MAROC
31/01/2018 09h:26 CET

Paradis fiscaux: Un nouveau classement épingle dans sa liste noire la Suisse et les États-Unis

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OPACITÉ FINANCIÈRE - Un nouveau classement des paradis fiscaux dans le monde vient d'être publié et met à mal les gouvernements de certains pays, jusque-là épargnés. C'est le cas de la Suisse et des États-Unis qui figurent en tête de cette liste noire publiée par l'ONG Tax Justice Network (TJN).

Les États-Unis très mauvais élèves

Contrairement à la liste publiée par l'Union européenne en décembre dernier, et qui avait fait grincer les dents de la société civile pour sa complaisance à l'égard de certains pays, notamment européens, le classement de TJN ne fait pas dans la dentelle. "Notre classement est politiquement neutre. Il s'agit d'un outil pour comprendre les paradis fiscaux et les flux financiers illicites", précise l'ONG. C'est ainsi que le Luxembourg se retrouve à la 6e place de ce classement, juste devant l'Allemagne.

Les États-Unis sont également très critiqués par le rapport qui dénonce le choix politique américain de lutter contre les paradis fiscaux dans le monde, alors que les politiques internes sont très permissives. Alors que la liste publiée en 2013 classait le pays de l'Oncle Sam à la 6e place, on le retrouve à la 3e marche du podium en 2015, et cette année à la seconde place, derrière la Suisse.

Au-delà du simple classement, le rapport de TJN s'intéresse également à la question d'opacité financière. À travers un indice de transparence financière, l'ONG identifie les fournisseurs les plus importants du secret financier international. Les résultats sont édifiants puisque, contrairement aux stéréotypes traditionnels sur les paradis fiscaux, ce ne sont pas les petites îles bordées de palmiers qui constituent les principaux pourvoyeurs de secrets financiers dans le monde, mais bien certains des plus grands et riches pays du monde.

Plus de mille milliards de dollars "ont fui" de l'Afrique en 45 ans

"Les pays riches de l'OCDE et leurs satellites sont les principaux destinataires ou vecteurs de ces flux illicites", dénonce sans détour le rapport. Des flux qui sont estimés à plus de mille milliards de dollars par an par TJN. Un montant qui dépasse de quelque 135 milliards de dollars l'aide étrangère mondiale et qui représente ce que les pays africains ont perdu à eux seuls en fuite de capitaux depuis les années 1970, alors que les dettes extérieures combinées représentent moins de 200 milliards de dollars.

La situation du continent est justement préoccupante selon le rapport puis l'Afrique est un important créancier net du monde dont les actifs sont entre les mains d'une élite riche, protégée par le secret offshore tandis que les dettes sont soutenues par de larges populations africaines.

Petite note d'optimisme, l'organisation reconnaît que les choses ont vraiment commencé à s'améliorer récemment. "La crise financière mondiale et la crise économique qui a suivi, combinées à l'activisme récent et à la révélation de ces problèmes par les acteurs de la société civile et les médias, et les préoccupations croissantes concernant les inégalités dans de nombreux pays ont créé un ensemble de conditions politiques sans précédent", affirme le rapport.

Des changements qui ont forcé la main aux politiciens, les poussant à reconnaître et prendre en compte la réalité des paradis fiscaux. Une situation exceptionnelle, à en croire TJN, qui précise que c'est bien la première fois depuis la création de l'indice en 2009 qu'un changement radical est en train de s'opérer. À noter que le Maroc ne figure pas dans ce classement, tandis qu'il figurait sur la "liste grise" de l'UE.

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