MAROC
01/02/2018 11h:27 CET | Actualisé 01/02/2018 12h:03 CET

La Marocaine Hala Cherradi récompensée à Washington pour son projet anti-haine des réfugiés

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REFUGIES - Son nom ne vous dit peut-être rien, mais cette jeune marocaine vient de remporter, mercredi 31 janvier, avec ses camarades de l’Académie de Design de Berlin, le prix "Peer To Peer: Facebook Global Digital Challenge", concours lancé par Facebook, pour son implication dans un projet intitulé "Don't Be Silent Berlin". Elle a écrit, réalisé et co-produit une série de vidéos intitulées "Face the Truth" dans lesquelles elle donne la parole à des réfugiés en Allemagne, pour sensibiliser à la haine et aux violences auxquelles ils font face et démontrer qu'ils sont aussi un exemple de réussite.

Hala Cherradi nous répond depuis Washington, à 6 heures du matin, l'excitation encore palpable dans sa voix. "Nous avons remporté le premier prix" annonce-t-elle au HuffPost Maroc. "C'est un peu fou, mais c'est une belle récompense car nous avons travaillé dur pour ce projet, c'était assez intense". "Don't be Silent Berlin" a tout de même été sélectionné parmi 85 projets, fruits de travaux d'étudiants du monde entier. Parmi ce groupe de jeunes berlinois, créativité et diversité sont les mots d'ordre. "Nous sommes seize, de neufs nationalités différentes" souligne Hala.

dont be silent berlin

Titulaire d'un bachelor en cinéma et d'une maîtrise en business management, elle est le cerveau derrière le branding, le concept et la stratégie du projet. Mais c'est surtout en tant qu'apprentie réalisatrice qu'elle s'est exprimée. Dans les vidéos "Face the Truth" ("confronter la vérité"), elle dénonce une réalité subie par des millions de réfugiés au quotidien: la haine et le rejet.

Point de misérabilisme, c'est avec humour et sensibilité qu'elle déconstruit les clichés dont ils sont victimes. "C'est sûrement la raison pour laquelle notre projet a gagné. Les gens que j'ai filmés réagissent avec humour, ils ne se laissent pas abattre par les messages racistes dont ils sont la cible. Je souhaitais montrer ce qu'il y a au-delà de tout ce qui caractérise injustement les réfugiés", explique-t-elle.

Secouer les mentalités

Il faut dire que sur Internet, les messages hargneux grouillent, notamment en Allemagne où affluent de nombreux réfugiés depuis quelques années. Un projet de loi avait même été présenté en mars dernier qui prévoyait de sanctionner sévèrement les personnes diffusant des propos haineux sur les réseaux sociaux. D'autre part, un jeune réfugié syrien victime de harcèlement en ligne avait déposé une plainte contre Facebook, mais le géant du net a remporté la bataille au cours d'un procès qui avait fait couler beaucoup d'encre en Allemagne.

"D'où l'utilité de sensibiliser au maximum et ne pas rester silencieux", estime Hala. "Notre campagne cible principalement les 18-30 ans, soit les plus actifs sur les réseaux sociaux. Il faut les pousser à réagir davantage aux discours de haine et ne pas les laisser envahir les réseaux".

Les vidéos qu'elle a réalisées n'ont pas pour but de susciter de la pitié, mais plutôt de brusquer les mentalités un peu fermées. "Un réfugié n'est pas forcément quelqu'un de pauvre et illettré qui vient profiter du système. Dans ma démarche, j'ai voulu montrer qu'ils sont humains à part entière, dignes mais aussi très talentueux. Ils sont pour certains des exemples de réussite. Je pense à cette jeune syrienne, étudiante en architecture, première de sa classe et qui parle un allemand parfait, je pense à ce jeune homme syrien aussi, qui a remporté trois fois le marathon Run for refugees'', souligne-t-elle.

Lorsqu'elle ne s'agite pas sur les rings (elle pratique assidûment le Muay Thai, un art martial thaïlandais), Hala Cherradi fait des "guerilla campaigns" dans les rues de Berlin pour distribuer des flyers et posters, et collabore aussi avec Salam, un centre culturel pour les réfugiés dans la capitale allemande.

Hala espère poursuivre ce combat qui lui tient particulièrement à coeur. "Ma grand-mère est syrienne, donc ce que traversent actuellement les Syriens me touche beaucoup, je me sens concernée. Et je suis une immigrée aussi, je vis seulement à Berlin depuis deux ans", confie-t-elle. Elle continuera à partager des vidéos des "success stories" des réfugiés pour montrer qu'à travers une intégration réussie, "l'immigration peut apporter beaucoup aux Berlinois, comme les Berlinois peuvent aussi leur apporter".

En attendant, elle savoure cette jolie victoire et souhaiterait réaliser par la suite des documentaires un peu plus personnels, qui collent à sa fibre artistique. La jeune femme prévoit d'ailleurs de tourner un court-métrage cet été au Maroc, au contenu pour l'instant secret.

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