TUNISIE
02/02/2018 12h:19 CET

"La révolution tunisienne a-t-elle porté ses fruits?" Ces figures de la transition démocratique y répondent (VIDÉO)

"La révolution tunisienne a-t-elle porté ses fruits?". Les acteurs de la transition démocratique tentent de répondre à cette question, sujet de l'émission "Tous les internets", le webmagazine d'ARTE, où chaque semaine, l'équipe s'intéresse à un pays, plus spécifiquement aux questions se rapportant à la vigilance démocratique, l'émancipation et la mobilisation.

Le premier février 2018, l'équipe s'est déplacée à Tunis, où se sont rencontrés des acteurs du changement, de différents domaines, et ont abordé des sujets tels que la transition démocratique, la liberté de la presse ou encore la lutte contre la corruption.

"Sept ans après la chute du régime de Ben Ali, nous sommes sur place pour tenter d’y voir plus clair avec des acteurs de la transition démocratique", dit la description. Une rencontre réalisée grâce à la collaboration de l'équipe d'Inkyfada, a précisé l'animateur.

Sur le toit d'un immeuble, celui de "Le 15", en plein centre de Tunis, se sont rencontrés Julien Le Bot, le journaliste de "Tous les Internets" avec différents acteurs du paysage social, politique et économique de la Tunisie.

Arij Kallel (Le 15), Malek Khadhraoui (Inkyfada), Olfa Lamloum (International Alerte), Selim Kharrat (Al Bawsala) et Michaël Béchir Ayari (Crisis Group). D'autres intervenants ont aussi pris la parole: Henda Chennaoui (Fech Nestanew), Mounir Hassine (FTDES) et Chawki Tabib (INLUCC).

Chacun a pu livrer sa vision des changements, ou pas, de la vie sociale, économique et politique en Tunisie, depuis la révolution de 2011.

Le direct Facebook a commencé avec la présentation de l'immeuble "Le 15". Le vieil immeuble du centre ville a été retapé, réhabilité, à l'image de la Tunisie après la chute du régime de Ben Ali. Un lieu où se rencontrent aujourd'hui les entrepreneurs, source d'innovation. C'est aussi un lieu culturel, a souligné Arij Kallel, coordinatrice au "Le 15". C'est une nouvelle forme d'employabilité qui a fleuri après la révolution, c'est aussi l'ambition d'aider les jeunes "à réaliser des projets... à concrétiser des rêves", a-t-elle décrit.

La chute du régime de Ben Ali a permis de donner un souffle au journalisme, à la liberté de la presse. La Tunisie "a vécu 60 ans de pression sur les journalistes, de censure et d'auto-censure (...) Aujourd'hui, on essaye de retrouver une certaine dignité, une certaine légitimité", a signalé Malek Khadhraoui, d'Inkyfada.

Aujourd'hui, "c'est la période de la reconstruction du métier, de la manière avec laquelle il faut le faire", a-t-il ajouté.

Mais la transition démocratique ne concerne pas que la liberté d'expression. Une démocratie, c'est aussi une vie digne, c'est l'égalité sociale et économique.

Janvier 2018 a été témoin de mouvements sociaux, rappelant la colère du peuple sept ans auparavant, et "rien n'a beaucoup changé, le visage de la colère est toujours le même, les mêmes pauvres, marginalisés...", a noté Olfa Lamloum, politologue et directrice du bureau d'International Alerte à Tunis.

"Il n'y a pas de rupture au niveau de la gouvernance sociale", a-t-elle renchéri. Aujourd'hui, "on essaye d'absorber la pauvreté, plutôt que de résoudre les problèmes de fond".

D'autre part, même la classe moyenne est touchée par la crise économique. "On n'a pas accès à des services d'une qualité acceptable", signale Malak Khadhraoui.

Henda Chennaoui, journaliste indépendante et porte-parole de la campagne "Fech Nestanew", est du même avis. Elle intervient dans l'émission de "Tout les internets": "Nous estimons que la loi de finance imposée par le FMI impose une politique d'austérité très dure sur la classe moyenne et tous les tunisiens, il n'y a pas de justice sociale, il n'y a pas de considération faite au sacrifice du peuple tunisien".

Il est clair, selon les différents intervenants, qu'il reste beaucoup à faire au niveau de la transition économique. L'exclusion sociale et économique de la classe pauvre persiste, la crise attaque aussi les classes moyennes. Pour Mounir Hassine, Président de la section Monastir du Forum Tunisien pour les Droits Economiques et sociaux (FTDES), "Les gouvernements qui se sont suivis n'ont pas su répondre aux exigences du peuple tunisien", estime-t-il, mettant en cause, entre autres, la politique d'austérité.

La liberté reste l'acquis le plus important de la révolution. Ceci s'est manifesté notamment par la création de "Al Bawsala", une ONG qui met le citoyen au centre du paysage politique: il peut suivre instantanément ce qui se passe au parlement, il a accès à des informations telles que les budgets alloués aux ministères. Selim Kharrat était aussi présent sur le toit de "Le 15" pour le direct Facebook, et qui a mis en avant l'importance de l'opinion publique, un autre acquis de la révolution.

Abordant le problème de la corruption, le journaliste note que "les fondamentaux du Benalisme n'ont pas été balayés" et invite Michaël Bechir Ayari, de Crisis Group, à livrer sa vision: "Le système économique demeure le même, l'économie de la Tunisie est basée sur des salaires compétitifs à l'échelle internationale et sur l'exportation. Le problème c'est que ce type de système économique (...) a du mal à marcher avec la démocratie".

Pour Chawki Tabib: Président de l'Instance Nationale de Lutte contre la Corruption (INLUCC), un grand travail reste à faire; "Il y a eu des améliorations, mais on n'est pas satisfaits, nous pensons que la cadence doit être plus soutenue, plus accélérée (...) Il y a des lobby, il y a des intérêts, qui empêchent tout effort, qui essayent de ralentir ou d'empêcher tout effort national en matière de lutte contre la corruption", déplore-t-il.

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