TUNISIE
01/02/2018 08h:35 CET | Actualisé 01/02/2018 08h:40 CET

Les grandes lignes de l'interview accordée par Béji Caid Essebsi à Jean Pierre Elkabbach (VIDÉO)

À l'occasion de la visite d’État du président de la République Française en Tunisie, Emmanuel Macron, le président tunisien Béji Caid Essebsi a accordé une interview au journaliste français, Jean-Pierre Elkabbach, retransmise sur la chaîne d'information française, CNews.

Concernant le mécontentement social exprimé par les Tunisiens en ce début d'année, Béji Caid Essebsi évoque un problème majeur de chômage que les gouvernements successifs n'ont pas été en mesure de pallier, soulignant néanmoins que cela n'excuse pas les actes de vandalisme constatés lors de ces manifestations.

"Ça ne veut pas dire qu'en utilisant cette liberté de manifester, on saccage des établissements" déclare le président de la République, ce à quoi Elkabbach a répondu "oui mais la liberté, vous savez bien qu'elle ne nourrit pas. Ça ne se mange pas la liberté".

À la question de sa relation avec son homologue français, Béji Caid Essebsi estime qu'il entretient une très bonne relation avec celui-ci, et qu'il peut être "un bon partenaire et un bon ami dans un moment difficile comme celui là."

S'agissant de la conversion de la dette tunisienne, le président tunisien a déclaré qu'une conversion de 30 millions d'euros (environ 90 millions de dinars) a été faite, d'une dette totale de 2 milliards de dinars, indiquant que ceci n'est pas l'unique domaine de coopération entre les deux pays.

Du côté de l'investissement qui sera au cœur de cette visite, Béji Caid Essebsi estime que le développement n'a jusque là bénéficié qu'aux régions côtières, délaissant les régions intérieures du pays.

"C'est un des défis de la Tunisie. Les régions intérieures sont marginalisées, et ce parce que c'est en quelque sorte plus difficile d'investir dans ces régions que dans d'autres, là où toutes les commodités sont disponibles. Mais ces régions prennent maintenant une place privilégiée dans notre plan de développement" a ajouté Béji Caid Essebsi.

Sur la question du chômage des jeunes diplômés, Béji Caid Essebsi pense que le problème réside dans les formations et les diplômes qui ne sont pas adéquats et conformes aux demandes du marché. "C'est le cas en France aussi, il faut continuellement adapter la formation scolaire et universitaire pour que celle-ci soit en phase avec la modernisation" a-t-il ajouté.

"Depuis l'indépendance, nous avons généralisé l'enseignement dont le taux est de 99% actuellement, mais il faut aussi que la qualité suive" estime Béji Caid Essebsi.

À la question d'Elkabbach par rapport aux déclarations de la directrice générale du FMI, qui avait estimé que "le mécontentement populaire dans les pays arabe grogne, monte et bouillonne", alors que c'est précisément le FMI qui "fait pression sur la plupart de ces pays, parce qu'il leur donne de l'argent", et si Béji Caid Essebsi demanderait ou non au FMI "d'être plus compréhensif et faire preuve d'un peu plus de souplesse", celui-ci a préféré défendre le Fonds, estimant qu'on est en train de lui faire "un faux procès."

"C'est nous qui allons voir le FMI, ce n'est pas lui qui vient nous proposer son argent" a-t-il ajouté.

Suite aux derniers troubles sociaux, Béji Caid Essebsi s'était rendu dans quelques régions pour leur faire des promesses de réformes sociales. À ce sujet, et à la question si oui ou non Emmanuel Macron pourrait apporter son aide afin de concrétiser ces promesses, Béji Caid Essebsi a répondu qu'il en assurera l'exécution, et qu'il n'a pas besoin d'aide extérieure pour le faire.

Béji Caid Essebsi a également parlé des djihadistes tunisiens qui sont partis dans les zones de conflits et dont certains sont de retour, évoquant un nombre total de 2924, dont 800 sont revenus et seraient soit condamnés à des peines de prison, soit en attente d'être jugés.

S'agissant du processus démocratique et de son avancement, Béji Caid Essebsi a déclaré que ce processus est "irréversible", d'une part grâce à un engagement personnel de sa part pour que cela aboutisse, et d'autre part grâce à la mobilisation des Tunisiens, femmes et hommes, la société civile, ou encore les partis politiques.

"La femme est la clé de la réussite démocratique. En Tunisie, fort heureusement, nos femmes ont été libérées par le père de la Nation depuis 1956, et cette avancée continue aujourd'hui. Les femmes tunisiennes sont très dignes. 60% des médecins et titulaires de diplômes académiques sont des femmes, 42% des juges sont des femmes, et ceci représente un garant de la démocratie" ajoute le président Essebsi.

"Un autre enjeu que nous nous efforçons de prouver tous les jours, est la compatibilité de l'Islam avec la démocratie. Je parle de l'Islam et non de l'Islamisme. Tel qu'il est pratiqué dans notre pays, c'est un Islam d'ouverture" a-t-il déclaré avant d'ajouter: "Notre constitution est pour un État civil, et n'a pas de références religieuses, mais il n'en demeure pas moins que le peuple tunisien reste un peuple musulman".

Concernant l'entretien du leader d'Ennahdha, Rached Ghannouchi, et de Béji Caid Essebsi le 14 août 2013 à l'hôtel Bristol à Paris, ce dernier a affirmé que cette réunion n'avait rien de secret et qu'il ne s'agissait pas d'un pacte, mais d'une sorte de compromis qui n'a été que bénéfique pour la Tunisie.

À la question d'Elkabbach de savoir si Béji Caid Essebsi, qui a été un collaborateur de 30 ans de Bourguiba, et qui avait aussi connu le régime de Ben Ali, aurait retenu la leçon d'écarter la famille du pouvoir, celui-ci affirme en être conscient et que, dit-il, "il est victime d'un faux procès".

"Il n'y a pas un seul ministre ou gouverneur qui soit de ma famille" dit-il, "Ma famille reste en dehors de tout ça".

"Quant à mon fils, il fait de la politique comme tout le monde, mais il n'est pas au gouvernement. C'est un membre d'un parti, ni plus ni moins" déclare Caid Essebsi, ajoutant que celui qui lui succédera, va devoir être élu.

Quant à la possibilité de le voir se porter candidat pour un nouveau mandat, Béji Caid Essebsi s'est refusé de répondre. "J'ai un mandat qui finit en décembre 2019, j'espère tenir jusque là, et je continuerai à travailler conformément à mes engagements" a-t-il déclaré.

Béji Caid Essebsi conclut l'interview en exprimant ses impressions sur le président français Emmanuel Macron, le qualifiant d'homme d'ouverture, et d'homme d'avenir, non pas à cause de son âge, mais, dit-il, à cause de ses idées.

"Moi aussi, à mon âge, je me considère comme un homme d'avenir" conclut-il.

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