TUNISIE
02/02/2018 11h:39 CET | Actualisé 05/02/2018 07h:04 CET

Entre menaces et soutiens: Le philosophe Youssef Seddik au centre d'une polémique après avoir affirmé que le Coran est "une oeuvre politique et humaine"

Zohra Bensemra / Reuters
Youssef Seddik the anthropologist author of the Coran translated into French with commentary, attends the International Book Fair in Algiers, September 20, 2002.

Le philosophe et anthropologue tunisien Youssef Seddik a déclenché une levée de boucliers après avoir déclaré que le Coran est "une oeuvre politique et humaine qui a été choisie par Othmân ibn Affân", en analysant les l'histoire de la codification du Coran et de la sacralisation de la sunna du prophète dans l'émission "Min Tounes" sur Attassia TV. . (vidéo ci-dessous)

Cette déclaration a déclenché la colère de certains, à l'instar de l'imam Béchir Ben Hassen, qui l'accuse de douter "des constances et des certitudes" de l'Islam. Ben Hassen s'en prend aussi au chroniqueur Mokhtar Khalfaoui, qui a soutenu Youssef Seddik en critiquant "l'ignorance sacrée" de ses détracteurs, en le qualifiant de "révisionniste", faisant un show médiatique pour détourner les gens des vrais problèmes.

Sur les réseaux sociaux, les accusations de "mécréance" se multiplient chez les soutiens de Béchir Ben Hassen.

Afin de dénoncer "les campagnes de calomnie et de mécréance", des associations de la société civile (FTDES, CRLDHT, AFTURD, FIDH, Coordination nationale indépendante de la justice transitionnelle et l'association tunisienne pour l'Eveil Démocratique et l'Etat civil) se sont mobilisées pour apporter leur solidarité à Youssef Seddik au nom de la liberté de croyance.

"La liberté de croyance autour des questions sacrées ne peut être réquisitionnée. On rappelle que la Constitution de la Tunisie garantit les libertés individuelles, y compris la liberté de croyance, de conscience et le libre exercice des cultes. L'un des dangers qui menace la transition démocratique dans notre pays est la confiscation de toute pensée critique, la criminalisation de toute opinion différente et la mise en place de barrières fallacieuses à la réflexion", ont mis en garde les signataires.

Ils appellent le gouvernement tunisien, et notamment le ministère public à prendre ses responsabilités pour mettre fin à toute transgression de la loi en matière de criminalisation des opinions, d'accusation d’apostasie et d’incitation à la haine.

Youssef Seddik a répondu, quant à lui, en déclarant au journal le Maghreb qu'il s'élève au dessus de la campagne de Ben Hassen.

"Mon appartenance à l'islam me donne la responsabilité d'essayer de lui conférer des sens plus larges et des dimensions plus profondes (...) Le Coran dans le sens le plus profond est tout l'univers", explique Seddik en prenant pour preuves des Sourats. Et d'ajouter: "Point de salut pour la Tunisie sans la séparation de la religion de l'État et de la politique. La laïcité est l'issue pour barrer la route devant les commerçants de la religion et les hommes porteurs de dogme daechien (...)", a-t-il souligné.

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