,6 millions par an.

Ces chiffres ont été obtenus en utilisant une méthode plus poussée pour générer des données de risque spécifiques à l'âge. On dénombre actuellement 44 millions de jeunes filles âgées de moins de 14 ans ayant subi des mutilations génitales féminines, principalement en Gambie (56%), en Mauritanie (54%) et en Indonésie, où presque la moitié des filles de moins de 11 ans ont subi cette pratique.

Concernant le taux de prévalence parmi les filles et femmes âgées de 15 à 49 ans, il est le plus élevé en Somalie avec 98% de ces femmes mutilées, suivi de la Guinée avec 97% et Djibouti avec 93%. Si l'Afrique est le continent qui compte le plus de mutilations génitales féminines réalisées, les MGF sont également pratiquées de manière plus limitée en Irak, au Yemen, en Inde, dans les Émirats arabes unis, en Israël, en Jordanie, en Oman, en Arabie saoudite, en Indonésie et en Malaisie, mais il existe peu de données qui permettent d'en statuer la prévalence selon un rapport de l'UNICEF de 2013.

En somme, plus de 200 millions de femmes dans le monde vivent aujourd'hui avec des parties génitales altérées ou lésées, pour des raisons non médicales.

Eradiquer le fléau

Des motifs culturels, religieux et sociaux motivent ces pratiques auxquelles se plient des familles pour ne pas être rejetées par leur communauté.

Les conséquences de ces mutilations génitales féminines, réalisées avec un couteau ou une lame de rasoir, souvent sans anesthésie, sont désastreuses: saignements conséquents, kystes, infertilité, infections, diminution du plaisir sexuel, complications à l’accouchement qui entraient des risques de décès chez le nouveau-né plus élevés.

L'ONU en appelle, de manière urgente, à mettre fin à ce fléau d'ici 2030 en répondant à l'Objectif 5 de développement durable, qui vise à "éliminer toutes les pratiques préjudiciables, telles que le mariage des enfants, le mariage précoce ou forcé et la mutilation génitale féminine" et répondre aux besoins de santé sexuelle et reproductive des femmes et des filles qui en subissent les conséquences.

Pour ce faire, "une plus grande volonté politique, un engagement communautaire et des investissements ciblés de nature à modifier les normes sociales et les pratiques", sont requis selon la directrice exécutive du FNUAP, Natalia Kanem.

L‘élimination des MFG est un combat auxquels prennent part de nombreuses organisations intergouvernementales comme l’Union Africaine, l’Organisation de la Coopération Islamique et l'Union Européenne et fait l’objet de trois résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Plusieurs pays africains tels que le Kenya, l’Ouganda, la Guinée-Bissau, le Nigeria et la Gambie ont par ailleurs adopté, dernièrement, des lois criminalisant les MGF.

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